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jeudi 7 mai 2026

L'Écho des Sirènes, avril 2026

© Pierre Tissot
Lo Partage a Seta.  

C’est au cœur de l’hiver, par une nuit sans lune, que les organisateurs d’Escale à Sète, dits Les Bénévoles de l’Éternel, ou encore Les Galériens du quai d’Alger, ont revendiqué, à juste titre, et pour la première fois en sept éditions, la création d’un Village languedocien dédié aux chants, musiques et traditions littoraux

Une délégation languedocienne a ainsi été créée, afin d’établir toute une programmation artistique et culturelle, sous forme d’ateliers publics ou de concerts, pendant les sept jours de festival. Bien évidemment, les intervenants devaient avoir un lien avec la mer, dite la Grande bleue, dite Mare nostrum, ou encore la Baille à stocke-fish.

 


Le Paratge des sirènes cochait absolument toutes les cases, si ce n’est celle de sa propre existence. En effet, après de longues années à briguer les festivals et à pirater les scènes régionales, le Paratge connut les affres du confinement et disparu à fond de cale. Les fondateurs n’étaient pourtant pas bien loin, et même, entrainaient autour d’eux de « nouveaux novices ». Il suffit d’une sollicitation pour armer à nouveau le navire. C’est Marie qui leva les voiles et battit le rappel : les boscos cessèrent de s’affourcher sur leurs ancres et c’est tout le Paratge qui appareilla vers Tourbes, puis Sète, dite l’Île singulière, dite La Petite Venise du Languedoc, dite l’Embouteillée cité du pouffre.

    

L’escale fut, sommes toutes, bien agréable et bien profitable ; face au Galéon ibérique, une quinzaine de vielles sonnèrent de concert tandis que les autochtones s’approchaient en cabotant, tels des Argonautes attirés par le chant des sirènes. L’atelier fut un vrai atelier ; c’est le principe même d’Escale à Sète, qui s’intéresse moins aux marchands du temple qu’aux vrais acteurs des cultures du monde. Certains s’y sont essayés ; les reverrons-nous un jour sur le pont ?

Sous la tente languedocienne, résonnaient Principessa et autres scottishes qui ont fait la renommée du Paratge à l’est de l’Hérault et à l’ouest du Vidourle. Patrice facile à la démo, Serge et Marie à l’apéro, et, au micro, Jean-Brice, dit Castanha, dit les Quatre-cent-coups (de chien), dit the Crazy hurdy-gurdy player of Villeneuve. Un bon Paratge dans l’esprit Rue de l’Amour, qui remplit les cœurs et les boujarons de joie, de vin et de nouveaux morceaux à réviser.

 

 

  

Serge.

mardi 24 mars 2026

L'Écho des Sirènes, mars 2026

© Pierre Tissot
Le premier mardi de mars (jour de mars du même mois), à Tourbes, on tournait la roue. Nous étions tous là en prévision du prochain 1er avril, où est prévu notre future escale en forme de poisson d’avril qui n’en est pas un. 
 
En effet, le Paratge se prépare à intervenir lors d’Escale à Sète de cette année. Par conséquent, chacun arqué sur sa manivelle, nous échangeâmes morceaux et autres propositions pour faire tourner les roues et, nous l’espérons, les têtes de nos prochains auditeurs.
 
 
 Le Paratge des Sirènes © Ana

Comme d’habitude, bons mots et calembours succédèrent aux notes et coups de chiens, pour se finir en repas convivial. Après avoir fait vibrer nos tables d’harmonie, nous vibrons en harmonie autour de la table. Rendez-vous au premier avril, à Sète, pour voir passer un banc de sirènes.


Pierre

jeudi 5 février 2026

L'Écho des Sirènes, février 2026

© Pierre Tissot
« Tu vois, moussaillon, du temps de la grande aliénation, où même les trop fiers frères de la côte restèrent à l’amarre et, en dehors de quelques-uns pour qui seule valait la liberté, tout le monde était à fond de cale, on crût les sirènes disparues. De l’écume des sept mers aux tréfonds des abysses aveugles, on ne vît plus ces femmes poissons.

Passant de Charybde à Scylla, interrogeant Ann Bonny ou Jack Rackham, d’Ulysse à Némo, de Robinson à Mercredi, d’Haddock à Bob l’Éponge, pas un seul écumeur des flots n’était foutu de préciser quand il avait vu, pour la dernière fois, une queue de ces morues marines. »

Ainsi parlait Pedro, vieux loup de mer au poil rêche et constellé de fleur de sel, faisant passer sa bobine pour celle du Père Noël. Il s’adressait à un jeune rouet tout en oreilles, à qui l’on avait vanté ces rencontres de galériens de la manivelle : Le Paratge des Sirènes.

Et le vieux loup de conclure, entre deux toussotements : « Foin de Paratge dans les parages ! »
Puis, après un long silence, durant lequel ses narines en profitèrent pour laper l’air iodé, l’œil du géronte s’alluma et, le sourire en coin, il reprit : « Maaaaiiis, ne t’a-t’on pas appris que les légendes jamais ne meurent ? Il se dit, dans moults gargottes et autres estaminets des docks, que les sirènes seraient de retour. On prétend qu’elles auraient délaissé le jour de Mercure pour celui de Mars… or, comme dirait Ovide bourré* : Mars, et ça repart ! »



 Le Paratge des Sirènes : Chypre © Jean-Brice

Ainsi, c’est à quelques kilomètres du rivage, à défauts d’encablures, en la bonne terre de Tourbes, que revinrent les sirènes en ce premier mardi de février et… de même pour ceux à venir.

La roue tourne !


En voix orff on entend :

O Fortuna
Velut luna
Statu variabilis,
Semper crescis
Aut decrescis ;
Vita detestabilis
Nunc obdurat
Et tunc curat
Ludo mentis aciem,
Egestatem,
Potestatem
Pissolvit ut glaciem.
(Celle-là, elle est pour Patrice).


Pierre
 
 
*Ovide plein, ça c’est pour la blague France Culture. 

vendredi 13 novembre 2020

Une Pajot de 1881, à vendre !

