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mercredi 5 décembre 2018

L'Écho des Sirènes, novembre 2018

© Pierre Tissot
Sur le pas de la porte du foyer rural, je trouve, en ce premier mercredi du mois de novembre, notre Alain, venu d'à côté, et… Ana, que le petit Pablo, tout à ses cubes, a daigné laisser répondre à l'appel des sirènes.

Nous devisons gaiement, lorsque pointe le nez d'une voiture de ministre, allant d'un train de sénateur, sur le bitume du parking. S'en extirpe, casquette vissée, Jibé, qui nous présente fièrement son nouveau bolide. Puis, en maître de cérémonie, il nous guide dans les couloirs jusqu'à la salle et ouvre la session.

Nous sanglons, comme des cinglés, nos instruments, et nous entamons le premier atelier. Entre deux révisions, Jibé évoque les Anglais ou l'anglais, enfin, quoiqu'il en soit, sans doute attirée par les écorchés de th, de r, de w, apparait, dans l'encadrement de la porte, Magdalie. Après une mise au point sur les morceaux à travailler, nous relançons les roues. Ana essaie de coller au peloton, Alain zigue-zague, Jibé sprinte, Maha Galie profite de l'aspiration, et je pédale dans la semoule (y avait-il un prescience d'un futur gilet à défaut de maillot jaune ?).
Puis, profitant d'une pause, Jibé nous parle d'élèves à propos d'un ancien projet d'école, la porte s'ouvre, Marie entre et un doute m'étreint soudain : don Jibé serait-il — à l'instar du Juan, dont il usurpe la titulature— descendu aux enfers pour y acquérir un maléfique pouvoir ?
Une blague sur l'aquaponey détend l'atmosphère, d'autres la suivent tant le paratgeaire aime blaguer. Bref, de cheval en hulotte, nous attaquons "Le Hibou", avant de faire une partie de "Domino". Il y est question de teneur et de chien.
Alors que nous soufflons un peu, Jibé évoque Chougnard, et ce que sont devenues les vielles d'antan, quand on entend la porte qui nous livre Max (celle-là, il faut dire que j' l'ai pas volée !). Son apparition me tourneboule, me stupéfait, me fige, Jibé n'évoque pas, à présent pas de doutes : il invoque. Le travail reprend.
Pour tenter le diable — avec qui nulle cuiller ne présente de queue assez longue pour partager un diner —, Jibé lance une histoire de bouffe pantagruélique et de Saint-Chartier avant J.-C., le tout en latin de cuisine. Apparaissent alors dans une nuée de soufre, crâne brillant comme des chromes de Harley et cheveux en panier d'étoupe, Pat et Pascal !!! Après ça, pour être juste, impossible de jouer Faust.

Le lugubre foyer rural de Tourbes, avec Marie qui attend devant ? Pas vraiment.
Mais alors, quel est le lien entre cette photo et cet article ? © Anonyme

Le cercle des sorciers et sorcières est alors au complet, ne manque à cette œuvre digne de Goya (pas Chantal, l'autre) que le grand barbu*, grand commandeur des apéros impromptus. La maléfique sarabande des vielles reprend son tintamarre.
À la lune rousse, les chiens hurlent, les diavelliques lancent leurs moulins et leurs antédiluviennes mélopées en une « hétérophonie ornementale ». Suivent les agapes, après que les instruments du délit soient rangés en leur besace ou autre coffre. Enfin, repus, les ensorceleurs regagnent leurs carrosses et charrettes, abandonnant le lieu de leur grand messe, et se dispersent dans la nuit, avec force ricanements. Certains disent que c'est en souvenir de leurs chapelets de bons mots dont ils égrènent leurs rencontres. Allez savoir ma bonne dame, quand la blague s'abat…



Pierre

* La barbe, après la lunette de toilette, les cacahuètes de comptoir, les pièces de monnaie et le clavier d'ordinateur est des plus insalubres, c'est pas moi qui dit, c'est celle qui ne doit pas être nommée.

mercredi 7 novembre 2018

L'Écho des Sirènes, octobre 2018

© Pierre Tissot
C’est la rentrée du Paratge 2018 dans ses murs, ceux du foyer rural de Tourbes depuis bientôt un an. Mais aujourd’hui, il y a un pré-Paratge, et pas des moindres : en effet, le matin à 9 heures, Jean-Brice et Magalie passent devant Monsieur le Maire, et ils ont même un témoin : Monsieur Jacques Cress, président du dit foyer. JB ne fait pas les choses à moitié : à bord d’une rutilante voiture noire de ministre flambant neuve, il remonte la rue de la mairie en sens interdit sous le regard médusé d’autochtones interloqués. Après force manœuvres de stationnement, il sort enfin au grand jour, brandissant plusieurs exemplaires d’un dossier dûment compilé pendant la nuit : l’avant projet de la fête des 10 ans du Paratge à Tourbes, le mercredi 1er mai 2019.

Les 10 ans du Paratge : c'est par là ! © Jean-Brice


L’entrevue avec Christian Jantel est fructueuse, et après des échanges experts sur l’organisation et la logistique, le Tourbain, la Tourbaine, et le Bittérois (mais pas la Bittérenne) ressortent de la mairie avec la bénédiction de son édile. Direction l’église, puis déambulation pour repérage dans les ruelles et placettes de charme et au parc-scène via le marché, avant un café au café sous les platanes centenaires. Un dernier saut jusqu’à la salle des fêtes, communément appelée foyer des campagnes dans la région, où l’on retrouve d’ailleurs le maire affairé, mais qui aimablement nous présente le lieu. En ressortant, il est presque midi. On pourrait aisément profiter de ce beau village jusqu’à 16h30, heure de Paratge. Il reste bien plusieurs restos et bars à vin à visiter, mais le déjeuner, communément appelé dîner dans la région, attend dans les pénates respectives. Alors, à tout à l’heure !

Il est 16h40. Pas de JB ni de clé à l’horizon du foyer rural, devant lequel sont postés Alain, Magalie, Julie et ses deux fils jumeaux de 11 ans : Gabin et Raphaël. Eh oui, les plus jeunes recrues du Paratge sont là. Lors d’une sortie pédagogique de septembre avec le collège de Roujan, ils ont entendu un vielliste (Jean-Marc Parayre) jouer de son instrument dans une chapelle près de Bédarieux. Et ce fut la révélation ! En rentrant chez eux le soir, ils ont annoncé à leur maman :
« On sait ce qu’on veut faire dans la vie : de la vielle à roue ! »
— Vous êtes sûrs que vous ne préférez pas faire de la guitare, ou du piano ? Ça, je pourrais vous trouver des cours. »
Les fistons n’en démordant pas, Julie s’est alors souvenue qu’elle connaissait tout de même une énergumène tourneuse de manivelle : Magalie, sa collègue.
« Magaliiiii ? Au secours ! Devine ce qui m’arrive : mes fils veulent jouer de la vielle à roue !! Mais qu’est-ce que je peux faire…?! »
Téléphoner à Jean-Brice, qui invita ces deux urluberlus-qui-ne-peuvent-pas-faire-de-la-guitare-comme-tout-le-monde-non-mais-alors au Paratge d’octobre pour leur initiation.

