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dimanche 24 mai 2020

L'Écho des Sirènes, décembre 2019 à mars 2020

© Pierre Tissot
4, il y en eut quatre avant la trêve de confinés et le bondage national pour cause de « peste noire »*.

Quatre Paratges, dont les quatre échos se dispersèrent aux quatre vents ; quatre rencontres de vielles et de potes avec ceux qui viennent, ceux qui ne viennent pas ou plus, ceux qui voudraient bien mais ne peuvent point, les tous nouveaux et les désormais traditionnels de l'étape : la vielleuse aux mille noms, Marie l'amazone de l'aquaponey, Thierry de la « caisse à Havon » lutherie des tarasques, Don-Jibé de la Casanova, Pat et Pasc les doctes trad de Montpellier, Hubert des Hautes-Terres et votre serviteur dit, le gauchois réfractaire.

Ainsi, y eut-il ateliers diverses et variées auberges espagnoles multiples et arrosées, et blagounettes nombreuses et parfois avariées.
Tout ceci, c'était du temps du monde libre, encore que… Puis, vint l'épidémie de Cordes-Vides-19, la panique organisée, l'emmasquage total…


Grand nettoyage, avant la réouverture du Paratge © Pascal


Ont-ils survécu, y aura-t-il finale d'aquaponey, la gaucher est-il enfin devenu droitier, Pat a-t-il toujours la plus grosse… vielle, pizza Vietri livre-t-elle toujours à domicile, la roue va-t-elle tourner… ?

Vous le saurez, en suivant le prochain épisode de L'Écho des Sirènes !


Pierre

* méjugement de Salomon




lundi 6 janvier 2020

L'Écho des Sirènes, novembre 2019

© Pierre Tissot
Vroum, passant broussaille et rouvraies, par les routes de campagnes, je roulai à toute allure, voyant apparaitre par une trouée Tourbes.
Tournant à la croix, je rejoignai la troupe d'autres disant groupuscule de troubadours roublards adeptes de la vielle à…

J-B rouvrant le ban, dans ce trou perdu, j'ouïs à mon arrivée la roulée de coups de chiens et la roucoulade des voix ; coups de trois sur du trois-deux, coup de froid sur du trois-quatre. Dans ce Paratge, où l'on dérouille pour notre instrument roi. On déverrouille nos doigts, lentement on se grouille, on prouve et on approuve nos prouesses, dans le roulement routinier de la…, ça rouspette, ça rousquille.


L'interdiction incroyable sise sur le mur de notre Foyer rural de Tourbes © Jean-Brice

L'un propose un morceau, l'autre lui dit que ça ne vaut pas roupette, et nous voilà partis sur une chansonnette. Puis, au troisième round, on sort saucisse et viande roustie, quelques rouges, pains qui croustilles, camembert croulant, gâteau de Marie jamais roussis et, dans le brouhaha, on croûte.

Après le prout, chacun rejoint son terroir, évitant les roussins de bord route, et, se donnant blond, brun, chauve et roux, peu ou prou, rendez-vous au Paratge prouchain.

Combien de roues dans cet écho ?


Pierre



PS : la "Scottishe Tex" du Paratge :




mardi 5 novembre 2019

L'Écho des Sirènes, octobre 2019

© Pierre Tissot
L'Écho des Sirènes
>>>> n° 100 ! <<<<

« J’ai testé pour vous. »

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© Bruno Gomiero
Wow !

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Alors voilà, c’est la rentrée ! Le moment idéal pour vous choisir un loisir original, un loisir qui vous aidera à garder la forme ou à déployer vos talents artistiques cachés. Cette semaine,  «  j’ai testé pour vous » une activité tout à fait originale et rare, que je vous ai dénichée dans le petit village languedocien de Tourbes : l’apprentissage de la vielle à roue !

En effet, chaque premier mercredi du mois, le foyer rural résonne apparemment des joyeux bourdonnements et grincements de cet instrument méconnu mais pourtant bien de chez nous. Eh oui, côté originalité, j’ai voulu faire fort cette fois-ci ! J’avoue que j’ai dû mettre mes aprioris en sourdine et mon appli ononpaça en arrière-plan !




Renseignements pris, je me suis donc présentée ce mercredi 2 octobre à 16h30 pour la reprise de l’atelier mensuel de ce collectif du nom bien local de Paratge des Sirènes, animé par un certain Jean-Brice pour la première partie, celle où doivent venir les débutants. On m’avait dit qu’une vielle me serait prêtée et que je n’avais donc pas besoin de faire les brocantes avant (LOL) !

Bon, je vous le dis tout de suite : c’est pas du tout ce que j’imaginais.

D’abord, j’ai eu un mal de chien à trouver la bonne porte au rez-de-chaussée. Impossible d’allumer la lumière. Pour trouver un être humain, j’ai suivi des bruits un peu inquiétants de râle masculin. J’ai ouvert une première porte, mais me suis fait la frayeur de ma vie en tombant sur un immense barbu de dos en train de faire je ne sais quoi debout contre une table dans une bibliothèque. Comme j’avais mon iPhone en main, j’ai juste eu le temps de prendre une photo avant de refermer très vite la porte en m’excusant.

Un immense barbu dans une bibliothèque © Lady GaGalie

Je me suis précipitée contre une porte juste en face que je n’avais pas vue dans le noir, et cette fois-ci dans la pièce il y avait deux messieurs avec les fameuses vielles sur les genoux. Ouf ! Je leur ai expliqué ce que je venais de voir juste à côté, mais ils m’ont dit que c’était en fait leur luthier tout à sa petite affaire. J’ai commencé à avoir vraiment les jetons !