Profiter du confinement, pour apprendre la vielle : la belle idée !
Avec une Pajot fils de Jenzat, fabriquée fin XIXe siècle, ce serait une heureuse évasion… et une aubaine.

La voici, avec sa trompette (mais sans la trompette), ses bourdons, ses chanterelles, sa mouche, son cache-roue et ses décalcomanies d'origine. Comme neuve !


Vielle à roue Pajot fils, de Jenzat, 1881.
Vielle ronde, en Sol-Do
Six cordes, chevillier mécaniques neuf, révision de jeux des touches
Révision des sautereaux, en juin 2020

Présence de fissures sur la table, toutes stables depuis la date d'achat en 2010
Quelques traces en faces avant et arrière

Fournie avec sac souple et ceinture neuve

Visible à Nevers, Dijon et Paris

> Vendue !
 




Prix : 2200 euros.
Contact : leparatge [a] gmail.com

dimanche 24 mai 2020

L'Écho des Sirènes, décembre 2019 à mars 2020

© Pierre Tissot
4, il y en eut quatre avant la trêve de confinés et le bondage national pour cause de « peste noire »*.

Quatre Paratges, dont les quatre échos se dispersèrent aux quatre vents ; quatre rencontres de vielles et de potes avec ceux qui viennent, ceux qui ne viennent pas ou plus, ceux qui voudraient bien mais ne peuvent point, les tous nouveaux et les désormais traditionnels de l'étape : la vielleuse aux mille noms, Marie l'amazone de l'aquaponey, Thierry de la « caisse à Havon » lutherie des tarasques, Don-Jibé de la Casanova, Pat et Pasc les doctes trad de Montpellier, Hubert des Hautes-Terres et votre serviteur dit, le gauchois réfractaire.

Ainsi, y eut-il ateliers diverses et variées auberges espagnoles multiples et arrosées, et blagounettes nombreuses et parfois avariées.
Tout ceci, c'était du temps du monde libre, encore que… Puis, vint l'épidémie de Cordes-Vides-19, la panique organisée, l'emmasquage total…


Grand nettoyage, avant la réouverture du Paratge © Pascal


Ont-ils survécu, y aura-t-il finale d'aquaponey, la gaucher est-il enfin devenu droitier, Pat a-t-il toujours la plus grosse… vielle, pizza Vietri livre-t-elle toujours à domicile, la roue va-t-elle tourner… ?

Vous le saurez, en suivant le prochain épisode de L'Écho des Sirènes !


Pierre

* méjugement de Salomon




lundi 6 janvier 2020

L'Écho des Sirènes, novembre 2019

© Pierre Tissot
Vroum, passant broussaille et rouvraies, par les routes de campagnes, je roulai à toute allure, voyant apparaitre par une trouée Tourbes.
Tournant à la croix, je rejoignai la troupe d'autres disant groupuscule de troubadours roublards adeptes de la vielle à…

J-B rouvrant le ban, dans ce trou perdu, j'ouïs à mon arrivée la roulée de coups de chiens et la roucoulade des voix ; coups de trois sur du trois-deux, coup de froid sur du trois-quatre. Dans ce Paratge, où l'on dérouille pour notre instrument roi. On déverrouille nos doigts, lentement on se grouille, on prouve et on approuve nos prouesses, dans le roulement routinier de la…, ça rouspette, ça rousquille.


L'interdiction incroyable sise sur le mur de notre Foyer rural de Tourbes © Jean-Brice

L'un propose un morceau, l'autre lui dit que ça ne vaut pas roupette, et nous voilà partis sur une chansonnette. Puis, au troisième round, on sort saucisse et viande roustie, quelques rouges, pains qui croustilles, camembert croulant, gâteau de Marie jamais roussis et, dans le brouhaha, on croûte.

Après le prout, chacun rejoint son terroir, évitant les roussins de bord route, et, se donnant blond, brun, chauve et roux, peu ou prou, rendez-vous au Paratge prouchain.

Combien de roues dans cet écho ?


Pierre



PS : la "Scottishe Tex" du Paratge :




mardi 19 novembre 2019

Une vielle Boudet à vendre
Ceinture et étui anciens à acheter

Deux annonces, cette fois !
Attention, soyez tout ouïe, comprenez bien l'objet de cette doublette. Le point commun, les deux propositions concernent le plus bel instrument de la planète Musique.


Tout d'abord, l'un de nos lecteurs recherche, pour habiller sa vielle Pimpard :
Un étui vintage rigide.
Une ceinture ancienne en cuir.
Deux objets rares, mais qui combleraient et le musicien, et la vielle à roue qu'il possède.
Si vous avez cela, contactez-nous, nous serons heureux de transmettre...
Contact : leparatge [a] gmail.com


Ensuite...
Voici les détails d'un instrument en vente actuellement. Une vielle qui a joué, qui a sonné mille diableries, puisqu'elle appartenait au président de La Bourrée Creusoise. C'est Jean-Brice, qui nous transmet l'info.

Vielle à roue Jean-Claude Boudet, meilleur ouvrier de France.
Fabriquée en 1982.
Table en acajou.
Caisse en palissandre.
Vielle ronde, odéal en accordage Sol/Do.
Six cordes.
Tête sculptée : femme à chignon Pajot.
Vendue avec son étui.




Prix : 4000 euros.
Contact : leparatge [a] gmail.com

mardi 5 novembre 2019

L'Écho des Sirènes, octobre 2019

© Pierre Tissot
L'Écho des Sirènes
>>>> n° 100 ! <<<<

« J’ai testé pour vous. »

Salut à tous, mes fidèles abonnés !
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© Bruno Gomiero
Wow !

Continuez à nous suivre, à nous faire connaître, et surtout, n’oubliez pas de nous faire un petit like après lecture.

Alors voilà, c’est la rentrée ! Le moment idéal pour vous choisir un loisir original, un loisir qui vous aidera à garder la forme ou à déployer vos talents artistiques cachés. Cette semaine,  «  j’ai testé pour vous » une activité tout à fait originale et rare, que je vous ai dénichée dans le petit village languedocien de Tourbes : l’apprentissage de la vielle à roue !

