« Le paratge, pour les troubadours, est la reconnaissance chez l’autre, d’un ensemble de valeurs artistiques et humaines déterminant la noblesse de cœur caractéristique du monde roman ou occitan médiéval.
À Tourbes, les rencontres de ces musiciens sont basées sur le partage de connaissances viellistiques, sans hiérarchie, considérant l’équivalence de chacun. »
Il y avait des roues, pour cette fête de la Calandreta des Polinets, qui marque la fin de l'année scolaire, et qui est l'occasion, pour le Paratge, de rendre la politesse à l'équipe de l'école qui nous reçoit toute l'année.
Nous sommes donc venus animer de musiques, ce moment de rencontre entre l'équipe éducative, les enfants et leurs parents.
Sauf que, cette année, Zack, vielleux multi classé, pour qui la vielle est un violon d'Ingres, s'avère être magicien dans la vraie vie ; du coup, il avait préparé un spectacle où, avec son compère à plume, il a enflammé (au propre comme au figuré) l'ambiance.
Cris, rires, étonnements, ont émaillés les expériences de ce savant flou, filou et un peu fou.
Après les tours de roue et les tours de magie, ce fut notre tour de s'attabler pour profiter des grillades, vins et autres gâteaux, en savourant cette soirée de ce début d'été, qui marque les vacances de la sirène.
Elle fut aussi l'occasion de faire connaissance avec une future participante à nos rencontres, qui prit son courage à deux mains, pour approcher le cercle des toqués de la roue, et leur avouer son attrait pour l'instrument à manivelle. Une vielle de plus dans le banc des sirènes à venir!
Sylvia, Marie, Ana, Thierry, Alain, Jibé, Max, Pascal et moi avions rendez-vous, le 30 juin dernier, pour la fête de clôture de la
Calendreta de Pézenas, et marquer dans une atmosphère de convivencia la fin d’année des polissons
des Polinets.
Outre la joie de se retrouver pour ce petit bœuf festif, le temps fut avec nous pour offrir une belle soirée de début d’été, où l’allongement des jours permit à chacun de surveiller dans la lumière vespérale son tour de roue.
Aux stridulations des chiens de vielle répondirent celle des grillons, sertissant les rires et les danses des convives, brillants de l’éclat des lampions. Le service image et son était là en la personne de Jérome, et le Paratge put s’enorgueillir de mettre en avant un jeune vielleux : Noé. Ce dernier, intimidé, et par le public, et par le nombre de vieux de la vielle qui l’entouraient, sut prendre sur lui pour entrainer dans le sillage de sa roue le reste du peloton.
On égraina les morceaux que Don Jibé nous avait envoyés les semaines précédentes, et nous pûmes
nous régaler de quelques moules, vins et autres saucisses, dans un plaisir de blagounettes et
conversations variées, que les comparatgeaires échangèrent avant la grande coupure estivale.
Rendez-vous fut pris pour la rentrée, après avoir souhaité de bonnes vacances à nos nouveaux hôtes
qui, depuis deux mois, accueillent le Paratge des Sirènes.
Cette année, les sirènes ont décidé d'aller nager dans les étangs du Morvan, et, ce faisant, de participer à la 37eFête de la vielle d'Anost. Une petite mais fine équipe était là, pour représenter les ateliers agathois.
À tout seigneur (de l'Anost), tout honneur, commençons par Sylvia qui, trouvant que le trajet Gallargues à Agde (88 km aller), une fois par mois, c'était pour les petites natures, a doublé le trajet mensuel par un Gallargues à Anost (479 km aller), pour partir rejoindre ses comparses de la Bande de Vielles ; suivaient Jibé, venu avec Castanha e Vinovèl, et Patrice, avec sa ténor, pour une présentation solo de l'instrument. Marie et moi-même suivions avec nos vielles respectives.
Dire que le temps n'était pas tout à fait au rendez-vous, serait retourner le couteau dans la pluie, tant l'été pourri a concerné un peu tout le monde, mais sans être estival, il aurait pu être plus catastrophique. Je clos ce sujet météorologique au plus vite, car Jibé a bien insisté sur le sujet : il fit lourdement sentir aux autochtones, comme aux festivaliers, combien le temps était bien plus clément sous nos latitudes du Midi moins le quart au Midi et demi. Et ceci, en guise d'introduction de la plupart de nos sets, c'est dire s'il eut le temps de se répandre sur le temps.