Après les présentations, je leur ai demandé s’ils pouvaient me faire une démonstration de leur instrument pour une vidéo sur mon blog. Comme ils ont fait une tête bizarre, je leur ai donné une partition que j’avais préparée. Voilà ce que ça a donné :


Deux messieurs avec des têtes bizarres © Lady GaGalie

Bon, comme j’ai constaté qu’ils avaient raté les cours de solfège quand il était encore temps, je leur ai demandé de me présenter un morceau de leur choix pour ma vidéo. J’ai eu alors droit à ça :


 Sghùjjtrgfmmnùrjürn pölka © Jean-Brice

Je me suis dit alors qu’il ne valait mieux pas rester là, et j’ai prétexté un WhatsApp urgent de mon webmaster pour m’échapper de cet endroit chelou avant qu’il m’arrive un truc grave ! J’avoue que j’ai été un peu surprise de cette expérience, et je me suis dit que ça ne pouvait pas être le joyeux rassemblement de petites vielles qu’on m’avait vendu au téléphone. Mais bon, quand je suis partie, les deux zigotos m’ont assuré que c’était super sympa juste après, et ils m’ont invitée à revenir au moment de l’auberge espagnole, à la nuit, dans la bibliothèque ! Au secours !

Alors, s’il y a des amateurs de sensations fortes parmi vous qui veulent tenter l’expérience, je vous recommande cet atelier, et surtout partagez avec nous ce qui vous sera arrivé.

Je vous retrouve mercredi prochain pour un retour « J’ai testé pour vous… » sur ma nuit d’Halloween dans les Catacombes. Ça devrait être drôlement moins flippant !

TSCHÜSS !

Cliquez là :


Lady GaGalie

mardi 8 octobre 2019

L'Écho des Sirènes, septembre 2019

© Pierre Tissot
Les deux appels téléphoniques de Marc m'avaient laissée perplexe. Qu'est-ce qu'il pouvait bien me vouloir, ce cher Marc, à 3 jours de la date de l'annuel et réjouissant rendez-vous, le Paratge clapiérois dans son jardin? Soirée programmée un an à l'avance, attendue par tous avec plaisir anticipé  : retrouvailles des copains, c'est la RENTRÉE !, promesse d'un buffet bien garni, de bouteilles forcément «  bonnes  », et puis, et puis, aahhh et puis LA MUSIQUE ! Et ces étonnants instruments d'un autre âge, tout en rondeurs, en cordes, en manivelles, (re)découverts et offerts chaque année aux béotiens ébahis que nous sommes : les VIELLES. Car ce fameux rendez-vous auquel nous convient chaque année Marc et Kakine, est avant tout rencontre entre 10 vielleux magnifiques et un public sympathique quoiqu' assez ignorant mais d'avance conquis.

Bon. On a retenu la soirée, on a répondu oui aux rappels de nos hôtes, alors quoi ? Ces appels de Marc ?? Un lézard ? Un truc qui cloche ? Meuh non ! Tout va bien. Mais... Tu connais le Blog  ? Ah non, tu savais pas ? Alors tu vois, c'est un blog qui rend compte de ce qui se passe autour de notre groupe de vielleux, et tout çà, (ah bon ? Oh ben c'est bien, çà !), et alors tu vois, l'année dernière, c'est Marie-Hélène L. qui s'en est chargée pour la soirée ici. Tu vois ? Zut, çà y est, j'ai compris, mais je le laisse s'entortiller dans ses explications. Alors bon, pour cette année, on a pensé, enfin quoi... Alors, tu serais d'accord ? (Moi ? D'accord  ? Ah mais non, pas du tout). Juste un petit truc, tu vois. Pour le blog. Un petit compte-rendu pas compliqué. T'es prof de français, hein, alors bon...
Zut et zut. Prof de français, ça ne me lâchera donc jamais, ce truc-là ? Et puis 1) je suis en retraite depuis belle lurette, moi  ! 2) est-ce que avoir été prof de français fait de moi un écrivain public, bon sang ?
Ô Marc, tu viens de me gâcher la soirée. Mais comment refuser quoi que ce soit à l'ami Marc ?
Alors va falloir que j'apporte un papier et un crayon, va falloir que je prenne des notes, va falloir que je retienne tout. Va falloir que je bosse, ô horreur. Et surtout, va pas falloir que je m'endorme, moi qui, passé 10h du soir, ne tient plus debout. (S'endormir ? non mais ça va pas ?) Et donc va falloir que je sois sobre, très sobre, car chez moi, du verre au sommeil, il peut n'y avoir que quelques minutes...

Ce soir-là sent encore l'été dans notre silencieux et quasi-désert village. L'air est doux, tout est calme. Trop calme. On se serait trompé de jour ? Mais la route de Vendargues est bordée de voitures et un léger brouhaha nous parvient, entrecoupé de rires et déjà de tintements facilement identifiables : des bouteilles, des verres... Nous approchons, les paroles se font plus nettes et on commence à distinguer les dernières nouvelles du front, les vacances, la météo, les enfants, les petits-enfants, les parents très âgés, les randos passées et à venir... Des histoires de genoux, de dos, d'arthrose, de mâchoire bloquée, de rétine décollée. Au secours ! Des Tamalous ! Vite, le vin, la bouffe !!
On y est. Embrassades, rigolades, régalades... C'est la fête.
L'ami Marc m'entraîne vers la terrasse d'où s'élèvent des accords cristallins. Je vais te présenter.
— Tiens Pascal, c'est elle qui va...
— Heu, plutôt tout à l'heure, là tu vois, on répète.
Ils sont tous là, nos vielleux, Pascal, Patrice, Jean-Brice, Philou, Marie, Thierry, Marc, Magalie, et bien sûr, notre hôte qui ne cesse de se dévaloriser injustement face au talent de ses amis... On leur doit à eux tous cette soirée qui, comme les années passées, va s'inscrire dans nos mémoires et inaugure notre nouvelle année, scolaire toujours, puisque c'est bien ce rythme-là qui à jamais marque notre division du temps.
Et déjà on ne peut plus s'éloigner, déjà on se remplit les oreilles des accords sautillants de quelque bourrée.

Dans le jardin, les rires et les conversations s'entrecroisent, s'enchaînent, se succèdent. On reconnaît aisément K. qui en a manifestement éclusé quelques uns, mais tu n'en parles pas, hein, me dit-elle. Raté. Mais K., t'inquiètes, tu sais bien que c'est comme ça qu'on t'aime, farfelue, excessive, explosive, créative, généreuse, dans ton atelier et dans la vie.