16h42, les vielles Havond déboulent dans une fourgonnette des Cuisines de Provence. 16h45, telle une diva au retard calculé, la voiture noire étincelante fait une entrée lente et majestueuse dans le parking du foyer. Après force manœuvres de stationnement, Jean-Brice s’en extirpe en justifiant avec conviction son retard et les dimensions de son nouveau véhicule.

Le premier atelier démarre façon leçon numéro un : assis et impressionnés, nos deux pioupious sont prestement harnachés d’une vielle d’une taille juste au-dessous de la leur. Puis, le précepteur dispense les premiers enseignements, sous le regard attentif du luthier. À l’autre bout de la frise chronologique, Alain en profite pour revoir les bases. Un autre Alain arrive. C’est le papa. Magalie prend des photos de familles pour le blog et la postérité. Qui sait ? Peut-être assistons-nous là aux premiers tours de manivelle d’un futur Patrick Bouffard. Peut-être dans 40 ans les frères Blad supplanteront-ils les Guillemain dans la célébrité…

Face au précepteur, au luthier attentif, ainsi qu'à leurs parents, 
Gabin et Raphaël font leurs premiers tours de roue © Magalie


Malgré le poids des regards et de l’attention de tous ces adultes, nos deux néophytes émettent leurs premiers sons avec brio, c’est-à-dire sans évacuation immédiate du local par ses occupants. Gabin pousse un peu le chien à aboyer, et confie à Magalie que c’est ce qu’il préfère dans la vielle. Après une bonne demi-heure d’entraînement, l’initiation prend fin. Julie s’accorde avec JB pour des retrouvailles. Les vielles s’accordent pour l’atelier des adultes.

Bientôt, Marie arrive, talonnée par Pierre. JB fait une première annonce sur l’avancement du projet des 10 ans du Paratge. Attention, ça va gazer ! Il faut bosser dur, tout le monde ! Allez, au boulot, tout de suite, et qu’ça saute !
Malgré l’hilarité déployée d’un Pierre très en forme, on attaque avec un sérieux inhabituel les arrangements d’un premier morceau : "Derrière chez nous". La discipline est de rigueur : Alain, qui tourne sa manivelle pendant des explications, est envoyé au coin. On reprend : on se met d’accord, on note, on répète, on enregistre. Un moment rare de Paratge, sans brouhaha, chahut, effusions sur les résultats du rugby, ni effluves de vin rouge. Mais que se passe-t-il ? Seule une tablette de chocolat collective disparaît à la vitesse de la lumière en face de Magalie.

À peine Alain a-t-il réintégré le cercle que Pascal arrive, avec une heure d’avance. Il n’a pas fini la distribution circulaire de bisous qu’il se trouve interpellé (sans doute par quelque jaloux) sur la bactériologie de la barbe. Bien que le sujet n’avantage point la plupart des paratgeaïres, on disserte allègrement sur ce constat alarmant : les barbes partagent avec les lunettes de wc le même nombre et le même type de bactéries. On se dévisage : plus de la moitié de notre assemblée est barbue ! Ce n’est plus un Paratge de foyer rural, mais un partage de foyers infectieux ! Seuls Marie, Magalie et Jean-Brice se tirent à bon compte de la discussion, Jean-Brice avec un léger mérite en plus.
Max arrive. Ouf, il est rasé de près ! Mais bon sang, il a pourtant quelque chose de semblable… Ça y est, Pascal, aux lunettes aseptiques, met le doigt dessus : « Tu as le même t-shirt que Thierry ! » Une marque sportive a encore frappé ! Sans doute par souci d’harmonie visuelle, Max va s’assoir à côté de Thierry. Après les jumeaux Blad, les jumeaux Décathlon sont au Paratge !

Dissertation sur le mérite (ou non) de ne point porter la barbe © Magalie


Bon, après toutes ces digressions, glabres et velus remettent la main à la manivelle, JB aux manettes. On refait un tour derrière chez nous, puis on s’arrête au "Bal au Francese". Avec componction, JB note sur un calepin le déroulement des parties à exécuter par les (H)uns et les autres.
Aïe aïe aïe, voilà que Pierre relance la rubrique nécrologique, stoppée depuis quelques mois. Le Français du bal se fait plaquer, et une partie de l’équipe entame "La Bohème", mais pour quelques secondes seulement. En effet, l’évocation d’un match de rugby expédie l’hommage, et la discussion reprend de plus belle depuis les tribunes du palais des sports de Béziers, pendant que tout le reste de la compagnie s’égaye par binômes dans des palabres diverses.
Marie attend. Calepin à la main et yeux rivés sur les deux trublions, elle retient un soupir. L’heure de colle va bientôt tomber. Heureusement, on finit par reprendre nos esprits et nos manivelles avant sanction, et on part faire un tour vers "Paris et ses scottishes".

Pierre et Pascal, bohémiens-cathares du Paratge  © Jean-Brice


Arrive le point de non retour, quand Thierry ne tient plus sans vin rouge ni pâté. D’un bond, il nous entraîne tous dans son élan vers le réfectoire du monastère. Le transfert s’opère en moins de 30 secondes. On redistribue quelques tables, et nous revoici en posture de banquet autour d’emballages épars qui tournent en boucle. Ce soir, point de conversations ni plaisanteries privées entre quatre yeux ; tous les regards sont sur Jean-Brice, qui rend compte solennellement de l’avancement du projet des 10 ans du Paratge. Tout le monde écoute avec une certaine gravité.
Il faut dire qu’il y a de l’ambition : jouant des coudes avec les festivals du Son Continu et d’Anost, Tourbes est en passe de devenir THE rendez-vous incontournable de la vielle à roue en Languedoc le 1er mai 2019 : passa carreira, concert conté et chanté dans l’église, bœuf tout le midi à la terrasse du café, atelier du luthier, formations réduites dans la cour de l’ancien castrum, concert et balèti au parc Anglade, musiciens formellement invités, affiche officielle par notre maître dessinateur professionnel, j’ai nommé Pierre, etc. On ne sait plus qui, du bon vin ou du programme, commence à nous faire tourner la tête. Quelques réserves sont proférées quant à la popularité de l’événement. Un terrain d’entente est trouvé pour pouvoir assumer un éventuel flop sans avoir engagé trop de gens ni de sous. Mais c’est sûr, ça va être une fête magnifique.
Le temps d’une journée, Tourbes va se transformer en monde merveilleux de la vielle à roue. Le décor est déjà là, il n’y a plus qu’à lâcher les talents multiples des paratgeaïres dans les rues et la convivencia, la joya, et l’amor feront le reste.

