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| © Pierre Tissot |
Passant de Charybde à Scylla, interrogeant Ann Bonny ou Jack Rackham, d’Ulysse à Némo, de Robinson à Mercredi, d’Haddock à Bob l’Éponge, pas un seul écumeur des flots n’était foutu de préciser quand il avait vu, pour la dernière fois, une queue de ces morues marines. »
Ainsi parlait Pedro, vieux loup de mer au poil rêche et constellé de fleur de sel, faisant passer sa bobine pour celle du Père Noël. Il s’adressait à un jeune rouet tout en oreilles, à qui l’on avait vanté ces rencontres de galériens de la manivelle : Le Paratge des Sirènes.
Et le vieux loup de conclure, entre
deux toussotements : « Foin de Paratge dans les parages ! »
Puis, après un long silence, durant lequel ses narines en
profitèrent pour laper l’air iodé, l’œil du géronte s’alluma
et, le sourire en coin, il reprit : « Maaaaiiis, ne
t’a-t’on pas appris que les légendes jamais ne meurent ? Il
se dit, dans moults gargottes et autres estaminets des docks, que les
sirènes seraient de retour. On prétend qu’elles auraient
délaissé le jour de Mercure pour celui de Mars… or, comme dirait
Ovide bourré* : Mars, et ça repart ! »
Ainsi, c’est à quelques kilomètres du rivage, à défauts d’encablures, en la bonne terre de Tourbes, que revinrent les sirènes en ce premier mardi de février et… de même pour ceux à venir.
La roue tourne !
En voix orff on entend :
O Fortuna
Velut luna
Statu
variabilis,
Semper crescis
Aut decrescis ;
Vita
detestabilis
Nunc obdurat
Et tunc curat
Ludo mentis
aciem,
Egestatem,
Potestatem
Pissolvit ut glaciem.
(Celle-là, elle est pour Patrice).
Pierre