Paratge des Sirènes et son chef d'orchestre © Kakine

Maintenant la nuit tombe vraiment. C'est l'heure. On se presse sous le tilleul, sous le cerisier, on s'installe sur les sièges dépareillés, on enfile des pulls — on est quand même en septembre —, on est tous yeux, toutes oreilles grands ouverts. Un accord s'élève, vibre, emplit l'espace. Pascal, Marc et les autres se regardent, s'attendent, s'entendent, s'écoutent, se rejoignent, se répondent. S'accordent. «  Dans la musique japonaise, le temps d'accord fait partie de la musique  », lance l'un d'eux. D'accord. La musique s'enroule et se déroule au rythme des tours de manivelle, musique de début du monde (Néanderthal, de la vielle dans les cavernes ??) musique de nos ancêtres, paysans du Moyen Age, du XVIe siècle, musique des fêtes d'autrefois, bourrées, mazurkas, valse même plus tard.
Musique aussi de nos années 70 : Malicorne, la Bamboche, ça vous dit quelque chose ? Et on reconnaît les accents et les sonorités qu'on a aimés dans la période baba cool néo rurale de nos 20 ans.
Les morceaux se succèdent, résonnent les cordes, gronde le bourdon. Vielle de tous les temps, du plus lointain, à un passé moins lointain avec la "Bourrée à Aurore Sand", puis au présent avec la découverte de compositions contemporaines, un morceau de style andin avec charango. Vielle de tous les pays, Angleterre, Italie, Chypre... Vielle des fêtes et des réjouissances. Vielle des retrouvailles, de la convivialité, de l'amitié.

La nuit est tombée. Le ciel est clair et scintille des constellations familières. Un musicien annonce un dernier morceau mais les applaudissements et les rappels obligeront nos vielleux à nous en offrir davantage. Et ils s'exécuteront avec gentillesse pour notre plus grand plaisir.
Mouvements dans les rangs des spectateurs. On se lève. On propose sans conviction d'aider au rangement. Non non pas la peine. On a un peu mauvaise conscience.
Il va falloir partir et rendre au jardin de nos hôtes sa liberté et sa sérénité.
Les musiciens rangent avec soin leurs précieux instruments.
Quelques uns s'attardent. Un dernier verre. Une dernière rigolade.
On est encore envahis par les derniers échos des vielles.

Au fait, on a fixé la date, pour l'année prochaine  ?


Marie-José

mardi 3 septembre 2019

L'Écho des Sirènes, juillet 2019

© Pierre Tissot
À cette heure, tout le monde traverse le Lez et prend la route qui mène à Clapiers. Non, pas pour s'en aller participer à la Fête de la tomate — c'est trop tard, elle avait lieu avant-hier —, mais, comme chaque année, le Paratge de rentrée a lieu là-bas, au bout du Chemin des Peintres, chez Marc et Kakine, et c'est autrement immanquable !
Mais avant cette VIIe édition clapiéroise, narrons succinctement le Paratge précédent.

Deux mois se sont écoulés, depuis le dernier atelier. Une session qui se déroulait début juillet, sous la canicule et les forêts de spiruline de Tourbes.
Au programme de cet après-midi bourdonnant : des mots-croisés, quelques morceaux à cinq vielles (Magalie, Marie, Max, Patrice, Pascal), une récréation polyphonique tahitienne, un barbecue en compagnie de Raphaël et de Gilles.

Partage des Sirènes de Tahiti, guest star : Raphaël © Gilles

Un petit Paratge qui s'est terminé, comme l'année dernière, par une averse bien devinée.

Un Paratge hors-les-murs, dont la chronique devait être rédigée par notre hurdy gurdy girl au millier de noms. Hélas, pour notre lecture, notre rédactrice, grandement occupée à vieller pour préparer le Paratge de Clapiers, a abandonné la plume pour s'emparer de la manivelle. La voici (sous les traits inattendus de Romain Monsterlet) bien confuse, rouge de honte — à l'instar d'un Pierrot nous privant, ce 3 septembre, de sa poignée pour gesticuler du pinceau — de n'avoir assuré ladite chronique estivale promise…

Hurdy-Gurly Girl © Romain Monsterlet — www.deviantart.com

Pascal

mardi 2 juillet 2019

L'Écho des Sirènes, juin 2019

© Pierre Tissot
Mercredi 5 juin 2019.

Après l’extraordinaire Écho du 1er mai, brossant en détail dix années d’Histoire du Paratge des Sirènes sous la plume tant astrologique qu’astronomique de Maistre Pierre, il semblait bien difficile de m’amener chez le rédacteur en chef avec, sous le bras, un énième texte qui ferait après ça autant d’écho qu’un vieux pneu.

Il faut dire aussi que le contenu du dernier Paratge ne jouait pas tellement en ma faveur : comment, en effet, retranscrire le chapelet de charmantes histoires priapiques échangées dans un battle par-dessus la table à manger tout au long de l’auberge espagnole ? Comment dire l’excitant surmenage de la course à chiens en rond sur un martelage électronique accélératif au premier atelier ? Ou l’émoi de découvrir la surprise de Jean-Brice, tous tout entiers tendus vers l’écran qui nous fit nous rendre compte que le Paratge était devenu un groupe qu’on pouvait dorénavant s’arracher dans les festivals ?

Le jeu des sept différences © Magalie
Réponse au prochain Écho © Magalie


















J’ai donc pensé à autre chose. Dans les journaux, quand les lecteurs ont bien besogné, ils apprécient de pouvoir s’adonner à quelque vétille ludique de fin de publication. Il m’est apparu que des bribes du Paratge de juin pouvaient dès lors trouver leur place dans des mots croisés. Je n’en ai jamais composés, aussi trouverez-vous ci-dessous un nombre inhabituel de cases noircies.