C’est la fin de la rentrée 2018 du Paratge dans ses murs, ceux du foyer rural de Tourbes depuis bientôt un an. Mais aujourd’hui, il y a un post-paratge, et pas des moindres : en effet, ce soir aux alentours de minuit, Pascal et Magalie passent devant la mairie, déambulent dans les ruelles et les cours médiévales secrètes que cache le village derrière la façade du quai. Invisibles et affranchis de la lumière du jour, les deux paratgeaïres glissent de porche en fontaine, déchiffrent les pierres et tutoient les âmes de quelques ancêtres à la lueur des luminaires d’un ciel d’octobre estival.
Dans la nuit s’esquissent les silhouettes des compagnons de bonne fortune : ici se tiendrait Thierry et sa lutherie, là jouerait Marie et sa suite, là encore habiterait Magalie derrière une fenêtre à meneaux du XVe siècle, devant laquelle elle pourrait enfin rédiger ses articles pour le Paratge en calligraphie à la plume d’oie.
Pas une ombre au tableau ; tout est à sa place. La subreptice découverte du Tourbes nocturne s’achève comme il se doit près du chevet de l’église, d’où une fois encore les volutes des palabres ne se dissiperont sur le chemin des étoiles que fort tard dans la nuit.


Magalligrafa Plume-d'oie.

mercredi 10 octobre 2018

L'Écho des Sirènes, septembre 2018

© Pierre Tissot
L’autre jour, au super marché, j’ai croisé Jacqueline.

Elle se précipite vers moi, cheveux dressés sur la tête, œil bleu plein d’étincelles. Jacqueline est de l’inattendu et le cœur ouvert à deux battants. Je la classe parmi les créatifs… inclassables.

—  Mardi soir… concert chez moi à 19 heures… Vous viendrez ?
—  Concert de quoi ?
—  De vielles à roue.
—  Quoi ? De vielles à roue ?

Mardi soir, on entre dans le jardin plein de poteries et de sculptures.
Déjà du monde.

—  Bonsoir, bonsoir. Embrassades.
—  Ah ! C’est vous ? Il y a longtemps qu’on ne s’était pas vu…
—  Comment ça va ?
—  Ça va… ca va…

Sourires du soir. Quelques souvenirs. Touches de cordialité apaisante. Frémissement des feuilles au passage d’un souffle de vent…

Les plats sur les tables déclenchent des réflexes de mâchouillis et de déglutition… Pizzas, quiches… cakes salés ou sucrés. La cordialité se situe maintenant au niveau de l’estomac. Le vin coule. Début de béatitude dans l’ombre qui gagne.


Début de béatitude dans l'ombre qui gagne © Tableau anonyme, début XXIe siècle


Quelques uns se détachent du groupe, montent sur la terrasse, armés d’un instrument à la gueule incroyable. Une chose lourdingue, bossue ou ventrue, on ne sait pas. Doté d’une manivelle pour la roue, qui va faire sonner le bourdon, et puis des cordes qu’on ne distingue pas bien.

Les dix vielleux s’assoient. Nous aussi, en contre-bas, absorbés par l’ombre des arbres.

Les vieux instruments se mettent en marche. On ferme les yeux. On entre dans une forêt de sons étranges, étrangers à nos oreilles. Mille sonorités des airs gais ou mélancoliques. Et les bourdons nous entrainent on ne sait où. Au loin… bien au-delà de nous-mêmes.

Je crois que ce soir là, les arbres aussi se sont mis à rêver.


Marie-Hélène Lopez

jeudi 4 octobre 2018

10 ans du Paratge · Fête de la vielle #info 1

Psssst…
Pssssst… Pssst…

Traînant dans les ruelles d'un petit village du nord de l'Hérault, hier soir, vers la minuit, nous entendîmes s'élever, des murs de la mairie et du foyer rural, les murmures de certaine discussion.

Nous dressâmes l'oreille…

Il se dit, qu'une fête se prépareune Fête de la vielle !

D'après nos écoutes discrètes, elle aurait lieu pour célébrer :

les 10 ans du Paratge


à Tourbes, tout près de Pézenas
le 1er mai 2019

Bourdons… concerts… apéro… bœufs… lutherie… blablabla… balèti géant…

Pssst…
Pssssst… Pssst…

Répétez-le autour de vous, en le chuchotant…


Le vielleur masqué

mercredi 5 septembre 2018

Robert Émile Vielles, instituteur cévenol

C'est la rentrée !

Rappelons-nous de ces années sur les bancs de l'école municipale, de notre enfance où nous n'étions, avec l'ami Georges, que « des paresseux, des lève-nez, des cancres, des crétins crasseux ».
Car, cette semaine, c'est la rentrée !

Et nous devons trouver un instituteur, pour diriger la classe de nos rejetons.
Un homme cultivé, bon et droit. Un sire de la pédagogie. Un patient parmi les calmes, riche de valeurs patriotiques et de bon sens, appliqué la craie en main, ferme et juste. Un vrai diplômé, qui n'ignore rien, ni de l’arithmétique, ni de la grammaire, qui connaît son Bescherelle par cœur, qui possède toutes les dates de l'Histoire de France en mémoire. Un garçon fort de ses sept années d'humanités, et qui sache également enseigner la gymnastique, le dessin et le chant folklorique. 

Mesdames et messieurs du Paratge, nous avons, il nous semble, le candidat parfait. Son dossier est là, déniché dans un vieux fonds poussiéreux, par votre serviteur, la semaine dernière, aux Archives départementales du Gard. 

Monsieur Robert Émile Vielles
né le 7 janvier 1897 à Saint-Jean du Gard

1919 Robert Émile Vielles, instituteur © Pascal Jaussaud

Libéré de ses obligations militaires, célibataire et dévoué à ses parents, royalement noté au-dessus de la moyenne par l'inspecteur primaire, son profil nous certifie la respectueuse mentalité de l'enseignant (il est Cévenol).
Brevet élémentaire délivré en 1913, son expérience de plusieurs mois dans sa localité natale saura lui permettre de s'adapter aux enfants les plus indisciplinés de nos effectifs (pensons à Fabien, Saint-Jeannais, lui-même, qui a bien besoin qu'un instit' un peu strict vienne lui tirer les cheveux).
Par avance, nous devinons qu'il saura également s'intégrer à l'équipe déjà en place : Marie, institutrice au niveau inférieur, Magalie, professeure dans le supérieur, toutes deux prêtes et volontaires pour accueillir avec sympathie et impatience leur collègue Robert Émile et travailler de concert avec lui.

Sur ce, comme le disait Enrico : « on peut commencer la classe, ça va encore finir en récréation ! »


Pascal

mercredi 25 juillet 2018

L'Écho des Sirènes, juillet 2018

© Pierre Tissot
En ce premier mercredi 4 juillet, fête nationale des Ricains qui nous passèrent devant de 10 jours en ce qui concerne le feu d’artifice et le bal musette, je suivai un nouveau jeu de piste où le fléchage « spiruline » me mena aux jardins de M, la maudite vielleuse aux mille noms.