Anost, cette année, ce fut des températures tiédasses, la journée, qui piquent en soirée, et qui enrhument la nuit. Heureusement, la bonne humeur réchauffait les cœurs à défaut des corps. La cordialité et le chaleureux accueil de Raphaël, véritable chef d'orchestre de la rencontre, nous fît bien vite oublier ces températures peu aoûtiennes, et un bon plat de frites moules, dû à l'entregent de l'inénarrable Sylvia, finît un de ces soirs par réchauffer nos estomacs.
Le gageure, quand on fait du bal à la rue comme nous le fîmes, étant de jouer entre les gouttes. Nous y parvînmes, et l'accueil qui nous fût réservé participa aussi au réchauffement climatique.
Anost 2014, c'était également une programmation tout azimut. Une scène ouverte à de nombreux groupes, avec de belles découvertes à la clef, des bals, dont un animé par nos compères Castanha e Vinovèl de passage, avec valise sous les yeux et bonne humeur communicative ; ce fut également des concours de jeunes talents, prouvant que la relève est bien assurée, des initiations aux danses trad, dont un atelier pirate fait par Marie, pour apprendre, au sac de noix que je suis, quelques danses, des stages, dont un de vielle où, une fois n'est pas coutume, Sylvia était absente ; des scènes multiples et variées, allant du groupe trad métal ourano-tellurique Familha Artùs, à Tradberry, en passant par le Trio Bouffard, les Booz's Brothers, et j'en oublie tant il y en eut. Enfin, des petites conférences, comme celle de Claude Ribouillault, sur la lutherie des tranchées de 14/18, et sur un sujet moins grave, notre Patrice local qui présentait sa vielle ténor, le… Pat Varotti de la roue, en quelque sorte. Petite anecdote, à ce propos, cependant que notre compère jouait en électro-acoustique, une spectatrice venue du pays des Polders lui demande s'il ne pourrait pas jouer sans les fortifications. « Il joue sans les fortifications », un nouvel épisode de Vuillaumet-le-Conquérant.
Anost 37e édition de la Fête de la Vielle, ce fut pour nous des brouettés de souvenirs. De la musique jouée, écoutée, de bonnes rigolades… et de la pluie (ça, c'est pour Jibé).
Rejoignant Sylvia et Jérome, qui connaissent tout le canton d'Anost, nous avons devisé avec les divers luthiers. Maxou a enfin révélé à Jibé l'histoire authentique et sans adjuvant du Vol du bourdon. Marie a longuement devisé avec Dinota, en profitant pour essayer les vielles ; j'en ai profité pour aller faire un brin de causette avec Joël Traunecker, surpris que l'article sur les vielles de gauchers ne soit pas encore sur le Blog qui bourdonne (ça ne saurait tarder).
À ce propos, en sinistre manivellant (traduire gaucher contrariant), j'ai eu l'occasion de discuter avec quelques viellants gauchers contrariés et de faire essayer ma vielle. Surprenant de voir leurs réactions. Patrice nous propose de nouveaux matériaux pour nos cotons, le poil de chatte — ou de chat, pour moins d'ambiguité —, ce qui donne lieu à un tombereau de blagues à deux heures du matin. Don Jibé négocie, pendant toute la durée du séjour, une vielle d'occasion à Raymond Chance, qu'il s'entête à appeler Roger-Raymond de Trinque à Vielle : le duo nous offre, journellement, des conversations que ne renierait pas Pagnol !
On fait le set du diable, c'est à dire que, coincés entre un container et la rue, on va voir passer dans un mouchoir de poche, une camionnette, un bus et un VSAB des pompiers, toutes sirènes hurlantes. Ce dernier cas, fort à propos pour le Paratge du même nom. Du coup, danser devant nous serait synonyme de passage sous les roues et pas celles de nos vielles.