Rassurez-vous, vous n’avez pas besoin d’avoir assisté à nos ébats viellistiques de mercredi pour jouer, à quelques exceptions près. (Tout au plus, avez-vous besoin de cliquer sur l'image pour l'agrandir ou l'imprimer et l'avoir avec vous sur le transat - NDLR.) Prêts ?



Horizontalement : Magalie
Verticalement : Alexandrine


lundi 20 mai 2019

L'Écho des Sirènes, avril 2019

© Pierre Tissot
Le 1er mai approchant, l'assemblée habituellement délurée des gens du Paratge se tient dans la chapelle de Tourbes. Points de blagues, de bouchons de bouteilles qui fusent, pas un rire, ni un soupçon de moquerie, tout le monde s'escrime à travailler la douzaine de thèmes que l'ensemble doit jouer sur la grand' scène.

Réunis, soudés, solidaires, autant qu'un onze dans les vestiaires (ils ne sont que dix, Fabien, retenu en sélection nationale, n'est pas de la partie), ils entonnent :


1er mai 2019

(sur l’air de « Dominique nique nique »)

Refrain :
© Xavier Aime
Le Paratge des Sirènes
Au grand complet et joyeusement,
Viennent jouer d’leur instrument.
Sur les chemins, dans les ruelles
Ils savent tourner la manivelle

Ils savent tourner la manivelle.

À l’époque où Jupiter
De la France s’est fait le roi
La seule loi des Paratgeaïres

C’est l’ vin rouge et le foie gras.

Mais à force de ripailles
V’là qu’ils prirent de la bouteille
Qu’à ç’la n’tienne tout l’monde s’égaille
Ils vont en mettre plein les oreilles !


Ça va guincher, ça va swinguer
Ça va tricoter des pinceaux.
De mémoire de villatge
Y’aura pas plus joli tableau.


Qui à vélo, qui en Harley
Ils déferlent de tout le Languedoc.
C’est p’têt’ pas Elvis Presley
Mais leur concert c’est pas du toc !


Les pantouflards, manque de bol
Ne pourront plus rester assis
Par les chiens mordus aux guibolles
Vont faire la danse de saint Guy.


Si des jeunots un peu railleurs
S’prenaient à rire d’leur instrument
Plutôt que de s’faire voir ailleurs
Vont s’mettre à sauter joyeusement.


Les Tourbains et les Tourbaines
Vont chanter, danser sur la vielle.
La faute à ceux, quelle aubaine !
Qui firent du Paratge cette merveille.


On verra, mais Dieu s’en fiche,
Des Anglais faire les scottishs,
Des grenouilles de bénitier
Jouer des valseuses sur des bourrées.


Et puis quand viendra le soir
Que les danseurs s’ront au logis.
On r’prendra un coup à boire,
À rire, et vieller toute la vie…




Alexandrine drine drine

dimanche 31 mars 2019

L'Écho des Sirènes, mars 2019

© Pierre Tissot
Ce mercredi, preums du mois, j’déboule au Garatge des Sirènes, comme d’hab.

Y avait presque tout l’gang qu’était là, les bécanes hors coffre posées sur les guitares, chacun qu’avait les mains dans l’cambouis.
Non, j’cafouille, Thierry était resté du côté de Tarascon, pour y prendre què’ques bières histoire de s’huiler l’gosier entre deux sessions, mais y s’est fait un tour d’rein. Du coup, pas d’Havond liquide.

Sinon, ben y avait des meufs qu’étaient là : la Magdalasandy, sifflotant "Trouble in mind", f’sait rutiler les chromes de son papillon de cheviller pour que son moulin il ait d’la gueule, la Marinette, main sur la poignée, mettait les gaz, deux coups irréguliers inversés à faire s’damner l’Valentin.

La Marinette plein gaz, pendant que le Max joue son va-tout tatou © Pascal

Pendant qu’l’Max frimait avec ses derniers tatous, Alain montait son S torsadé manière de tuner son bolide. Pasquale, pas requin pour une thune, montrait à Jibé sa figure de Burn Fenwick à la vielle ― y t’a enfumé la casbah, c’con là, ça daubait l’coton brulé jusqu’ dans la rue !
Bon ben, ma zigue, il lui restait plus qu’à mater le Pat, alias Kojack, qui rechapait sa roue à la colophane et vérifiait ses bains d’huile.

Un’ fois les bécanes en ligne, ça t’a mouliné du diab’, grave, ‘reusement y avait pas l’voisinage, passequ’ alors, on t’a mis du barouf. Bon òc, tous les gonzes y z’étaient pas là, mais on a roulé pour les absents, aussi.

J’vais t’dire un truck, Joe : c’t’anniv’, ben y s’prépar’, et même si ça a bouffé grave et bu comm’ des gorets à l’auberge des chicanos, on s’est taillé dans nos piaules avec la ferme envie d’envoyer l’paquet !


Le Pierrot

lundi 4 mars 2019

L'Écho des Sirènes, février 2019


© Pierre Tissot
6 février 2019, à l'heure où les chiens se confondent avec les loups.
Alors qu'ils tracent vers de promises terres tourbaines, deux joueurs de vielle tombent en panne de bolide. Feux de détresse, triangle, gilets jaunes... les flights sont sortis en urgence de l'auto, garés avec icelle sur le bord de la route... Galère...

Vaseux après cette mésaventure — qui les aura conduits avec un certain retard auprès du reste de la troupe —, ils décident de ne plus circuler en auto. Et réussissent même à convaincre leurs amis de changer, eux aussi, leurs moyens de locomotion.

Feux de détresse, triangle, flights au bord de la route... galère ! © Pat

D'où l'annonce qui suit...



Mercredi 6 février 2019.
Ce message est un avertissement à la population de Tourbes concernant la journée du 1er mai prochain.

Ce jour-là, préparez-vous à une déferlante de roues crissantes, un vrombissement de bourdons sur l’asphalte, une invasion de bikers tonitruants. Eh oui, en direct du Country Hall, c’est bien eux : THE PARATGE OF THE SIRENS!