En effet, chaque premier mercredi du mois, le foyer rural résonne apparemment des joyeux bourdonnements et grincements de cet instrument méconnu mais pourtant bien de chez nous. Eh oui, côté originalité, j’ai voulu faire fort cette fois-ci ! J’avoue que j’ai dû mettre mes aprioris en sourdine et mon appli ononpaça en arrière-plan !




Renseignements pris, je me suis donc présentée ce mercredi 2 octobre à 16h30 pour la reprise de l’atelier mensuel de ce collectif du nom bien local de Paratge des Sirènes, animé par un certain Jean-Brice pour la première partie, celle où doivent venir les débutants. On m’avait dit qu’une vielle me serait prêtée et que je n’avais donc pas besoin de faire les brocantes avant (LOL) !

Bon, je vous le dis tout de suite : c’est pas du tout ce que j’imaginais.

D’abord, j’ai eu un mal de chien à trouver la bonne porte au rez-de-chaussée. Impossible d’allumer la lumière. Pour trouver un être humain, j’ai suivi des bruits un peu inquiétants de râle masculin. J’ai ouvert une première porte, mais me suis fait la frayeur de ma vie en tombant sur un immense barbu de dos en train de faire je ne sais quoi debout contre une table dans une bibliothèque. Comme j’avais mon iPhone en main, j’ai juste eu le temps de prendre une photo avant de refermer très vite la porte en m’excusant.

Un immense barbu dans une bibliothèque © Lady GaGalie

Je me suis précipitée contre une porte juste en face que je n’avais pas vue dans le noir, et cette fois-ci dans la pièce il y avait deux messieurs avec les fameuses vielles sur les genoux. Ouf ! Je leur ai expliqué ce que je venais de voir juste à côté, mais ils m’ont dit que c’était en fait leur luthier tout à sa petite affaire. J’ai commencé à avoir vraiment les jetons !

Après les présentations, je leur ai demandé s’ils pouvaient me faire une démonstration de leur instrument pour une vidéo sur mon blog. Comme ils ont fait une tête bizarre, je leur ai donné une partition que j’avais préparée. Voilà ce que ça a donné :


Deux messieurs avec des têtes bizarres © Lady GaGalie

Bon, comme j’ai constaté qu’ils avaient raté les cours de solfège quand il était encore temps, je leur ai demandé de me présenter un morceau de leur choix pour ma vidéo. J’ai eu alors droit à ça :


 Sghùjjtrgfmmnùrjürn pölka © Jean-Brice

Je me suis dit alors qu’il ne valait mieux pas rester là, et j’ai prétexté un WhatsApp urgent de mon webmaster pour m’échapper de cet endroit chelou avant qu’il m’arrive un truc grave ! J’avoue que j’ai été un peu surprise de cette expérience, et je me suis dit que ça ne pouvait pas être le joyeux rassemblement de petites vielles qu’on m’avait vendu au téléphone. Mais bon, quand je suis partie, les deux zigotos m’ont assuré que c’était super sympa juste après, et ils m’ont invitée à revenir au moment de l’auberge espagnole, à la nuit, dans la bibliothèque ! Au secours !

Alors, s’il y a des amateurs de sensations fortes parmi vous qui veulent tenter l’expérience, je vous recommande cet atelier, et surtout partagez avec nous ce qui vous sera arrivé.

Je vous retrouve mercredi prochain pour un retour « J’ai testé pour vous… » sur ma nuit d’Halloween dans les Catacombes. Ça devrait être drôlement moins flippant !

TSCHÜSS !

Cliquez là :


Lady GaGalie

mardi 8 octobre 2019

L'Écho des Sirènes, septembre 2019

© Pierre Tissot
Les deux appels téléphoniques de Marc m'avaient laissée perplexe. Qu'est-ce qu'il pouvait bien me vouloir, ce cher Marc, à 3 jours de la date de l'annuel et réjouissant rendez-vous, le Paratge clapiérois dans son jardin? Soirée programmée un an à l'avance, attendue par tous avec plaisir anticipé  : retrouvailles des copains, c'est la RENTRÉE !, promesse d'un buffet bien garni, de bouteilles forcément «  bonnes  », et puis, et puis, aahhh et puis LA MUSIQUE ! Et ces étonnants instruments d'un autre âge, tout en rondeurs, en cordes, en manivelles, (re)découverts et offerts chaque année aux béotiens ébahis que nous sommes : les VIELLES. Car ce fameux rendez-vous auquel nous convient chaque année Marc et Kakine, est avant tout rencontre entre 10 vielleux magnifiques et un public sympathique quoiqu' assez ignorant mais d'avance conquis.

Bon. On a retenu la soirée, on a répondu oui aux rappels de nos hôtes, alors quoi ? Ces appels de Marc ?? Un lézard ? Un truc qui cloche ? Meuh non ! Tout va bien. Mais... Tu connais le Blog  ? Ah non, tu savais pas ? Alors tu vois, c'est un blog qui rend compte de ce qui se passe autour de notre groupe de vielleux, et tout çà, (ah bon ? Oh ben c'est bien, çà !), et alors tu vois, l'année dernière, c'est Marie-Hélène L. qui s'en est chargée pour la soirée ici. Tu vois ? Zut, çà y est, j'ai compris, mais je le laisse s'entortiller dans ses explications. Alors bon, pour cette année, on a pensé, enfin quoi... Alors, tu serais d'accord ? (Moi ? D'accord  ? Ah mais non, pas du tout). Juste un petit truc, tu vois. Pour le blog. Un petit compte-rendu pas compliqué. T'es prof de français, hein, alors bon...
Zut et zut. Prof de français, ça ne me lâchera donc jamais, ce truc-là ? Et puis 1) je suis en retraite depuis belle lurette, moi  ! 2) est-ce que avoir été prof de français fait de moi un écrivain public, bon sang ?
Ô Marc, tu viens de me gâcher la soirée. Mais comment refuser quoi que ce soit à l'ami Marc ?
Alors va falloir que j'apporte un papier et un crayon, va falloir que je prenne des notes, va falloir que je retienne tout. Va falloir que je bosse, ô horreur. Et surtout, va pas falloir que je m'endorme, moi qui, passé 10h du soir, ne tient plus debout. (S'endormir ? non mais ça va pas ?) Et donc va falloir que je sois sobre, très sobre, car chez moi, du verre au sommeil, il peut n'y avoir que quelques minutes...