Une bien belle aventure, dont je retiendrais deux images fortes : la première est la salve d'applaudissements qui accompagna notre set Paratge des Sirènes sur scène, clôturé par une Dame en Si bémol à notre sauce, qui plût fortement (non Jibé, du verbe plaire, et pas du verbe pleuvoir). Enfin, la totémisation de Raphaël, qui méritait bien cette statue à la grandeur de sa générosité et de la chaleur humaine qu'il infuse à tout ce festival.
Une bien belle aventure, pour l'équipée paratgeaïre.
C'est le 18 mai, à Béziers, sous un ciel menaçant, gris, pluvieux, que se déroula notre seul abordage sonore de l’année. Qui n’était pas à proprement parlé un abordage sonore, puisque notre mission consistait à animer la Nuit des Musées. Les obligations des uns et des autres n’ayant pas permis d’avoir le Paratge des Sirènes au complet, c’est une petite délégation (Serge, Sylvia, Bruno, Patrice et moi) qui assura cet évènement.
J’arrivai la première (non, pardon, la deuxième : le premier sur les lieux était Serge, auteur du projet, qui tenait le rôle de garde-barrière à l’entrée du parking du musée pour nous permettre de nous garer). Arriva ensuite Sylvia, qui après une mauvaise blague de ma part, au téléphone, faillit se retrouver à l’autre bout de la ville et manquer ainsi l’heure du rendez-vous. Puis Bruno.
Notre cinquième compère devant nous rejoindre en milieu de soirée, nous prenons sans plus tarder la route pour l’Espace Riquet, sur un chemin montant, sablonneux, malaisé, et de tous les côtés aux nuages exposé, qui eut vite raison de la cohésion de notre petit groupe.
Les leaders, Serge et Bruno, accentuent leur avance de minute en minute, sans un regard pour le reste de la troupe. Sylvia, qui a pris un mauvais départ et ralentie par les côtes, ferme le peloton. Quant à moi, qui occupe la difficile place du milieu, je suis tiraillée entre le désir d’attendre Sylvia qui me lance des appels de détresse, et celui d’accélérer le pas pour ne surtout pas perdre de vue les maillots à pois dans le dédale de ces petites rues de ma propre ville que je ne connais pas.
Finalement, c’est essoufflés, échevelés, mais au complet, que nous faisons notre entrée à l’Espace Riquet, pour la première étape de la soirée.
Un peu de visiteurs dans ce musée, curieux de nous voir débarquer chargés comme nous étions.
Les vielles tout juste sorties des housses, on se met à l’ouvrage avec "Chypre", puis "Ballo Francese", et après cette introduction, c’est à Bruno que revient l’honneur de présenter le Paratge des Sirènes. Nous reprenons au moment où est annoncée l’ouverture du buffet, devant un public concentré à se frayer un passage pour accéder aux boissons et petits fours. Nos morceaux, pourtant variés, ne se verront pas salués par des applaudissements reconnaissants et pour cause : un verre à la main et un toast dans l’autre, notre auditoire se trouve bien encombré pour nous témoigner sa gratification, mais peu importe, nous sentons que le cœur y est. D’ailleurs, la fin de notre petit récital approche et nous concluons par le "Se Canto", entonné par Serge, qui nous avait caché jusque-là ses talents de chanteur ; qui, si l’on en juge par les ovations du public, supplante désormais Luc, jusque-là encore inégalé dans ce domaine.
Notre prestation terminée, nous sommes invités au buffet, et, à la surprise générale, Bruno arrose cet évènement avec un verre de… jus d’orange !
Après cette première escale à l’Espace Riquet, le quatuor reprend le chemin du Musée du Biterrois. Les violonistes du Conservatoire, qui devaient partager l’animation de cette soirée avec nous, sont déjà installés. Leur professeur nous attend à la porte, et après une brève salutation, s’évertue à nous exposer sa requête : une fois décodées les multiples périphrases et hyperboles, entrecoupées de regards larmoyants dignes d’un dramaturge, nous comprenons qu’en guise de collaboration, il nous propose d’assurer le créneau 20h30 - 0h00, lui se réservant celui de 20h - 20h30, par souci de ses étudiantes (qui, comme chacun sait, doivent être bordées au lit avant 21h, surtout le samedi soir). Nous donnons notre accord, le laissant interloqué, surpris d’avoir gagné sans même avoir engagé les hostilités, un combat qu’il imaginait long et éprouvant. Le pauvre ne savait pas encore qu’il avait à faire à cette catégorie de personnes que l’on nomme pirates, qui s’emparent sans état d’âme de tout ce qui se trouve à portée de main.