C’est l’acide d’ici, a hell of belles, les zizis au top, les tatoués du plumier, les fiers-à-bras de la manivelle, les mordus du chien, les riders déridés, les pirates à trompettes, ses majestés des mouches, les Harley Quinn et p’tites combines, les Bandidos piscenois en roue libre. La nationale 9, c’est leur route 66 à eux. Les Hell’s Angels n’ont plus qu’à aller raccrocher leurs soutanes…

Barbes et goggles de circonstance, les hanches bardées de larges ceintures de peaux de bêtes et des clous plein les bourses, comme une flash mob ils vont fondre sur Tourbes comme à Kansas City : les roues vont envahir les rues, saturer la place et l’espace sonore de leurs crissements, les chiens aboyer par-dessus, le cuir se répandre sur toutes les terrasses de café, et leurs engins rutiler au soleil.
Venant de tous les horizons sur leurs bécanes dûment astiquées pour l’occasion, John-Brice, Mary, Peter, Pat & Paul, Max, Ann, Alan, Terry (plus une fille avec un nom à coucher sous les ponts avec un billet de logement), et leurs guest stars vont débouler tout harnachés dans notre village. Soyez rassurés cependant : ces brailleurs carburent essentiellement au vin rouge, à la cire et au coton, et passent le plus clair de leur temps à se tordre les chevilles et à se tenir les côtes. Ne vous effarouchez donc point trop de cet abordage du 1er mai. Glissez-y même un œil et une oreille. Tout ce que vous risquez, c’est de vous mettre à tricoter des pinceaux jusqu’au bout de la fête…


Paul & The Girl With A Name To Sleep Under The Bridges

jeudi 24 janvier 2019

L'Écho des Sirènes, janvier 2019


© Pierre Tissot
Alors que je quittai l'allumeur de réverbère, je me mis à dériver doucement dans un espace silencieux et sombre, lorsque je perçus des cris mêlés de rires et d'étranges grincements rappelant vaguement d'exotiques mélodies.

Je m'approchai de cette curieuse planète, avide d'en découvrir les habitants. 

Quand ça grince, ça grimace © Jean-Brice


Ces derniers, assis en rond, conservaient sur leurs genoux des objets insolites, qu'ils moulinaient de façon à en tirer des sons tout à fait déconcertants. J'appris, plus tard, qu'il s'agissait de vielles à roue et que ce singulier rituel avait lieu chaque premier mercredi du mois pour adorer des divinités appelées aussi sirènes. En leur honneur, je compris vaguement qu'il était question de dominos, mais j'avoue que cette règle du jeu m'était parfaitement inconnue.








Le jeu des sept différences © Jean-Brice


Ces gens, fort sympathiques au demeurant, m'invitèrent à partager leur collation dans une autre salle, où devait avoir lieu un second cérémonial dont le but était de reproduire un sacre royal. Alors que force plaisanteries fusaient, l'un d'eux restait concentré et solitaire, armé d'un crayon et d'un calepin.
Ayant été instruit sur ce mystérieux objet appelé vielle à roue, ainsi que sur les luthiers qui le fabriquaient, je m'approchai de lui et je lui demandai doucement : « s'il te plaît dessine moi une Bleton. » Il me regarda, gêné, et balbutia qu'il ne savait pas dessiner une telle chose. Je lui rétorquai que je n'avais pas de chance et, à ma grande surprise, il m'affirma qu'il ne savait pas non plus dessiner cela. Alors, dans un brouhaha confus, j'entendis parler de gens de Noël et d'un grand champ, toutes choses qui dépassaient mon entendement.

Le roi... © Marie
... et sa reine © Marie














Lorsque je pris congé des habitants de cette planète, décidément très déconcertants, je crus entendre, en m'éloignant, que l'un d'eux expliquait à quelques retardataires, en parlant de la caisse dans laquelle il rangeait sa vielle, qu'elle était polie Esther...
Cette adoration pour de simples objets me fascinait, et je compris que toute ces cérémonies réinventées chaque mois étaient, pour ces gens, une façon d'essayer de sauver leur planète... Je m'éloignai, pensif, mais rempli de sympathie pour ces indigènes assez excentriques de mon point de vue.


Patrice


Ex-Pat (l'auteur n'a aucun lien de parenté avec St-Ex). Il a piloté un prototype de vielle ténor dans la fameuse compagnie Viellistic Orchestra, puis assure quelques missions dans la compagnie britannique Banda Europa, et, surtout, dans le sud de la France, avec une jeune compagnie dynamique, Le Paratge des Sirènes, qui lui permet de surcroît de piloter sa vielle en IFR, c'est-à-dire, sans visibilité !

Ex-Pat (le plus jeune : celui qui n'a pas de cheveux gris),
ici, avec sa célèbre compagnie, au grand complet :
Der Europa Viellistic Banda de Sirènes
 © Jean-Brice

dimanche 6 janvier 2019

L'Écho des Sirènes, décembre 2018

© Pierre Tissot
Direction générale de la police local

Date : 5 décembre 2018 
Objet : tapage diurne et nocturne, attroupement suspect et trouble potenciel à l’ordre public, travail non déclaré, utilisation d’oeuvres protégées par la Sacem et non libres de droits, port et usage d’armes blanches
Pièces jointes : photos


Ce jour, mercredi 5 décembre, des témoins ont aperçu vers 17 heures quatres individus (3 hommes et 1 femme) tournant des manivelles sur des objets non identifié dans un local sis 5 rue Verdier à Tourbes. Par leurs gestes, ces personnes ont émi pendant plusieurs heures des sons stridants stridens dépassant de très loin le seuil maximal autorisé de 120 dB A. Le nombre de décibel a encore fortement augmenter suite a l’arrivée de deux autres personnes de Sexe féminin - d'après un cliché, nous aurions certainement à faire a une pointure du genre (pj 1).