Ce soir-là sent encore l'été dans notre silencieux et quasi-désert village. L'air est doux, tout est calme. Trop calme. On se serait trompé de jour ? Mais la route de Vendargues est bordée de voitures et un léger brouhaha nous parvient, entrecoupé de rires et déjà de tintements facilement identifiables : des bouteilles, des verres... Nous approchons, les paroles se font plus nettes et on commence à distinguer les dernières nouvelles du front, les vacances, la météo, les enfants, les petits-enfants, les parents très âgés, les randos passées et à venir... Des histoires de genoux, de dos, d'arthrose, de mâchoire bloquée, de rétine décollée. Au secours ! Des Tamalous ! Vite, le vin, la bouffe !!
On y est. Embrassades, rigolades, régalades... C'est la fête.
L'ami Marc m'entraîne vers la terrasse d'où s'élèvent des accords cristallins. Je vais te présenter.
— Tiens Pascal, c'est elle qui va...
— Heu, plutôt tout à l'heure, là tu vois, on répète.
Ils sont tous là, nos vielleux, Pascal, Patrice, Jean-Brice, Philou, Marie, Thierry, Marc, Magalie, et bien sûr, notre hôte qui ne cesse de se dévaloriser injustement face au talent de ses amis... On leur doit à eux tous cette soirée qui, comme les années passées, va s'inscrire dans nos mémoires et inaugure notre nouvelle année, scolaire toujours, puisque c'est bien ce rythme-là qui à jamais marque notre division du temps.
Et déjà on ne peut plus s'éloigner, déjà on se remplit les oreilles des accords sautillants de quelque bourrée.

Dans le jardin, les rires et les conversations s'entrecroisent, s'enchaînent, se succèdent. On reconnaît aisément K. qui en a manifestement éclusé quelques uns, mais tu n'en parles pas, hein, me dit-elle. Raté. Mais K., t'inquiètes, tu sais bien que c'est comme ça qu'on t'aime, farfelue, excessive, explosive, créative, généreuse, dans ton atelier et dans la vie.

Paratge des Sirènes et son chef d'orchestre © Kakine

Maintenant la nuit tombe vraiment. C'est l'heure. On se presse sous le tilleul, sous le cerisier, on s'installe sur les sièges dépareillés, on enfile des pulls — on est quand même en septembre —, on est tous yeux, toutes oreilles grands ouverts. Un accord s'élève, vibre, emplit l'espace. Pascal, Marc et les autres se regardent, s'attendent, s'entendent, s'écoutent, se rejoignent, se répondent. S'accordent. «  Dans la musique japonaise, le temps d'accord fait partie de la musique  », lance l'un d'eux. D'accord. La musique s'enroule et se déroule au rythme des tours de manivelle, musique de début du monde (Néanderthal, de la vielle dans les cavernes ??) musique de nos ancêtres, paysans du Moyen Age, du XVIe siècle, musique des fêtes d'autrefois, bourrées, mazurkas, valse même plus tard.
Musique aussi de nos années 70 : Malicorne, la Bamboche, ça vous dit quelque chose ? Et on reconnaît les accents et les sonorités qu'on a aimés dans la période baba cool néo rurale de nos 20 ans.
Les morceaux se succèdent, résonnent les cordes, gronde le bourdon. Vielle de tous les temps, du plus lointain, à un passé moins lointain avec la "Bourrée à Aurore Sand", puis au présent avec la découverte de compositions contemporaines, un morceau de style andin avec charango. Vielle de tous les pays, Angleterre, Italie, Chypre... Vielle des fêtes et des réjouissances. Vielle des retrouvailles, de la convivialité, de l'amitié.

La nuit est tombée. Le ciel est clair et scintille des constellations familières. Un musicien annonce un dernier morceau mais les applaudissements et les rappels obligeront nos vielleux à nous en offrir davantage. Et ils s'exécuteront avec gentillesse pour notre plus grand plaisir.
Mouvements dans les rangs des spectateurs. On se lève. On propose sans conviction d'aider au rangement. Non non pas la peine. On a un peu mauvaise conscience.
Il va falloir partir et rendre au jardin de nos hôtes sa liberté et sa sérénité.
Les musiciens rangent avec soin leurs précieux instruments.
Quelques uns s'attardent. Un dernier verre. Une dernière rigolade.
On est encore envahis par les derniers échos des vielles.

Au fait, on a fixé la date, pour l'année prochaine  ?


Marie-José

mardi 3 septembre 2019

L'Écho des Sirènes, juillet 2019

© Pierre Tissot
À cette heure, tout le monde traverse le Lez et prend la route qui mène à Clapiers. Non, pas pour s'en aller participer à la Fête de la tomate c'est trop tard, elle avait lieu avant-hier , mais, comme chaque année, le Paratge de rentrée a lieu là-bas, au bout du Chemin des Peintres, chez Marc et Kakine, et c'est autrement immanquable !
Mais avant cette VIIe édition clapiéroise, narrons succinctement le Paratge précédent.

Deux mois se sont écoulés, depuis le dernier atelier. Une session qui se déroulait début juillet, sous la canicule et les forêts de spiruline de Tourbes.
Au programme de cet après-midi bourdonnant : des mots-croisés, quelques morceaux à cinq vielles (Magalie, Marie, Max, Patrice, Pascal), une récréation polyphonique tahitienne, un barbecue en compagnie de Raphaël et de Gilles.

Partage des Sirènes de Tahiti, guest star : Raphaël © Gilles

Un petit Paratge qui s'est terminé, comme l'année dernière, par une averse bien devinée.