Et c’est donc sur un fond musical, que nous prenons notre dîner, généreusement offert par le Musée. Présenté sur un joli plateau-repas, offrant presque autant de variétés que nos buffets R[o]ue de l’Amour, il fut tout de même bien différent de ceux que nous connaissions. Les discours enflammés et autres calembredaines qui rythment d’ordinaire nos repas laissèrent place, cette fois-ci, à une ambiance plus feutrée, quasi monacale, imposée par la sérieuse prestation qu’offraient les violonistes à ce moment-là, derrière la pièce où nous nous restaurions. Nous attendons même religieusement l’arrivée du vin avant de commencer, puis de Serge, qui, pour de mystérieuses raisons, n’aura de cesse de s’esbigner pendant toute la durée du repas.
Tiens, en écrivant ce mot, j’entends d’ici la question qui doit être sur toutes les lèvres : « et notre signal repas ? ». Nous nous étonnons de son absence, alors que le dîner touche à sa fin. Allait-il faillir à la tradition et arriver une fois les réjouissances terminées ? Sans même avoir vu la couleur du plateau-repas ? Que nenni, notre fidèle camarade était bien là, et ce dès l’ouverture du premier opercule, mais à cause d’une défaillance de réseau, demeurait cantonné à la barrière du parking, sans moyen de nous rejoindre ni de nous faire connaître sa présence. Finalement, à force de persévérance, Bruno finit par capter le début d’un message, et Serge, qui revenait à peine parmi nous, s’en retourne aussitôt ouvrir à notre compère.
Ainsi au complet, nous prenons le relais des violonistes qui, les poches sous les yeux et réprimant à grand peine de longs bâillements, s’en vont au plus vite regagner leurs pénates pour récupérer de leur longue soirée.
Nous investissons les lieux et improvisons un atelier débutant-déconstruction-confirmé, cette fois-ci hors de notre local, au milieu de vestiges historiques et autres œuvres d’art, attirant tout de suite l’attention des passants. Soucieux de satisfaire leur curiosité, nous transformons notre réunion en petit concert pour leur plus grand plaisir : tout notre répertoire y passe. Encore plus intrigués après cette prestation, les visiteurs nous assaillent de questions : « Questcequec’est ?, commentçamarche ?, pourquoic’estpaslesmêmes ?... »
Tour à tour, chacun se lance, de bonne grâce, dans un résumé concis de la vielle à roue, emprunt d’images et de métaphores destinées à clarifier nos propos, mais tellement différent d’un avis à l’autre que nos visiteurs nous quittent finalement plus perplexes qu’à leur arrivée (leur demander un petit compte-rendu écrit sur ce qu’ils avaient retenu aurait été intéressant, et la lecture des réponses nous aurait certainement assuré un moment des plus divertissants).
Ce 18 mai est, également pour Serge, l’occasion de recruter de futurs paratgeaires, et il n’hésite pas à laisser les petitouts de passage tourner la manivelle de sa Siorat, espérant (tout comme nous) dénicher les futurs Clastrier ou Bouffard, que nous aurions avec fierté pu compter parmi nous à leurs débuts.
La deuxième partie de la soirée, plus calme, ressemble davantage à un atelier et nous permet d’aborder et de travailler quelques nouveaux morceaux. Absorbés que nous étions par l’élaboration de notre répertoire, nous nous apercevons à peine que le Musée s’est entre temps vidé de ses visiteurs, et c’est le gardien qui, revenant plus fois vers nous (« vous n’êtes pas trop fatigués ? », « Il va falloir penser à partir on a programmé l’alarme ! »), nous fait réaliser que notre prestation s’achève.