Le meneur semble être un homme barbu de haute taille, qui, d’après nos informateurs, se prénomerait Pierre (pj 2. Portrait robot confronté à une photo du dit suspect). Cet individu ne serait en fait qu’un paravant pour couvrir le vrai leader de la bande, connu des services sous le surnom de « Castagne », non présent au moment des faits - mais que des témoins ont aperçu, ce même jour, à la frontière catalane, ce qui suggère une activité particulière.


(pj 1)
(pj 2)
 

Des vas-et-vients suspects ont été observé ensuite. Deux personnes ont quitté le local sans raison aparente (un homme aux cheveux gris et une femme en noir). Aux alentours de 19 heures, 2 membres des Black blocks sont arrivé et ont encore aggravé le tapage nocturne. De plus, il semblerait qu’un certain désordre c’est mis araignée dans le local, ou les gens faisait du bruit avec leur appareil pendant que d’autres criaient ou riaient, et d’autres ne faisaient rien du tout (pj 3). On se demande donc qu’elle a put être la raison réelle de cette attroupement. Une lettre suspecte a circulé entre deux femmes avec ce qui semble être un message codé sur l’envellopeenveloppe (voir pj 4. En cours de décryptage par l’IRCGN). 



(pj 3)
(pj 4)


Des individus prèsent on eut des comportements douteux voir subversif et se sont filmés dans des postures douteuses a la limite de la décense (pj 5). Mais plus grave : un homme circulant abord d’un véhicule utilitaire provencal a effectué un travail non déclaré dans une sa^le annexe (objet : intervention/réparation sur un objet en bois indéterminé de même type que ceux éméttant les sons stridens sus-mentionné, voire pj 6). 


(pj 5)
(pj 6)


Enfin, les faits les plus graves ont eu lieu pendant la nuit, dans cette même sale complétement isolé, ou tous les suspects se sont regroupé et ont discrètement sorti et utilisé des armes blanches dissimulé au milieu de danrées denrées. On sait que une des armes été graver au nom de « Jaussal », mais pas les autres. Nos services d’identification sont sur la piste d’un rodeur d’archives multi-récidiviste affilié au FLNC (Front de Libération National Cévenol) qui pourrait en fait être un des deux Black block (pj 7. Un des objets avec, en fonds, photo du fondateur du FLNC). L’autre n’est pas encore identifié, mais un portrait robot a été établit vu sa dangerosité potencielle (pj 8).


(pj 7)
(pj 8)

  En conclusion, nous avons relevé tous les numéros des plaques des véhicules cachés à l’arrière du batiment, dont un immatriculé dans un département étranger qui avait a forsiori un gilet jaune sur son tableau de bord.
Tout porte a croire que nous sommes bien en présence d’un groupuscule sédicieux et subversif qui se réuni réguliérement dans un objectif que nous n’avons pas encore cerné. Une première enquête des RG indique la date du 1er mai 2019 comme journée d’action ou de passage à l’acte de cette cellule, qui doit donc faire l’objet d’un suivi rapproché urgent et d’une attention toute particulière par tous les services. 



Sergent Dee Dee McCallexendrine
Lieutenant Pascal Hunter

mercredi 5 décembre 2018

L'Écho des Sirènes, novembre 2018

© Pierre Tissot
Sur le pas de la porte du foyer rural, je trouve, en ce premier mercredi du mois de novembre, notre Alain, venu d'à côté, et… Ana, que le petit Pablo, tout à ses cubes, a daigné laisser répondre à l'appel des sirènes.

Nous devisons gaiement, lorsque pointe le nez d'une voiture de ministre, allant d'un train de sénateur, sur le bitume du parking. S'en extirpe, casquette vissée, Jibé, qui nous présente fièrement son nouveau bolide. Puis, en maître de cérémonie, il nous guide dans les couloirs jusqu'à la salle et ouvre la session.

Nous sanglons, comme des cinglés, nos instruments, et nous entamons le premier atelier. Entre deux révisions, Jibé évoque les Anglais ou l'anglais, enfin, quoiqu'il en soit, sans doute attirée par les écorchés de th, de r, de w, apparait, dans l'encadrement de la porte, Magdalie. Après une mise au point sur les morceaux à travailler, nous relançons les roues. Ana essaie de coller au peloton, Alain zigue-zague, Jibé sprinte, Maha Galie profite de l'aspiration, et je pédale dans la semoule (y avait-il un prescience d'un futur gilet à défaut de maillot jaune ?).
Puis, profitant d'une pause, Jibé nous parle d'élèves à propos d'un ancien projet d'école, la porte s'ouvre, Marie entre et un doute m'étreint soudain : don Jibé serait-il — à l'instar du Juan, dont il usurpe la titulature— descendu aux enfers pour y acquérir un maléfique pouvoir ?
Une blague sur l'aquaponey détend l'atmosphère, d'autres la suivent tant le paratgeaire aime blaguer. Bref, de cheval en hulotte, nous attaquons "Le Hibou", avant de faire une partie de "Domino". Il y est question de teneur et de chien.
Alors que nous soufflons un peu, Jibé évoque Chougnard, et ce que sont devenues les vielles d'antan, quand on entend la porte qui nous livre Max (celle-là, il faut dire que j' l'ai pas volée !). Son apparition me tourneboule, me stupéfait, me fige, Jibé n'évoque pas, à présent pas de doutes : il invoque. Le travail reprend.
Pour tenter le diable — avec qui nulle cuiller ne présente de queue assez longue pour partager un diner —, Jibé lance une histoire de bouffe pantagruélique et de Saint-Chartier avant J.-C., le tout en latin de cuisine. Apparaissent alors dans une nuée de soufre, crâne brillant comme des chromes de Harley et cheveux en panier d'étoupe, Pat et Pascal !!! Après ça, pour être juste, impossible de jouer Faust.