Un Paratge hors-les-murs, dont la chronique devait être rédigée par notre hurdy gurdy girl au millier de noms. Hélas, pour notre lecture, notre rédactrice, grandement occupée à vieller pour préparer le Paratge de Clapiers, a abandonné la plume pour s'emparer de la manivelle. La voici (sous les traits inattendus de Romain Monsterlet) bien confuse, rouge de honte à l'instar d'un Pierrot nous privant, ce 3 septembre, de sa poignée pour gesticuler du pinceau de n'avoir assuré ladite chronique estivale promise…

Hurdy-Gurly Girl © Romain Monsterlet — www.deviantart.com

Pascal

mercredi 28 août 2019

Stage d'été avec Pascal Lefeuvre

Alors... Ce stage de vielle à roue restera pour moi un moment fort, et pas seulement de l'été.
Pour commencer, ce fut rencontrer Pascal Lefeuvre, dont la vielle a bercé tant de mes années ; un artiste qui a, sans le savoir, grandement embelli ma vie. Et ce ne fut pas simplement rencontrer Pascal ; ce fut être avec lui et tous les compagnons de fortune cinq jours durant, du petit-déjeuner aux concerts du début de la nuit.

Ce stage fut un bain sonore et chaleureux, où la pratique soutenue de la vielle à toute heure jouait en fond d'une pièce de franche camaraderie, de partage et d'éclats de rire autour d'une foison de spécialités culinaires de tout l'hexagone (Pascal M., nous n'oublierons jamais ta p'tafine, tes chansons et ta joyeuse folie douce). Sous l'attention et le regard bienveillant de Chantal, sainte Marthe de ces lieux bénis de la campagne périgourdine, lieux à travers lesquels nous nous égayions à chaque atelier pour travailler en solo les multiples rythmes et mélodies dont Pascal nous donnait la recette. Au vrai, il nous a nourris tel un bon père de famille nombreuse, alternant la vaste salle de stage pour transmettre son art, et la cuisine pour nous concocter de bons repas au bord du jardin. Celui-ci était d'Eden, un havre de calme et de fraîcheur pour s'y reposer, pour dormir ou faire de la vielle à l'ombre des arbres chargés de fruits


Pater familias en son Eden © Philippe

Je me trouvais là et goûtais la chance que j'avais, moi, avec mes balbutiements de vielle, de recevoir dans ce cadre enchanteur les enseignements personnalisés du virtuose en short qui me préparait à manger et partageait cette tranche de vie avec nous, et qui prenait humblement le temps de nous montrer le b à ba dont j'avais tant besoin. Ce ne furent pourtant pas des vacances au club Med de Périgueux. On a bossé comme des dingues. Partant d'un répertoire qu'il nous a demandé en amont de proposer nous-mêmes, Pascal nous a fait faire un voyage d'étude et de pratique intensives de quatre jours à travers la rythmique, les styles, les danses, les mélodies, le lexique, le solfège, et l'entretien de l'instrument. Il nous a donné matière à travailler pour plusieurs années, et ce quel qu'ait été notre niveau de départ.

Virtuose en short © Magalie

Et comme si tout ça ne suffisait pas, nos vielles eurent droit à un check-up expert de Philippe Mousnier, grand nom de la lutherie viellistique qu'on ne présente plus. Avec force gentillesse et explications, Philippe a ouvert les capots, tourné les sautereaux, disséqué chiens et bourdons, ajusté les chevalets ou changé les cordes, etc., et a redonné un coup de jeune à nos vielles. Il s'applique d'ailleurs sans doute cet entretien à lui-même, ou alors il faut qu'il me donne le nom de sa crème de jour, parce qu'en ayant une décennie de plus que moi il en paraît deux de moins. La lutherie, ça doit conserver.

Magalie et ses escort boys, Pascal Lefeuvre et Philippe Mousnier © Anonyme

Apothéose de ces jours intenses, le concert de fin de stage a rassemblé tous les talents et les efforts pour accomplir un tour de force : faire une heure de spectacle avec seulement des morceaux travaillés durant les quatre jours. Alors que j'avais la berlue de me retrouver "sur scène" jouant de la vielle avec Pascal Lefeuvre, le clou du stage fut atteint lorsqu'on entendit jaillir depuis les gradins : "Ouais, ça sonne !!"

Je garde le souvenir heureux et le cœur content de ce stage, ainsi que les multiples enregistrements et notes très précieux pour ma pratique et pour le partage, qui restera un mot clé de ces quelques jours. Un immense MERCI à Pascal Lefeuvre, à Philippe, à Chantal, et à tous les compagnons qui firent de ces jours d'été un beau moment de ma vie. Merci à tous !

Magalie

mardi 2 juillet 2019

L'Écho des Sirènes, juin 2019

© Pierre Tissot
Mercredi 5 juin 2019.

Après l’extraordinaire Écho du 1er mai, brossant en détail dix années d’Histoire du Paratge des Sirènes sous la plume tant astrologique qu’astronomique de Maistre Pierre, il semblait bien difficile de m’amener chez le rédacteur en chef avec, sous le bras, un énième texte qui ferait après ça autant d’écho qu’un vieux pneu.

Il faut dire aussi que le contenu du dernier Paratge ne jouait pas tellement en ma faveur : comment, en effet, retranscrire le chapelet de charmantes histoires priapiques échangées dans un battle par-dessus la table à manger tout au long de l’auberge espagnole ? Comment dire l’excitant surmenage de la course à chiens en rond sur un martelage électronique accélératif au premier atelier ? Ou l’émoi de découvrir la surprise de Jean-Brice, tous tout entiers tendus vers l’écran qui nous fit nous rendre compte que le Paratge était devenu un groupe qu’on pouvait dorénavant s’arracher dans les festivals ?

Le jeu des sept différences © Magalie
Réponse au prochain Écho © Magalie


















J’ai donc pensé à autre chose. Dans les journaux, quand les lecteurs ont bien besogné, ils apprécient de pouvoir s’adonner à quelque vétille ludique de fin de publication. Il m’est apparu que des bribes du Paratge de juin pouvaient dès lors trouver leur place dans des mots croisés. Je n’en ai jamais composés, aussi trouverez-vous ci-dessous un nombre inhabituel de cases noircies.