Patrice donne alors le signal du départ, avec cette phrase lancée comme un cri de ralliement « On peut partir, car de toute façon j’ai fini mon plateau-repas ! », que l’on pourra, dorénavant, en souvenir de cette soirée, inscrire comme devise sous le logo de L'Écho, ou plus sobrement sur la housse de sa vielle.
À Térisse, corsaire agathois qui dota les filles pauvres, « et gloire à Don Juan qui rendit femme celle, qui sans lui, quelle horreur ! Serait morte pucelle »*.
Arrivé toutes voiles dehors sur leur flûte, l'équipage du Paratge accostait sur l'archipel des Sommières pour trouver un coin de trad'hivernage. Cependant, Pascal le Rascal, toujours à la hune, se mit à brailler « Ola, compagnons de la roue libre, hardis, je vois une scène de fort gabarit. Affutez vos sautereaux, excitez vos chiens, ça sent l'abordage ». Sylvia cessait de cacheter les bouteilles de Porto, Pass'Patrice bourrait les dernières bombes à la poudre noire, David s'oignait la rapière à l'huile d'olive (régime crétois qui permet la longue conservation des lames). Sophie van Gluten terminait ses exercices d'ambidextrie, Bloody Marie calfatait les dernières côtes de sa Chougnard®, cependant que Sergio engloutissait un plein saladier de cosconilha (son herbe préférée) et que je remisais ma plume et jetais l'encre.
En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, l'équipage était sur le pont, vielles en bandoulière… C'ptaine Priez ajusta ses bandeaux sur la tête et sur l'œil, nous prîmes chacun manivelle en main et avant qu'il n'ait levé son crochet pour signifier la charge, l'intrépide Pass'Patrice filait à l'anguille, sur le pont scénique adverse en gueulant « À L'ABORDAGE !!! » avec, dans son sillage, le reste de l'équiparatge.
Nous fîmes donner les sabords, sabrâmes des coups pas toujours réguliers aussi bien à bâbord qu'à tribord, et après quatre salves soniques ("African market", "Chypre", "Ballo francese", "Grunchasko"), nous regagnâmes notre navire. Encore un abordage sonore d'accompli, durant lequel nous désensablâmes les portugaises d'en face.
Le paratge des Sirènes cinglait vers son port d'attache, que certains disent être l'Île de la Perle Noire.
La chronique ne serait pas complète sans regretter que Don Juan Brice soit allé, ce soir-là, faire ménage à Troyes. Faire le cochon au pays de l'andouillette ou l'andouille au pays des cochonneries, il n'y a qu'un pas, qu'il a allègrement franchi.
Le coquin !
Un bon Zinga zanga
vaut mieux qu'un mauvais zig zag
Vielle en coulisse,
vieille qui glisse
Il vaut mieux un Paratge à la balance que sur la balance
Les paratgeaïres se sont quittés
Heureux, prêts
à remettre les couverts
Fachés prêts à
se friter la gueule
À plus de 0.5g
ignorant la modération
Pierre.
NDLR : Toutes les réponses sont à découvrir sur le film de l'évènement (merci à Jé, Cy et Syl, sans qui ce document qui change le cours de l'Histoire demeurait, au mieux dans les archives de l'INA, au pire dans les caves du Musée de l'Homme).
À la fin des années quatre-vingt, le pinardier Bacchus transportait son dernier chargement de vin entre le Languedoc et la lointaine ville de Bordeaux. L'ultime décennie du XXe siècle marque l’arrêt de la navigation de commerce sur le Canal du Midi ; plus d’une centaine de familles de mariniers ont ainsi débarqué après trois siècles d’activité de transport fluvial. Ces mariniers ont vécu et travaillé sur le Canal, ils transportent dans leur mémoire un mode de vie unique et le témoignage d’un commerce doux et écologique.
Doux et écologique (les manivelles des instruments sont mues
100% à la main), adossé à la péniche Le Tourmente, le Paratge des
Sirènes a hissé une partie de son répertoire pour coques boisées, le 10 septembre dernier, du côté d'Agde, afin
d'honorer toute une histoire sur le Canal du Midi.