Le lugubre foyer rural de Tourbes, avec Marie qui attend devant ? Pas vraiment.
Mais alors, quel est le lien entre cette photo et cet article ? © Anonyme

Le cercle des sorciers et sorcières est alors au complet, ne manque à cette œuvre digne de Goya (pas Chantal, l'autre) que le grand barbu*, grand commandeur des apéros impromptus. La maléfique sarabande des vielles reprend son tintamarre.
À la lune rousse, les chiens hurlent, les diavelliques lancent leurs moulins et leurs antédiluviennes mélopées en une « hétérophonie ornementale ». Suivent les agapes, après que les instruments du délit soient rangés en leur besace ou autre coffre. Enfin, repus, les ensorceleurs regagnent leurs carrosses et charrettes, abandonnant le lieu de leur grand messe, et se dispersent dans la nuit, avec force ricanements. Certains disent que c'est en souvenir de leurs chapelets de bons mots dont ils égrènent leurs rencontres. Allez savoir ma bonne dame, quand la blague s'abat…



Pierre

* La barbe, après la lunette de toilette, les cacahuètes de comptoir, les pièces de monnaie et le clavier d'ordinateur est des plus insalubres, c'est pas moi qui dit, c'est celle qui ne doit pas être nommée.

mercredi 7 novembre 2018

L'Écho des Sirènes, octobre 2018

© Pierre Tissot
C’est la rentrée du Paratge 2018 dans ses murs, ceux du foyer rural de Tourbes depuis bientôt un an. Mais aujourd’hui, il y a un pré-Paratge, et pas des moindres : en effet, le matin à 9 heures, Jean-Brice et Magalie passent devant Monsieur le Maire, et ils ont même un témoin : Monsieur Jacques Cress, président du dit foyer. JB ne fait pas les choses à moitié : à bord d’une rutilante voiture noire de ministre flambant neuve, il remonte la rue de la mairie en sens interdit sous le regard médusé d’autochtones interloqués. Après force manœuvres de stationnement, il sort enfin au grand jour, brandissant plusieurs exemplaires d’un dossier dûment compilé pendant la nuit : l’avant projet de la fête des 10 ans du Paratge à Tourbes, le mercredi 1er mai 2019.

Les 10 ans du Paratge : c'est par là ! © Jean-Brice


L’entrevue avec Christian Jantel est fructueuse, et après des échanges experts sur l’organisation et la logistique, le Tourbain, la Tourbaine, et le Bittérois (mais pas la Bittérenne) ressortent de la mairie avec la bénédiction de son édile. Direction l’église, puis déambulation pour repérage dans les ruelles et placettes de charme et au parc-scène via le marché, avant un café au café sous les platanes centenaires. Un dernier saut jusqu’à la salle des fêtes, communément appelée foyer des campagnes dans la région, où l’on retrouve d’ailleurs le maire affairé, mais qui aimablement nous présente le lieu. En ressortant, il est presque midi. On pourrait aisément profiter de ce beau village jusqu’à 16h30, heure de Paratge. Il reste bien plusieurs restos et bars à vin à visiter, mais le déjeuner, communément appelé dîner dans la région, attend dans les pénates respectives. Alors, à tout à l’heure !

Il est 16h40. Pas de JB ni de clé à l’horizon du foyer rural, devant lequel sont postés Alain, Magalie, Julie et ses deux fils jumeaux de 11 ans : Gabin et Raphaël. Eh oui, les plus jeunes recrues du Paratge sont là. Lors d’une sortie pédagogique de septembre avec le collège de Roujan, ils ont entendu un vielliste (Jean-Marc Parayre) jouer de son instrument dans une chapelle près de Bédarieux. Et ce fut la révélation ! En rentrant chez eux le soir, ils ont annoncé à leur maman :
« On sait ce qu’on veut faire dans la vie : de la vielle à roue ! »
— Vous êtes sûrs que vous ne préférez pas faire de la guitare, ou du piano ? Ça, je pourrais vous trouver des cours. »
Les fistons n’en démordant pas, Julie s’est alors souvenue qu’elle connaissait tout de même une énergumène tourneuse de manivelle : Magalie, sa collègue.
« Magaliiiii ? Au secours ! Devine ce qui m’arrive : mes fils veulent jouer de la vielle à roue !! Mais qu’est-ce que je peux faire…?! »
Téléphoner à Jean-Brice, qui invita ces deux urluberlus-qui-ne-peuvent-pas-faire-de-la-guitare-comme-tout-le-monde-non-mais-alors au Paratge d’octobre pour leur initiation.

16h42, les vielles Havond déboulent dans une fourgonnette des Cuisines de Provence. 16h45, telle une diva au retard calculé, la voiture noire étincelante fait une entrée lente et majestueuse dans le parking du foyer. Après force manœuvres de stationnement, Jean-Brice s’en extirpe en justifiant avec conviction son retard et les dimensions de son nouveau véhicule.

Le premier atelier démarre façon leçon numéro un : assis et impressionnés, nos deux pioupious sont prestement harnachés d’une vielle d’une taille juste au-dessous de la leur. Puis, le précepteur dispense les premiers enseignements, sous le regard attentif du luthier. À l’autre bout de la frise chronologique, Alain en profite pour revoir les bases. Un autre Alain arrive. C’est le papa. Magalie prend des photos de familles pour le blog et la postérité. Qui sait ? Peut-être assistons-nous là aux premiers tours de manivelle d’un futur Patrick Bouffard. Peut-être dans 40 ans les frères Blad supplanteront-ils les Guillemain dans la célébrité…

Face au précepteur, au luthier attentif, ainsi qu'à leurs parents, 
Gabin et Raphaël font leurs premiers tours de roue © Magalie


Malgré le poids des regards et de l’attention de tous ces adultes, nos deux néophytes émettent leurs premiers sons avec brio, c’est-à-dire sans évacuation immédiate du local par ses occupants. Gabin pousse un peu le chien à aboyer, et confie à Magalie que c’est ce qu’il préfère dans la vielle. Après une bonne demi-heure d’entraînement, l’initiation prend fin. Julie s’accorde avec JB pour des retrouvailles. Les vielles s’accordent pour l’atelier des adultes.