Sur les hauteurs de Tourbes, je pénétrai en un jardin pas plus anglais que français, orné d’arbres fruitiers, d’oliviers et autres plantes qui offraient un ombrage bienvenu. Un hameau de mobil homes, de serres et de tentes diverses, balayé par le ballet des courants d’air frais. Un havre.

Balayé par le ballet des courants d'air frais, un havre… © M., la maudite vielleuse aux mille noms

J’y trouvai, dans un premier temps, Thierry et Jibé, qui venait de tirer sa chemise à Magnum, Pascal et sa coiffure du célèbre Paul Hochon, Pat bien moins chevelu mais du coup plus brillant, puis, nous fûmes rejoints par notre hôtesse qui proposa des rafraichissements bienvenus

Tel un équipage faisant escale dans l’île d’Ayayé, l’ambiance était d’emblée à la détente et, comme le remarquaient Pascal et/ou Patrice, nos vielles semblaient plus un prétexte que le but de nos retrouvailles. Alors que nous nous demandions des nouvelles de probables absents, Camiiiiillle, anesthésiant, Ana, voyageant dans le bordelais, Zack, disparaissant comme colombe en bazooka, Flavia désistée pour raison de santé, Alain de pas si loin que ça, et Fabien « qu’est-il donc devenu » ; ce dernier et sa douce apparaissaient tout en pétillement et sourires. Les bonnes nouvelles n’arrivant, jamais seules, Pascal nous apprenait que Marc daignait sortir de sa Thébaïde, ce qui est toujours plus élégant que de dire qu’il sort de Clapiers, histoire d’y perdre son lapin. À peine Fabien et Neige accueillis, que se découpe dans l’arche des arbres la silhouette de Kakin suivie de Marc et son bagage à roue. Le temps de claquer quelques bises, comme dirait Éole qui savait d’une main ferme mener ses grands airs comme ses petits, et voilà qu’advient Alain, en proche voisin.

Fabien, moustaches et fières rayures © Jean-Brice

Fabien et Thierry, sobrement assis sur des chaises à rosé © Jean-Brice

Dire l’équipe au complet serait manquer de courtoisie envers Marie, qui nous offre souvent de belles traversées du dessert, et Max, vielleux chougnardophile bienveillant.

Entre deux charades, nous admirons la nouvelle Havond de Marc. De là, à prétendre que Marc a une allure de porte Havond, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas de peur de passer par-dessus le bastingage. Finalement, notre luthier des sirènes commence à multiplier les vielles comme d’autres les poissons. Entre la découverte des toilettes sèches et les ramures du figuier, nous devisons sur le futur évènement de 2019, à savoir l’Anniversaire des sirènes. Les vielles sortent enfin et nous enquillons quelques ritournelles de ci de là, histoire d’avoir la conscience tranquille, tant on sent l’appel (de brasseur) de la bière, de la cahouète et du rosé (version sirénesque du "Le loup, le renard et la belette") se faire pressants. Avant que Thierry n’ait pu commencer à râler « et l’apéro… », nous y sommes. Je profite de la détente pour croquer mes comparses en gribouilleur occasionnel, cependant qu’arrive un couple visiblement inconnu de la plupart, qui rappelle à certain la grande époque de la Perle Noire et de ses invités mystères. Il s’avéra, qu’il s’agissait du maire de Tourbes et de son épouse venus rendre visite aux hurluberlus à manivelle, qu’il accueille dans le foyer de sa commune. Après les charades nous contrepétons quelques peu avant que ne s’entame La discussion de circonstance : LE FOOT.

Le onze finaliste : la dream team du Paratge © Kakin

Une page de pub : Chougnard répar’, chougnard remplace.

Revenons à la rencontre, en parfaits Baille cœur (elle est bonne ma prononciation, Magalie ?) nous posons devant nos instruments sur béquille. Puis, nous reprenons l’apéro ; ça bavarde dans tous les coins ; Pat aussi à l’aise dans les cantiques que dans le quantique, nous propose un problème de café à 10 € (tarif montpelliérain, au bar) tout le monde semble mystifié quand t’un hic, enfin décelé dans le postulat, met le problème à plat. S’ensuit une discussion sur le sexe des anges, comme quoi un « zeste de cantique quantique et on les tutoie » — Emmanuel Kant.

Pascal, Marie et Magalie travaillent sérieusement… © Jean-Brice

… pendant que Pierre, Thierry, Marc et Alain gèrent tranquillement © Jean-Brice

… et que Patrice trafique le turbo de sa vielle © Jean-Brice

Revenons à nos Kanterbrau, l’apéro se poursuit et l’odeur des sardines grillées vient titiller nos narines, nous avertissant que l’opération barbe Q (célèbre inventeur de gadget jamesbondien) vient de démarrer. La soirée s’étire. D’un côté on repart sur le foot, de l’autre on converse sur l’histoire des religions, près du feu ça vielle en devisant sur le trad et autres, les femmes de vielleux échangent sur leurs tympans qui saignent et le temps passe (je sais, elle est facile, mais je ne fais jamais dans la difficulté). Quelle belle famille, en somme ! Tiens à propos de somme, sentant l’alourdissement de mes paupières et profitant de l’aspiration créée par le départ de Marc et Kakin, je m’escamote dans les ténèbres et la verdure, suivie de Marie qui malgré ces deux derniers jours avant les vacances, tient à arriver à l’heure le lendemain. Qui a dit que les profs étaient des jean-foutre ?

Presque aussi beau que le Festival d'Ars ! © M., la maudite vielleuse aux mille noms

Rendez-vous est donné au premier Paratge 2018/19, dans le désormais célèbre jardin de Kakin et Marc. Et pas de lapin !!!

J’y viendrai. Cochon qui s’en dédit, comme le prétend Circé..


Pierre

mercredi 27 juin 2018

L'Écho des Sirènes, juin 2018

© Pierre Tissot
Mercredi 6 juin.

Point de pâté de chat ce soir, car point d’ami Pierre non plus. Inquiets, nous nous interrogeons : le Minoutore serait-il finalement sorti vainqueur de leur combat nocturne dans le labyrinthique oppidum lors du Paratge du mois dernier ? Sans l’aide d’Ariane, Pierre aurait-il filé à l’anglaise, ou pire, serait-il encore enserré dans ses ruines d’Ensérune ? Quoi qu’il en soit, appelons un chat un chat : pas de minet au menu ce soir.
D’ailleurs, pas de pâté du tout, car Thierry est retenu par une Italienne répondant au doux nom de Sciatique.

Ça ne se bouscule donc pas dans le premier atelier aux côtés de notre émérite maître de cérémonie, j’ai nommé Jean-Brice-Castanha, qui porte tout de même trois prénoms cela dit en passant. En indéfectible premier de la classe, Alain est là dès avant l’ouverture du foyer, et Ana est venue fort heureusement rattraper quelque peu l’effectif de l’après-midi. Le trio potasse une version très locale de "Derrière chez nous" quand arrive Donominalexandrinadjiunmiliagalie, qui s’installe brièvement.