Corps en
bateau ou non, poignée amarrée, coton pas même humide, cordes à fort
tirant pour affronter les vents par coups-de-trois irréguliers, les cinq musiciens
(d'abord quatre, Pierre arrivant en retard car il ne retrouvait pas son costume de scène) se sont improvisés nautoniers de la vielle, ajoutant à leurs thèmes
déjà bien méditerranéens quelques entorses au gré des écluses et des
biefs. En musique, la Garonne a relié la Méditerranée, le paratge partage des
eaux se jouant au cours d'un "En el monte" ou d'un "African market"
spontanés qui suivaient le triptyque devenu habituel des "Chypre", "Domino"
et "Grunschansko".
Après cet historique Canal du Midi, les attentats sonores du
Paratge Canal Historique méritent-t-ils leurs classements au Patrimoine
Mondial de l'Humanité ? Posant pour la postérité, Patrice, Sylvia, Pascal, Pierre et Bruno se questionnent à ce sujet entre boîtes à vielles et boîtes à lettres.
Et le soir commence à tomber sur l'été indien coulant au long du Canal du Midi…
« Les enfants, faites
vos valises, on Paratge en vacances ! »
Pendant que le camp des
juilletistes avait les orteils en éventail, celui des aoutiens les glaçons dans
le pastis, les paratgeaïres — entre tournées, concerts pour certains, saison
estivale et visites pour d'autres, soufflet d'accordéon pour le dernier (par
conséquent le premier lors de l'Apocalypse) — mettaient au point les derniers
préparatifs pour un attentat et se déplaçaient vers Rodez.
Arrivée la veille pour
Jibé et ièu, qui faisait connaissance
avec les connaissances du premier (pute borgne, il en a des connaissances !).
Arrêt à tous les stands, petit verre par ci, petit gobelet par là, inauguration
ici, dégustation de cervoise du cru là, et pour finir, Piero ne sachant plus si
je crèche ici ou là. Je rentre par une route en lacet à pas d'heure, ce qui me
permet de marcher droit, sans mes clés de voiture. Heureusement, malgré un
grammage important et une danse de population dense, Jibé les retrouvait et me
permit une nuit réparatrice avant l'action du lendemain.
Justement, nuit se passe,
le jour J, tout le monde arrive par petits groupes (pour tromper la DGSE, les RG, Interpol, etc.). Tout le
monde… sauf Marine qui, au risque de retourner le couteau dans la plaie, ne
pouvait nous rejoindre pour cause de colo.
Heureux de se voir entre
conspirateurs, nous déambulâmes avant de nous retrouver devant un bon plat de
paella, de nouilles grasses et un truc qui selon la truffe expérimentée de Jérôme
avait tourné (ce qui ne gêne en rien les sectateurs de la manivelle que nous
sommes). Une fois ce roboratif repas dans nos panses, nous allâmes taquiner de
la roue sur le gazon, rejoins par un Philippe — ou Philou, si j'étais de ses
intimes. Ils assuraient, avec Pascal, une série de bons mots et de piques qui
font dire aux étrangers « Ach
Gertrud, foilà l'esbrit vranzais ! »,pendant que d'autres réglaient les boites
à pile qui font du bruit (en sioux ; ampli, en français contracté). Je constatais avec dépit le peu de
t-shirt publicitaires sur la route des tours, mais bon, emploi du temps chargé,
fichiers non rendus, peau plastique qui se décolle du tissu… qu'importe, le
tout c'est d'être là et d'assurer. Bref, en cercle, nous entamâmes la révision
sur le déroulement des opérations comme les pilotes de la patrouille de France,
si ce n'est que nos zincs étaient dans nos mains.