Rassurez-vous, vous n’avez pas besoin d’avoir assisté à nos ébats viellistiques de mercredi pour jouer, à quelques exceptions près. (Tout au plus, avez-vous besoin de cliquer sur l'image pour l'agrandir ou l'imprimer et l'avoir avec vous sur le transat - NDLR.) Prêts ?



Horizontalement : Magalie
Verticalement : Alexandrine


jeudi 27 juin 2019

Écho de la Fêêête de la vielle #3

Vous avez manqué la Fêêête de la vielle ?!
UUuuuuûûuuh...

Vous y étiez ?

Depuis les terres ou via les airs, au cœur de la foule ou tout en discrétion, nos chasseurs d'images ont zoomé sur les manivelles et les roues.
Voici les images d'un reportage haut en couleurs, avec des bourdons et des chanterelles dedans.

Le film qui a du chien !




Le vielleur masqué.

lundi 24 juin 2019

Jean, cent ans !

Le 1er mai 2019, lors de la Fêêête de la vielle, à quelques pas de la scène musicale du matin, Magalie et Pascal s'arrêtent et posent les vielles près d'un banc.
Une discussion s'entame avec son occupant : quels sont ces instruments, ces bourdons qui s'en échappent...

Magalie connaît l'homme : c'est Jean.
Il nous raconte, par épisodes, sa vie. Sa vie de musicien (batteur), de sportif (tambourin, basket, etc.), de voyageur. Sa vie d'avant, d'aujourd'hui, de toujours.
Plus tard, dans la journée, on le verra arriver jusque derrière le foyer rural, où le Paratge a installé la scène, où nombre d'autres villageois, de danseurs, sont venus participer à la journée organisée par notre ensemble viellistique.

Deux p'tits jeunes du Paratge... et Jean, cent ans ! © Jean-Brice

Jean est né un 24 juin. (Trois jours après la naissance de Guy Lux !)
En ce début d'été, L'Europe est en guerre. Un conflit mondial. On ne sait alors de quoi sera fait l'avenir, mais l'on espère, pour l'enfant, la santé, des joies durant toute une collection de décennies, et, bien évidemment... une vie éternelle !

Une guerre mondiale. La première. Car Jean est né... le 24 juin 1919 !
Oui, du haut de son regard plein de malice, ce 1er mai 2019, presque cent ans contemplaient nos vielles !

Car, ce lundi, ce 24 juin 2019, c'est l'anniversaire de Jean.
Le Paratge des Sirènes est heureux de le retrouver ici, sur ces pages, au milieu des vielles et des bourdons.

Joyeux anniversaire, Jean !


Pascal

mardi 4 juin 2019

L'Écho des 10 ans

© Pierre Tissot
La coïncidence était trop bonne : figurez-vous qu'en 2019, 10 ans après la naissance du Paratge des Sirènes, le 1er mercredi du mois de mai tombait le Premier — Fête du travail. Une telle conjonction était donc propice à un anniversaire : celui des sirènes. Celui de notre Constellation, de notre Assemblée des Adorateurs de la Roue, qui, tels les douze signes du zodiaque, tourne à l'infini au rythme d'un archet cerclé.
En ce premier du mois de mai, je prenai donc la route vers Tourbes, y retrouver mes comparses.
Dépassant les ronds-points, où le jaune de la colère cédait momentanément le pas au blanc de l'innocence, je me repassai le film de cette décennie…


Se dire que cela fait dix ans que ça dure, c’est ouvrir la porte à une foule d’images, de sentiments, de sons, de souvenirs. Flot, fourmillement, multitude, feu d’artifice ; je me reprends, il faut s’organiser, sans quoi, tout va partir dans tous les sens. Par où commencer ?

Le Paratge des Sirènes, c’est d’abord un vœu : celui fait par deux compagnons, Bruno Priez et Jean-Brice Vietri, qui eurent l'idée de faire se rencontrer d’hypothétiques vielleux perdus dans le Grand Sud. D’aucuns auraient prédit que c’était comme péter dans l’azur, et pourtant… dix ans plus tard, nous sommes toujours là ! Pour le vielleur et pour le rire.

Horoscolophane : Taureau

Le Paratge des Sirènes, c’est aussi un nom. Paratge mais qu’es aquo ? Ce mot affole les correcteurs orthographiques et les moteurs de recherches, qui nous proposent partage. Et bien soit, car c’est bien de cela qu’il s’agit, un partage autour d’un instrument peu commun, surtout sous nos latitudes méridionales. Le parage, en oïl, pendant du paratge d’oc, est pris dans le sens de : qualité d’une personne. Et c’est donc la conjugaison des qualités diverses qui donne l’émulsion ; je m’égare, revenons à ce nom. Que viennent faire les sirènes autour de ce navire ? Comme rapidement nos rencontres mensuelles se fixèrent sur le premier mercredi de chaque mois et, qu’en des temps pas si lointains, c’est en ce jour que les sirènes de France, voire de Navarre, étaient testées, nous ajoutâmes cette inspiration sonore en complément du nom. Joueurs, nous jouâmes sur les mots et ajoutâmes une pulpeuse vielleuse icthyomorphe.

Horoscolophane : Gémeaux

Le Paratge des Sirènes, c’est aussi un lieu, ou plusieurs, car nous fûmes les hôtes de sept lieux ; jugez en plutôt : débutant par La Maison du Cœur de Ville d’Agde (1), nous sommes passés, toujours en la même ville, par La Galerie de la Perle Noire (2), La Maison des Métiers et du Tourisme (3), un ancien Salon de coiffure sis Rue de l’Amour — c’est pour le côté accroche-cœur (4) — et L’Atelier d’accordéon du Bruno (5). Puis, migration vers le piscénois (pourvu que la quantité soit copieuse), dans La Calandreta des Polinets (6), pour finir dans ce qui est aujourd’hui notre maison : Le Foyer rural de Tourbes (7) et son équipe de choc, liguée autour du Grand Jacques. Vous allez me dire qu’il ne faut pas pousser, mais il y a de l’Odyssée dans ce périple.