Sur ses talons, Flavia fait son entrée, et calme bien vite l’enthousiasme ambiant que suscite son arrivée : notre dernière conquête nous annonce pleine de remords dans la voix qu’elle est venue rendre sa vielle. Malgré toute son envie d’en jouer, son poignet gauche cassé il y a un an l’en empêche, et transforme ses séances de vielle en scènes de torture. Elle court aussi le risque de ne plus pouvoir jouer de la guitare, qui est son gagne-pain. Piteux et dépités, nous encaissons la nouvelle avec désarroi, avec pour seule consolation l’assurance de n’avoir pas compté dans nos rangs une adepte forcenée du masochisme. Las, nous recevons le poutou et l’accolade finale de celle qui aurait dû vieillir avec nous et qui prend une autre route, semant dans son sillage le souvenir de sourires enfantins, de chiens de un, et de yeux émerveillés au son de la vielle.

Flavia, sourire enfantin, et yeux émerveillés au son de la vielle d'Alain © D…e

Il nous faut manger ou boire quelque chose pour encaisser le coup. En l’absence de Thierry et de ses attributs œnoliques, et tel un bon homme nous offrant le consolament, Jean-Brice dégaine une fouace. Et là, un miracle s’opère : dans un élan de mimétisme créateur, soudain Ana produit exactement la même. C’est la multiplication des pains ! Un véritable mystère cathare vient de se produire aux pieds de l’église de Tourbes. Pour ne pas risquer d’attirer l’attention ni les soupçons de l’Inquisition quant à une possible hérésie au sein du Paratge*, je lève immédiatement le voile sur ces faits authentiques : le 4 octobre, Jean-Brice avait récupéré la fouace d’Ana, délaissée et intouchée, l’avait congelée chez lui, et devant l’insistance de son épouse, l’avait dégelée et rapportée au Paratge ce jour. Cette phrase constitue au demeurant un exemple éloquent du rôle de l’antécédent grammatical complet par opposition à celui de l’antécédent partiel dans la reprise d’un syntagme de possession par un pronom personnel complément. À vous de jouer !

Bonne femme et bon homme cathares multipliant les fouaces © D…e


À l’instar des fouaces, les paratgeaires commencent à se multiplier eux aussi avec l’heure qui tourne. Culminant du haut de son mètre 90 et de son prénom, Max nous revient ce mois-ci sans vielle. La sienne est en réparation chez Thierry, notre luthier-Père-Noël attitré. Mais calendrier de l’Havond oblige, Max ne la récupérera pas cette fois-ci. Sautant sur l’occasion, Jibé troque la fouace pour la farce, révélant ainsi son côté obscur en plein jour : avec le talent d’un Macron, Jean-Brice fait marcher Max en lui faisant croire que la vielle rapportée par Flavia est celle que Thierry lui rend. Et comme avec l’électorat français, ça marche ! Ça court, même ! L’air contrarié, Max se renfrogne, se met à bougonner, puis commence à râler. Juste avant que la vielle de Flavia ne passe par la fenêtre, Jibé met fin à la farce et à la fronde, et nous reprenons le cours de nos ronrons à la manivelle.

Ah, voilà d’ailleurs Marie, de son patronyme « Friedmann », ce que certains piètres linguistes traduisent à tort de l’alsacien par Marie « Et-le-dessert ». Nous reprenons l’air derrière chez nous et trouvons là un terrain d’entente pour combiner artistement les versions oïl et oc de cette bourrée à 2 temps. Sous le dressage de Marie, les vielles finissent par aboyer comme de mignons chiens croisés Berrichon Biterrois.

Il est 19 heures. The Papas arrivent sans the Mamas. Pas de "Monday, Monday" dans l’air, surtout qu’on est mercredi, ni de "California Dreaming", mais un Patrice et un Pascal qui font quand même rêver. Au moins jusqu’à ce que Patrice lance sa première remarque sur l’actualité du rugby, c’est-à-dire en moyenne 27 secondes. La première passe va toujours vers JB, qui tente l’essai ou fait une chandelle pendant que la plupart des autres paratgeaires bottent en touche. Heureusement, c’est bientôt la Coupe du Monde de Football, ce qui permet de changer de sujet.

La vielle à roue, un sport de haut niveau © D…e


Comme lors du décès de Johnny, S.A.M.M.A.N.D. est la seule à ne pas être au courant. Ne pas avoir la télé fait vraiment courir le risque de passer à côté des choses essentielles.

Or, donc, nous rassemblons nos esprits et nos talents harmonieusement complémentaires pour esquisser un "Derrière chez nous" de derrière les fagots. Marie prend les devants et des notes dans le calepin dédié au répertoire des 10 ans du Paratge.

Enfin, l’heure du pâté a sonné, mais c’est un glas. Ce soir, pas de charcutaille ni de trucs gras autour de la table. Les Gaulois se nourrissent désormais au sain et au bio. Même le dessert (de Marie est un pléonasme à proscrire ici) est dépourvu de gluten. Le comble pour des gloutons, qui se régalent à l’unanimité des petites madeleines à la farine de châtaigne, à la crème de noisette et au sésame.

Comme d’habitude, on échange longuement des nouvelles, des connaissances, des bons mots, des souvenirs et des spécialités. Comme d’habitude, on papote, on s’exclame, on rit fort et on fait tourner les plats. Comme d’habitude ça se termine par une scène de ménage soigné qui efface toute trace physique de ce qu’il s’est tramé en ces murs pendant quelques heures. Les esprits et les cœurs, eux, sont pleins. Comme d’habitude, quelques inséparables ont besoin d’un peu plus de temps pour se séparer. Comme d’habitude, on paratge.



D…e


* En français du XXIe siècle, on ne parle plus de soupçons d’hérésie par l’Inquisition mais de soupçons de « dérive sectaire » par la Miviludes.

mercredi 20 juin 2018

L'Écho des Sirènes, mai 2018

© Pierre Tissot
Mai 2018 : « sous l’épave est le Paratge », proverbe des sirènes, c’est donc avec joie que je cinglai toutes voiles dehors vers ce galion à la recherche de trésors viellistiques. Ma foi, je partai seul et ils étaient dix, selon les manivellants, ½ selon la police maritime.
Alain, Marie, Thierry, Jibé, une nouvelle de la dernière fois dont pour ne pas changer des habitudes j’ai oublié le prénom (un toc, chez moi), les pépés : Pascal & Patrice, celle qui se nomme de mille noms, Marie la reine du dessert, Max, et si ça se trouve, j’en oublie, tellement cet Écho revient de loin et a failli ne jamais revenir !

Que dire ? si ce n’est qu’une fois de plus l’ambiance était au rendez-vous, avec, en plus, l’objectif de préparer l’an prochain.
Du coup, après un travail de chien pour éviter la chienlit (autrement appelée la niche), nous travaillâmes l’organisation des morceaux, l’orchestration et autres joyeusetés ; alors, que j’étais de plain-pied dans cette atmosphère, un coup de téléphone me happait vers des obligations professionnelles dont je me serais bien passé.