Le soir, tout le monde
est sur le pont ou du moins dans les cales, colophane entre les dents ou coton
dans les oreilles (pour les artilleurs). On écoute la harangue du capitaine de
vaisseau aux gens massés sur le quai et, au moment M, à la seconde S et au
temps T, nous attaquons le pont d'un seul élan en poussant notre cri de guerre « Aghate Tyke ». Non, je déconne,
nous arrivons furtivement par l'arrière et nous nous asseyons comme des
nonagénaires cacochymes sur nos chaises (je fais parti de la harde des
vielleurs posés sur leur cul, j'assume, j'assume). Mais la tactique trompe
l'adversaire, certains croient à un sitting
de la CGT, d'autres à un début de grève de la fin des intermittents du
spectacle, les derniers à la mise en place d'une séance de spiritisme par les
rois du guéridon, que nenni ma chère Adèle, malgré une arrivée assise nous leur
assénons un quart d'heure de son qui les tient debout et dansants pour
certains. Quel bonheur !!! Huit moulins à poivre qui défouraillent. On en revient sonnés comme au sortir du ring et heureux comme après un match
victorieux. Acte fondateur, d'une série d'attentats ? Nul ne sait et
l'avenir nous le dira.
Quoiqu'il en soit, pour revivre l'évènement
comme pour les soirées diapo de notre préhistorique enfance pour les plus âgés
d'entre-nous, il restera les images pirates pour faire ton sur ton, de Jérôme,
ou les officielles si mestre Jibé arrive à leur mettre la main dessus.
Dans le cadre du premier Salon des luthiers, facteurs et créateurs de sons, organisé en Agde au sein de Fiesta Sète à l'initiative de Bruno et de ses amis (et Dieu sait s'il en a !), le Paratge des Sirènes a joué quelques pièces pour bourdons, chiens et chanterelles, ce lundi 25 de juillet en fin de journée — bien que cela ne signifie rien, les journées ne se terminent jamais, là-bas, encore moins en été.
Bruno, David, Jean-Brice, Pascal et Patrice, rejoints, pour l'occasion, par Fred, ancien enfant du pays, exilé depuis quelques années dans un endroit qui n'existe pas — à Belfort — où il enseigne un instrument qui n'a pas d'existence — la vielle à quoi ? — et où il s'efforce de créer un Paratge de la vielle, si c'est vous dire l'immense et touchante naïveté du garçon, qui jouait ce soir-là sur une Jean-Noël Grandchamp d'époque !
L'occasion, notamment, de faire entendre nos instruments à Maître Jacques Grandchamp et à Maître Jean-Luc Bleton, frères ennemis des facteurs de vielles à roue, qui exposaient à l'étage. Nous jouâmes "Grunshansko", "Chypre" et "Domino", mais peut-être pas dans cette ordre. Oui, dirent les mauvaises langues (desdits luthiers, notamment) : dans le désordre !
Seconde partie de soirée à la Casa Pepe (on va y prendre habitude), où l'assiette est toujours un délice pour les affamés et les repus. Une soupe, pendant laquelle il fut de bon ton de blaguer de table à table, de charrier nos amis facteurs d'instruments sur l'origine de l'œuf et de la poule (Dieu a-t-il d'abord créé le vielleur ou le luthier ?), d'essayer de suivre une conversation autant improbable qu'incompréhensible entre Fred (il cumule…) et Patrice au sujet du "Cantique des mathématiques" ou quelque chose comme ça…
Fin de soirée à la Perle Noire, où nous poursuivîmes l'étude d'un répertoire pour cordes frottées, dans le dessein de préparer notre montée à l'estive en Aveyron.
Un quatuor extrait du Paratge des Sirènes, pour cette intervention sur les terres de Boby Lapointe, le 29 avril dernier : Patrice, Pascal, Pierre et Bruno. Arrivés pour saborder la première partie du groupe Pigalle (et proposer, ainsi, à François Hadji-Lazaro de tenir sa rose vielle au milieu d'eux), les quatre musiciens constatèrent qu'ils étaient curieusement en avance d'une journée sur la programmation. Ne se faisant pas prier pour autant, le Paratge se lança dans la salle du bar-tabac où siégeaient les festivaliers, explorant sans hésiter l'essentiel de son répertoire à bourdons.
Toujours aux aguets dès qu'il s'agit de pixeliser un grand moment culturel, le courageux (car comme pourrait le confirmer Sylvie, il vaut mieux être derrière que face aux vielles) Thierry Margot immortalisa à jamais cette symétrie parfaite entre droitiers et gaucher.