Bientôt, Marie arrive, talonnée par Pierre. JB fait une première annonce sur l’avancement du projet des 10 ans du Paratge. Attention, ça va gazer ! Il faut bosser dur, tout le monde ! Allez, au boulot, tout de suite, et qu’ça saute !
Malgré l’hilarité déployée d’un Pierre très en forme, on attaque avec un sérieux inhabituel les arrangements d’un premier morceau : "Derrière chez nous". La discipline est de rigueur : Alain, qui tourne sa manivelle pendant des explications, est envoyé au coin. On reprend : on se met d’accord, on note, on répète, on enregistre. Un moment rare de Paratge, sans brouhaha, chahut, effusions sur les résultats du rugby, ni effluves de vin rouge. Mais que se passe-t-il ? Seule une tablette de chocolat collective disparaît à la vitesse de la lumière en face de Magalie.

À peine Alain a-t-il réintégré le cercle que Pascal arrive, avec une heure d’avance. Il n’a pas fini la distribution circulaire de bisous qu’il se trouve interpellé (sans doute par quelque jaloux) sur la bactériologie de la barbe. Bien que le sujet n’avantage point la plupart des paratgeaïres, on disserte allègrement sur ce constat alarmant : les barbes partagent avec les lunettes de wc le même nombre et le même type de bactéries. On se dévisage : plus de la moitié de notre assemblée est barbue ! Ce n’est plus un Paratge de foyer rural, mais un partage de foyers infectieux ! Seuls Marie, Magalie et Jean-Brice se tirent à bon compte de la discussion, Jean-Brice avec un léger mérite en plus.
Max arrive. Ouf, il est rasé de près ! Mais bon sang, il a pourtant quelque chose de semblable… Ça y est, Pascal, aux lunettes aseptiques, met le doigt dessus : « Tu as le même t-shirt que Thierry ! » Une marque sportive a encore frappé ! Sans doute par souci d’harmonie visuelle, Max va s’assoir à côté de Thierry. Après les jumeaux Blad, les jumeaux Décathlon sont au Paratge !

Dissertation sur le mérite (ou non) de ne point porter la barbe © Magalie


Bon, après toutes ces digressions, glabres et velus remettent la main à la manivelle, JB aux manettes. On refait un tour derrière chez nous, puis on s’arrête au "Bal au Francese". Avec componction, JB note sur un calepin le déroulement des parties à exécuter par les (H)uns et les autres.
Aïe aïe aïe, voilà que Pierre relance la rubrique nécrologique, stoppée depuis quelques mois. Le Français du bal se fait plaquer, et une partie de l’équipe entame "La Bohème", mais pour quelques secondes seulement. En effet, l’évocation d’un match de rugby expédie l’hommage, et la discussion reprend de plus belle depuis les tribunes du palais des sports de Béziers, pendant que tout le reste de la compagnie s’égaye par binômes dans des palabres diverses.
Marie attend. Calepin à la main et yeux rivés sur les deux trublions, elle retient un soupir. L’heure de colle va bientôt tomber. Heureusement, on finit par reprendre nos esprits et nos manivelles avant sanction, et on part faire un tour vers "Paris et ses scottishes".

Pierre et Pascal, bohémiens-cathares du Paratge  © Jean-Brice


Arrive le point de non retour, quand Thierry ne tient plus sans vin rouge ni pâté. D’un bond, il nous entraîne tous dans son élan vers le réfectoire du monastère. Le transfert s’opère en moins de 30 secondes. On redistribue quelques tables, et nous revoici en posture de banquet autour d’emballages épars qui tournent en boucle. Ce soir, point de conversations ni plaisanteries privées entre quatre yeux ; tous les regards sont sur Jean-Brice, qui rend compte solennellement de l’avancement du projet des 10 ans du Paratge. Tout le monde écoute avec une certaine gravité.
Il faut dire qu’il y a de l’ambition : jouant des coudes avec les festivals du Son Continu et d’Anost, Tourbes est en passe de devenir THE rendez-vous incontournable de la vielle à roue en Languedoc le 1er mai 2019 : passa carreira, concert conté et chanté dans l’église, bœuf tout le midi à la terrasse du café, atelier du luthier, formations réduites dans la cour de l’ancien castrum, concert et balèti au parc Anglade, musiciens formellement invités, affiche officielle par notre maître dessinateur professionnel, j’ai nommé Pierre, etc. On ne sait plus qui, du bon vin ou du programme, commence à nous faire tourner la tête. Quelques réserves sont proférées quant à la popularité de l’événement. Un terrain d’entente est trouvé pour pouvoir assumer un éventuel flop sans avoir engagé trop de gens ni de sous. Mais c’est sûr, ça va être une fête magnifique.
Le temps d’une journée, Tourbes va se transformer en monde merveilleux de la vielle à roue. Le décor est déjà là, il n’y a plus qu’à lâcher les talents multiples des paratgeaïres dans les rues et la convivencia, la joya, et l’amor feront le reste.

C’est la fin de la rentrée 2018 du Paratge dans ses murs, ceux du foyer rural de Tourbes depuis bientôt un an. Mais aujourd’hui, il y a un post-paratge, et pas des moindres : en effet, ce soir aux alentours de minuit, Pascal et Magalie passent devant la mairie, déambulent dans les ruelles et les cours médiévales secrètes que cache le village derrière la façade du quai. Invisibles et affranchis de la lumière du jour, les deux paratgeaïres glissent de porche en fontaine, déchiffrent les pierres et tutoient les âmes de quelques ancêtres à la lueur des luminaires d’un ciel d’octobre estival.
Dans la nuit s’esquissent les silhouettes des compagnons de bonne fortune : ici se tiendrait Thierry et sa lutherie, là jouerait Marie et sa suite, là encore habiterait Magalie derrière une fenêtre à meneaux du XVe siècle, devant laquelle elle pourrait enfin rédiger ses articles pour le Paratge en calligraphie à la plume d’oie.
Pas une ombre au tableau ; tout est à sa place. La subreptice découverte du Tourbes nocturne s’achève comme il se doit près du chevet de l’église, d’où une fois encore les volutes des palabres ne se dissiperont sur le chemin des étoiles que fort tard dans la nuit.


Magalligrafa Plume-d'oie.