Du coup, les studios, on embraie sur la chroniqueuse aux mille noms.

Pierre


Max et Alain : le Clan des Chougnards © Jean-Brice


   Pendant ce temps, côté chapelle, Thierry formait Flavia sur le maniement de sa vielle Havond, tandis que Pascal et Magalie devisaient sur la vie et la mort. Puis, par un jeu de chaises musicales, Magalie mania l’Havond avec Thierry, et Pascal accompagna Flavia dans la prise en main de l’instrument.

Enfin, comme chaque fois, arriva l’heure du banquet :

Nous sommes en 2018 après Jésus-Christ. Tous les membres du Paratge sont occupés à fêter le retour mensuel des héros languedociens de la vielle à roue autour de quelques pâtés de sanglier.
Tous ? Non ! Seul un irréductible viellix résiste à l’appel irrésistible de la cervoise et de la convivéncia. Car la vie n’est pas facile pour un Granbonomme de faction dans l’oppidum d’Ensérune à notre époque. Tiré de sa mensuelle séance de giroflexions par son telephonum gestabile, notre légionnaire des temps modernes dut voler en toute hâte à la rescousse de son museum apparemment sous le feu d’assauts ennemis. Et, une heure plus tard, tandis que ses coreligionnaires ripaillaient gaillardement sous les étoiles de leur chapelle, ils apprirent dans un grand éclat de rire que l’assaillant était un chat. Preuve que les Barbares étaient doués du sentiment d’empathie, ils ne purent s’empêcher d’imaginer l’ami Pierre passant sa soirée désespérément seul dans un dédale d’antiques couloirs obscurs.

Pas sûr que les pâtés du prochain Paratge seront au sanglier…


Domina Nomina Milia



Course à la chouquette : stratégie © Jean-Brice

mercredi 2 mai 2018

L'Écho des Sirènes, avril 2018

© Pierre Tissot
Mercredi 4 avril 2018.
La vielle est studieuse en ce premier atelier du premier mercredi du mois. Jean-Brice, Magalie, Thierry, Ana, et Alain actionnent doctement la manivelle pour faire tourner l’"Adèle", qui commence à tourpiner et tourniquer avec grâce. D’ailleurs, l’hygrométrie est retombée en cet après-midi ensoleillé, et c’est dans une atmosphère exempte de toute moisissure, effluve ou microbiote humecté, qu’une nouvelle présence vient fort à propos se glisser dans le cercle des gyrovielleux. Une présence féminine, toute neuve et toute fraîche, avec un sourire et un nom qui illuminent ce jour : Flavia !


L'harmonie d'un Paratge où règne la parité © Ana

La fée se glisse (non, Pierre, pas la « fée Romone ») discrètement entre Magalie et Thierry, qui la flanque en vingt secondes chrono d’une superbe vielle Havond® sur les genoux. Fin prête à entamer cette nouvelle partition de sa vie, Flavia reçoit comme il se doit les rudiments de l’art des sonneurs à roue en quelques minutes bien ficelées. Et c’est la révélation. Dès les premiers tours de manivelle, son visage s’illumine. C’est sûr, elle sait entendre le son sublime inscrit dans le tréfonds de notre mémoire cellulaire, celui de la vielle à roue et d’autres, perdu dans le vacarme des canons des musiques qui nous conditionnent. Elle est conquise, et produit fièrement ses premiers coups de trompette avec la régularité d’une horloge suisse.
Alors, avec JB aux platines et Flavia au chien de un, le wagon des vielles s’ébranle et reprend sa ronde mue par le blanc-sec. Tout s’équilibre et atteint l’harmonie d’un Paratge où règne enfin la parité.


Le Paratge : un panorama de caractère(s) © Ana


Le Paratge : triptyque 1 © Ana
Et là, le miracle se produit : Marie fait son entrée, faisant par là-même basculer le groupe dans une configuration inédite : la majorité du Paratge est en cet instant constituée de femmes ! Marie, Ana, Magalie et Flavia surpassent numériquement Alain, JB et Thierry. Ce n’est pas encore le Paratge des six reines, mais on s’en approche. Il règne à cet instant une douceur et une harmonie qui transfigurent la salle de musique et font sonner les vielles comme les trompettes de Jéricho. Les esprits de Christine de Pizan, d’Olympe de Gouges, Angela Davis et de toutes les suffragettes viennent envelopper de leur bienveillance le Paratge, qui vit à ce moment un instant d’éternité. Les quatre sirènes convoquent dans leur cœur le souvenir de George Sand, qui leur octroie le titre de maîtresses sonneuses.
Puis Pascal arrive. Mais Alain s’en va. Ana part retrouver Pablo. Flavia promet de revenir la prochaine fois

Les cartes rebattues, nous sommes cinq en lice pour attaquer la dernière ligne droite du Paratge.*
Le Paratge : triptyque 2 © Ana
L’heure est grave : la gente masculine ayant naturellement remis de l’ordre numéraire, Marie et Magalie risquent d’essuyer le sempiternel débat sur les derniers résultats du rugby. Nous ne craignons rien de Pascal : dénichant la vielle de Magalie sous la poussière, notre gentleman viellistique la pomponne à grand renfort de coton (la vielle, pas Magalie). Le danger arrive par Thierry, qui dégaine la première bouteille de vin et les gobelets. Alors Marie prend rapidement les choses en main : « Et si on faisait une liste de tous les morceaux que le Paratge peut jouer quand il se produit ? » Joignant le geste à la parole, elle sort un carnet et un stylo, et hop ! Les trois mâles se trouvent à plancher fiévreusement sur le sujet. Ils ont quinze minutes, au terme desquelles tout le monde se retrouve vielle en main à retravailler des morceaux joués depuis bientôt dix ans lors des joyeuses retrouvailles mensuelles du mercredi. Eh oui, en 2019, ça fera dix ans ! À l’évocation de cet âge respectable, la question de sa célébration s’impose de nouveau à nous.

Le Paratge : triptyque 3 © Ana
Comme l’esprit est à la production et la dynamique au travail, après avoir couché sur le papier la suite des morceaux choisis, nous accouchons sans douleur d’un calendrier festif pour la fin de cette année et pour les célébrations à venir : un ultime Paratge sous les étoiles de chez Magalie le 4 juillet pour fêter autre chose que l’indépendance du pays de Donald et Picsou, et l’Anniversaire du premier mercredi de mai 2019 pour les 10 ans du Paratge, patrie des parties de rigolades, confrérie de tourneurs de la dive bouteille et de la manivielle, territoire de gyrovielleustes bien embouchés et de médecins des bourdons adeptes d’Épicure et pas des piqûres.
Comme de coutume, ce Paratge a son épilogue sur le parking, où les ultimes forcenés ont pris l’habitude de deviser encore un peu à la belle étoile avant le baisser de rideau et le baiser de fin.