Le Paratge des Sirènes, c’est surtout des gens. Des gens qui viennent et s’en vont, des gens qui restent un temps et voguent plus loin, des gens qui s’en vont et qui reviennent (ces trucs-là sont faits de tout petits riens) et d’autres qui restent.

Horoscolophane : Cancer

Par ordre d’apparition, il y a les parcours météoriques.
Philou, dont la présence ectoplasmique n'avait d'équivalents que ses commentaires ésotériques des premiers échos ; Marou partie chercher fortune ailleurs ; Lydie de la mesnie des Carcassès, aspirée comme tant d'autres par un diato ; Raphaël, Muriel, Nathalie, Xavier, Luc, dont l'énigmatique chiffonie n'en finissait pas d'interroger notre Bruno ; Christophe qui ne savait que faire de son cadeau d'anniversaire à roue ; Carina, du groupe Vagarem, qui me permit de rafraichir, le temps d'un Paratge, la langue de Goethe ; Raphaëlle, venue de loin, disparue et entraperçue au cour d'un stage avec Chabenat ; Yoyo, venue depuis l'Empire du Milieu en nos périphéries ; Zack le magicien, apparu, avant de disparaitre dans un étui de vielle ; Camiiiille, souvent retenue au bloc ; ou encore Flavia, dont des complications articulaires lui interdirent la fréquentation assidue de notre cercle.
J'en oublie, sans doute, mais il y en eu de mervielleux éphémères qui participèrent le temps d'une ou plusieurs sessions à la magie de nos rencontres.

Horoscolophane : Lion

Il y a ceux d'hier qui marquèrent de leur empreinte quelques années de cette décennie.

À tout seigneur, tout honneur : Bruno, dit La Bugne ! Notre Enée agathois, l'homme aux cents histoires (la chamane sortie de l'O.T, le médium en botte de pluie, Lulu la sétoise…) et aux vertigineux souvenirs, le déconstructeur, l'adepte de la roumègue, aux coups de poignet de derrière les fagots dont il aimait à partager le secret.
Christian, le Narbonnais de l'étape ! Avec sa gouaille et son rire caractéristique.
Marine, première présence féminine ! Qui, pour mémoire, en préparait un sur la vielle à roue, venant dans ce vivier glaner auprès des anciens des infos aussi bien sur le jeu que sur l'instrument.
Jean-Pierre, notre Jipépé ! Tenant de la traditionnelle école du Morvan, le classicisme des noires forêts et des étangs du pays Eduens, dont la moustache gauloise cachait un sourire, cependant que, ses sourcils froncés et l'œil sévère, il considérait les élucubrations gasconnes de garnements de la vielle à roue. La voix grondante et timbrée nous rappelait, tel un druide, la voie ancestrale du coup de chien.

Horoscolophane : Vierge

Sergio, le pâtre grec, à la vielle d'azur ! Qui apportait toujours une touche rock and roll à nos abordages, qui jouait de la vielle debout — c'est peut être un détail pour vous, mais pour nous ça voulait dire beaucoup !
David, un jeune (à l'époque) ! Qui, pendant quelques années, fût d'une assiduité et d'une passion communicatives, toujours motivé quand il s'agissait de vielle, ô combien de "Grunchasko", combien de coups impairs ? Parti vers d'autres horizons bretons et viellistiques.
Sylvia, la mère poule de cette grande basse cour ! À l'instar de Jean-Pierre, elle représentait, elle aussi, la tradition — pensez donc, elle avait viellé sur les genoux de Gaston Rivière ! Un peu déboussolée par les déconstructions priezienne et autres fantasqueries viellirouiste, le granit de cette auvergnate n'en fut pas pour autant entamé — seul Pascal sut débusquer la pureté du jeu de chien qu'elle était capable de sortir. Avec elle, les auberges espagnoles prenaient des airs de cantines, on y venait avec assiettes et couverts, et, connaissant les loulous, elle apportait de quoi pour les oublieux, en mère poule. Elle guettait les inévitables invités d'un soir, qui prenaient souvent place, sans prévenir, à la table.
Il y eut aussi Sophie ! Arrivée avec Marie, qui finit par passer de vielle à accordéon comme on passe du coq à l'âne.
Grimpons de quelques décennies, pour rencontrer Christiane, une dame du Berry ! Elle aussi, amoureuse de vielle à roue ; d'ailleurs, dans ces coins-là, ne dit-on pas qu'on nait dans un étui de vielle ? Un phrasé extraordinaire et un émerveillement intact, si communicatif, que vous aviez, à ses mots, l'impression de redécouvrir l'instrument.
Redescendons de ce sommet de pétillement pour rencontrer un des derniers arrivés, pourtant parti : Fabien, le jeunot tout en dreadlocks et sourire ! Comme un Jean Baptiste de Léonard de Vinci, mais avec barbichette et moustache ; un genre de David à plusieurs années d'intervalles, motivé, enjoué et, privilège de la jeunesse, évoluant par amples bonds d'un Paratge à l'autre.


Horoscolophane : Balance

Il y a ceux d'aujourd'hui qui continuent l'épopée des sirènes.

Pour commencer, en ce premier jour du mois éponyme, Marie, si elle ne fût pas sur les fonds baptismaux, suit les sirènes depuis bien longtemps. Avec elle, pas de Paratge sans traversée du dessert. Après les oreilles, elle enchante nos papilles, aussi à l'aise à la roue qu'au rouleau.
Puis Max, qui lui, fut là à la première et aux suivantes, pour disparaitre, réapparaitre, disparaitre à nouveau, revenir, et ainsi par alternance. Il fait parti, avec Alain, de ceux dont les genoux portent un instrument de notre luthier fétiche, mais chuut…
Ana, l'aguerrie des étoiles, ravie un temps par un petit Pablo, nous revient, elle continue de faire monter la courbe de la présence féminine dans nos rencontres qui, il faut bien le dire, il y a dix ans, étaient loin mais alors très loin de la parité. Adepte de la voute céleste, elle en descend régulièrement pour nous rejoindre.
Restons chez les dames, avec Magdalexandrinelie, rencontre de hasard, du temps de la Calandreta, qui nous avoua son inconditionnel amour pour cet instrument hybride et venue rejoindre la troupe. Outre sa gnâque et son assiduité, elle me soulagea, avec brio, de la lourde tâche de L'Écho des sirènes.
L'affront serait d'oublier Thierry, l'homme des antipodes, le barbu de Tarascon, le self made man de la vielle, sans le sous pour en acquérir une, qu'à cela ne tienne, il s'en fabrique une et, depuis, mordu par le démon Luthifer, il ne cesse de parfaire et de produire. Bi-classé viello-luthier.
Enfin, Alain avec qui l'on passe des antipodes au voisinage. Venu lorsqu'il a vu de la lumière, notre ancien cabaretier pose sa besace régulièrement chez nous. S'esquivant presque toujours avant l'auberge espagnole, arguant d'un lièvre à la broche ou autres paupiettes de veau, à moins que ce ne soit l'arrivée d'un cousin américain. Il a raison, les troisièmes mi-temps, on ne sait jamais quand, ni comment ça finit.

Horoscolophane : Scorpions

Enfin, il y aussi les vieux de la vielle, les pachydermes, les antédiluviens, les grands anciens, ce qui y furent au début et qui y sont encore.
Jean-Brice, dit Jibé, qui est à Bruno ce que fut Castor à Pollux, Rémus à Romulus, Dupond à Dupont, Chapi à Chapo… co-fondateur du Paratge, il est là, inamovible pilier du premier atelier, cheville ouvrière des sirènes. Le banc de sirènes ne fut pas toujours fourni en poisscaille, mais, en poisson pilote, il est toujours à la barre.
Il y a Patrice, dit Pat', celui qui, il faut bien le dire a la plus grosse : une vielle ténor. Membre du Viellistic, incessant troubadour, roi du calembour subtil et du jeu de mollet pour jambettes. Il est là, imperturbable, alimentant de mois en mois le répertoire de l'atelier confirmé.
Cette force tranquille de la vielle ne serait rien s'il ne trainait, dans sa roue, pirouette, cacahuète, Pascal, échevelé franc-tireur, un son bizarre, un accord improbable, un coup de chien dans un jeu de quille, inutile de signer, ça l'est. À l'école du Bruno, dont il fut souvent l'aède précieux, c'est une encyclopédie du trad, qui nous régale souvent d'une historiette au coin du feu.

Horoscolophane : Sagittaire

J'allais oublier, ceux de demain.
Noé, Gabin et Raphaël, des jeunes pousses qui, peut-être demain, perpétueront ce Paratge.

Le Paratge des Sirènes, c’est aussi un tâtonnement foutraque (appelé tâtÔnnement empirique, dans le grand monde), pour trouver une méthode. À l’horizontalité des formes s’ante la verticalité des expériences : allant de Jipépé en passant par Sylvia, d'une école traditionnelle "classique" à l’anarchie rabelaisienne d’un Bruno, voire à la déconstruction concertée pascalienne, en passant par l’énergie Pat’à rouesque et les goguenardises johannobriciennes. Le tout se décomposant en un, deux et/ou trois ateliers aux appellations multiples et variées. Ces compositions, décompositions, recompositions sont à peu près stabilisées en 10 ans, et c'est donc en trois mi-temps que le Paratge, désormais, se réalise.

Horoscolophane : Capricorne

Le Paratge des Sirènes, c’est aussi des rencontres.
Quentin, tout d'abord, jeune apprenti chez Serge Durin qui, du temps de sa période agathoise, nous rejoignait avec sa cornemuse ; ou encore Mathieu, toujours dans les aérophones, qui nous rendit visite une paire de fois avec cornemuse et chalémie ; Goody et sa cabrette (qui a dit qu'il y avait une guerre entre les vielles et les cornemuses?) ; Polo et son davul ; Cécile au diato ; Chris, musicien irlandais.
Dans le cercle strictement viellistique, Fred, reprenant le chemin inverse depuis Belfort pour retrouver son Hérault natal, devenu Terre de vielles ; Joan-Peire et Juliette, de Tournicoton Electrad'Oc, venus en voisins pour un atelier de fabrication de chien — à cette occasion je devins le frère de sang de Joan-Peire, puisqu'on s'était taillé le pouce en essayant de couper du chien au cutter ; Daniel, descendu de son Albigeois avec vielle et bagage, et qui nous y invita au détours d'un festival ; Marc et sa compagne Kakin, vielleux timide et discret, mais grand amateur de vielle, nous invita par l'entremise de Pascal à venir tenir tintamarre en son jardin, le rendez-vous annuel devenant le rituel Paratge-hors-les-murs.

Horoscolophane : Capricorne

Le Paratge des Sirènes, ce fût aussi les attentats sonores, devenus abordages, pour des questions de cohérence piratistique et navale et de copyright. Bien nous en prit, puisque Charlie et autres carnages allaient ensanglanter les choses et rendre au mot son caractère glaçant et mortifère. Une scène, un festival, un débarquement impromptu, trois petits tour de vielle et puis s'en vont. Ce fût le couteau Paratge des Sirènes. Ce fût des stages où certains débarquaient en petit groupe. Ce fût les galettes des rois. Ce fut quelques partages de butins gastronomiques à la Casa Pepe, sous l'égide de Môssieur le Président Jean-François. Ce fût des auberges espagnoles d'anthologies, des tours de magie des fêtes de calandretas…

Je me perdais dans les rêveries évanescentes et les plaisirs de ces bons souvenirs quand, je vis apparaitre le clocher de Tourbes et le village blotti à ses pieds, me réjouissant déjà pour cette journée qui allait être un sacré anniversaire.

Horoscolophane : Poissons

Merci aux luthiers, sans qui ces aventures n'auraient pas été possibles.


Pierre