Alec-Sandrine


* « La dernière ligne droite du Paratge » ne peut en aucun cas s’appliquer à l’auberge espagnole, qui doit être qualifiée plus justement de dernière ligne tordue.



Mais il y eut un après Paratge du 4 avril. 
Le surlendemain, nous apprîmes tous que le grand Jacques venait de tirer sa révérence. Dans nos foyers, nous avons repris nos airs préférés à sa mémoire. Certains les ont-ils joués à la vielle, d’autres fredonnés, d’autres chantés à tue-tête, voyant sans doute ses souvenirs resurgir au-travers des notes ? 
Mais la poésie grandissant la fatalité, notre artiste Jacques ne voulut pas partir seul. Il voulut quitter ce monde avec générosité et panache, avec une jolie fille à son bras, et dit qu’ils feraient ainsi la route ensemble. Il ne voulait pas d’une petite jeune, non, mais une copine de son âge, avec qui il pourrait rigoler de cette même partie du monde et du temps qu’ils avaient traversée ensemble, chacun avec son existence. 
Et c’est ainsi que Suzy prit la route avec lui. Suzy !
Il l’avait chantée il y a bien longtemps, au faîte de sa gloire, Suzy qui rentrait du Minnesota et qui avait une « plombe de retard ». Cette fois-ci, elle fut à l’heure. Et comme il avait chanté qu’il était mort qui, qui dit mieux, et qu’il voulait cette fille, Suzy sut quoi faire. Elle prit son bras, et c’est ainsi qu’ils firent la route ensemble. 
Pour sûr, lorsque ces deux-là sont arrivés bras-dessus, bras-dessous devant saint Pierre, celui-ci a ouvert tout grand les portes du Ciel en criant « Champagne ! ».

mardi 3 avril 2018

L'Écho des Sirènes, mars 2018

© Pierre Tissot
Je dois reconnaitre qu’en raison d’obligations professionnelles, je ne suis plus dans les premiers à débarquer au Paratge, depuis quelques temps. Cependant, ce mercredi premier du mois, j’eus la bonne surprise, lors de mon arrivée au foyer rural, de voir notre Fabien et Neige sur le perron. Le vielleux ne réalise souvent pas la dose d’abnégation de sa moitié ; de là à dire que Fabien fait fondre Neige, il n’y a qu’un pas que je me refuse de franchir.

J’entre dans la salle d’étude, où la teneur en hygrométrie de la pièce en dit long sur l’intensité des exercices. J’y retrouve Alain, Magaline, Thierry et don Jibé en maître de cérémonie. Pour éviter de divertir la foule, je me sangle, je m’accorde et j’entre dans les exercices.
Les scottishes sont au programme ; les danses, pas le peuple qui inventa la journée de la jupe avant tout le monde. Fabien nous rejoint avec une auditrice de qualité, puis Marie, descendue de son poney, le talonne.

Je me sangle, je m'accorde, et j'entre dans un monde nouveau © Magandrie

Alors que nous suons sang et eau, nos duettistes montpelliérains apparaissent. C’est le moment stratégique où Alain a un lièvre sur le feu et Thierry propose un apéro.
On discute, ça piaille, on sent un certain relâchement, d’autant plus compréhensible que certains ont déjà quelques tours de roue dans le poignet. Du coup, la reprise est laborieuse, et lorsqu’il est question de savoir ce qu’on travaille, on a droit à un bouquet final sonore.
Au programme, du Eaton, du Stappleton, une "Touchia Zidane" sur ma gauche… qui dit mieux ? une fois, deux fois, ah ! je vois une "Almond and the Olive", dépassée par un "Spaghetti Panic", cependant qu’un "Francese" délaissé pointe le bout de son nez ; c’est ballot. Un "Kicksy Whisky", égrené sur tempos différents fait le tour de quelques vielles, avant que Patrice reprenne la main et fixe le curseur chronologique sur le Moyen Âge.
 Outre que ça ne me rajeunit pas (et que dire pour Pascal, qui est canonique), je découvre que Alexanlie fond pour le répertoire machiste du Guillaume (petite blague France Cul pour notre Bruno). Voyant cet engouement émouvant de la douce Magandrie, me reviennent en mémoire les paroles du "Moyenâgeux" de Brassens.

Après cet atelier en forme de tumultus gallicus, qui ferait ressembler une sortie d’armoricains gavés de potion magique à un défilé prussien, nous décidons de migrer vers notre réfectoire pour nous y sustenter. Je vous passe le florilège de blagues et autres conversations, car le programme musical précédent fut copieux et que ma mémoire flanche gravement après ces évènements.

Au prochain premier mercredi du mois…


Pierre

jeudi 22 mars 2018

Castanha e Vinovèl : sortida del CD novèl

Les fans de Castanha e Vinovèl apprécieront ce nouvel opus du duo biterrois. Une fidèle suite de danses, rythmées, pareilles à celles qui constituent les répertoires de leurs balètis depuis une décennie.

Pour hausser les sons habituels de quelques précieuses teintes neuves, les deux compères — Jean-Brice Viétri « Castanha » (vielle, chant, percussions) et Alain Beurrier « Vinovèl » (accordéon, chant) — ont misé sur une rencontre intéressante, et aussi naturelle que le costume qu'ils revêtent sur la pochette du skeud : ils joignent à leurs instruments, ceux d'un duo aragonais, Pasatrès, originaire de Zaragoza.
Figuré par Jonas Gimeno (chant et percussions) et Diego Escolano (chant, gaita de boto, musette du Centre, taragota, flaüta, dulzaina), Pasatrès est invité à colorer la toile intérieure, et à cheminer de part et d'autre des Pyrénées, avec nos Héraultais, pour un partage d'horizons en quatuor.




Le set se joue au long d'un enregistrement qui sort, tel un bourgeon, en ce mois printanier.
Mais, également, sur scène, où les quatre amis s'amuseront de mélodies traditionnelles, de certaines compositions et de quelques airs uniques, le 29 mars prochain, au Zinga Zanga de Béziers. Un camin novèl, sous les vents des hautbois et flûtes, contre les touches des vielle et accordéon, le tout lié par de multiples percussions, et en de singuliers échos chantés dans les deux langues, occitane et aragonaise.

L'amic Don Jean-Brice, vielleux de notre Paratge, est l'un des pilliers (le mot est rugbystiquement bien choisi) de cette création originale. Musica, mèstre sansonhaire !


Pascal

mercredi 7 mars 2018

L'Écho des Sirènes, février 2018

© Pierre Tissot
Mercredi 7 février.

Eros n’a pas encore tiré ses flèches dans le Paratge : personne n’a proposé de le reculer d’une semaine pour tomber sur la Saint-Valentin. Il faut dire qu’il ne vaut mieux pas traîner : il n’y a pas eu de nouveau décès de star de la chanson française ! Rien. Personne à fourrer dans la rubrique nécrologique de ce mois-ci. Nos ouïes ne souffriront pas le singulier grincement de tubes des années 60 improvisés à la vielle à roue. Après « que je t’aimeuh, sacré Charlemagne, » nous viellerons cette fois-ci en pleine modernité, puisque c’est l’"Adèle-Blanc-Sec" de Frédéric Paris qui s’invite au Paratge.

Alain est arrivé à 15h58, Magalie ¼ d’heure plus tard. À son arrivée, notre maître de séance nous annonce que Patrice est malade. Nous savons alors que nous ne serons qu’une poignée cette fois-ci à tourner la manivelle : Pascal a décommandé 3 mois à l’avance, Thierry ne peut pas, Camille non plus, et Fabien nous a fait une vraie, mais courte et fausse joie par mail. Mais Ana sera là, Pablo nous la prête jusqu’à 19h ! Et d’ailleurs, la voici qui arrive sur les traces de Jibé.
À quatre, on s’adèle donc à la tâche. Après quelques tours de roue, Alain profite du confort du foyer pour aller s’entraîner dans la chapelle. Telles deux coureuses de fond, Ana et moi continuons à aligner les notes avec pugnacité. Puis, en vrai professionnel des feux de la rampe et de la célébrité, Jibé se soumet de bonne grâce à la désormais traditionnelle séance photos-vidéos, mais fort heureusement dans un autre accoutrement que celui de la pochette de son dernier CD… Ah ça, pour sûr, ça va faire des ventes ! À voir la couverture, on a forcément envie de connaître la suite ! « You can leave your hurdy-gurdy on » entonnerait Joe Cocker s’il voyait ça ! D’ailleurs, ça y est, alors que Pierre et Marie font leur entrée, les CD commencent à s’arracher comme des petits pains.

Mais vient l’heure des chaises musicales : Alain nous quitte, puis, après une longue bétâ conversation avec Pierre, Ana part à son tour. Et là, j’expérimente la grande solitude de la vielleuse surnuméraire : face à moi, magnifique et harmonieux, trône le fameux trio des Octopuss dans un moment d’intimité rare auquel j’ai l’insigne honneur d’assister. Illico presto, je décide de ne pas infliger aux virtuoses ma lourdeur enthousiaste de vielleuse débutante, et me réfugie à mon tour dans la chapelle au prétexte de m’entraîner. En vérité, j’y implore sainte Catherine de m’insuffler tout l’art de manier la roue, et téléphone longuement à ma deuxième fille pour prendre de ses nouvelles. Sainte Catherine m’ayant entendue, je parviens ensuite à faire un peu chanter Adèle sur la vielle, puis rejoins fébrilement le trio d’artistes dans la salle de musique.


Octopuss ou L'heure des chaises musicales © Ana

« Et j'ai même le droit de les filmer, trop trop bien ! » © Ana

Et là, ils m’octroient l’immense privilège de pouvoir les filmer, tous les trois, dans une suite de scottishs ébouriffantes ("Adèle BS / Derrière les carreaux / Mominette") rien que pour moi ! Quelle soirée ! Ca me rappelle quand je m’étais retrouvée en coulisses avec Célia Cruz, Oscar de Leon et la India lors d’un concert à Paris il y a de nombreuses années. Et vous savez quoi ? Ils m’ont même invitée à jouer "Adèle-Blanc-Sec" avec eux ! Le cœur battant et les doigts tremblant, je me suis exécutée. Oh là là ! Heureusement, leurs vielles ont largement couvert mes couacs et j’ai pu finir la course avec tout le monde.

Et vous n’imaginez pas la suite : ils sont tellement sympas qu’après ça ils m’ont invitée à manger avec eux !! Siiiii ! Ils ont partagé leur vin, leur gâteau et leur pizza avec moi !! Seul problème : il n’y avait pas de tire-bouchon, alors Pierre a dû prendre un tournevis à sautereau pour creuser dans le liège. T’aurais vu ça ! La classe ! Le bouchon a fini dans la bouteille, mais le vin dans nos verres. Enfin, il y en a eu pas mal par terre aussi, parce que Pierre il a renversé un verre sur moi ! Ah, ah, c’était mon baptême, quoi ! Ou un bizutage, je sais pas trop. C’est peut-être un truc genre rite initiatique d’entrée dans le cercle des Octopuss.
En tout cas, mes vêtements étaient trempés, et par terre c’était dégoûtant ! Jamais vu un sol de salle aussi sale ! Pendant le repas, ils m’ont parlé de leur projet de fêter les 10 ans du Paratge à Tourbes. Ils avaient plein d’idées : faire un spectacle sur la scène du parc en face du foyer, faire un balleti au café, inviter un Anglais comme guest star, faire jouer Patoche dans l’église, Pascal au terrain de boules, et organiser un tournoi d’aquaponey (?).

J’ai adoré cette soirée avec les Octopuss ! Ils sont géniaux, et super simples et sympas ! Maintenant je ne pense plus qu’au prochain paratge, et je trépigne d’impatience d’y retourner. D’ici là, on aura changé d’année chinoise, et ce sera une très grande année pour les joueurs de vielle à roue : le 16 février, on entre dans l’année du chien !! À vos manivelles !


Alex-Sandrine

mercredi 14 février 2018

L'Écho des Sirènes, janvier 2018

© Pierre Tissot
En ce premier mercredi du premier mois de l’année, pour le premier atelier, j’arrive bon dernier, et je retrouve, pour entamer 2018, une équipe de et sous le choc.
En effet, débarquant dans une salle emplie d’une moiteur de vestiaire, je comprends que ça a dû, en mon absence, mouliner du poignet. Dans la torpeur du travail je découvre, dans le sens des aiguilles d’une montre : Thierry Barbedrue, Max la Manivelle, celle-qui-ne-doit-être-nommée… Magadrine, Alain de Loin et Don Jean-Brice de la Manche. Il manque notre Fabien Toutentouffe, parti pour plusieurs mois travailler la terre loin de sa vielle, et Marie, la reine du dessert qui, décidément, nous déserte ; j’y reviendrai plus tard.

J’ai comme l’impression que mon arrivée sonne la récré. Du coup, après les embrassades de rigueur, nous voilà partis dans ce que nous savons faire de mieux : la tchache. Cela tombe bien car, pour commencer l’année, je suis un peu claqué. Alandrine nous cause du troquet tourbois (sans soif), pour lequel nous pourrions aller faire un genre de Paratge du zinc. Une idée qui emporte derechef l’adhésion de Thierry, lui, si sobre d’habitude. Puis, après de longues conversations, et alors que nous nous apprêtions à reprendre l’ouvrage, arrivèrent les Papates (trad. : Pascal et Patrice) qui, du coup, suspendirent aussi sec notre élan, comme dirait le trappeur.
Patrice, à qui rien n’échappe, nota que Marie n’y était point, et s’en désola d’autant qu’il espérait finir ce Paratge par des douceurs. Pour sa plus grande joie, je lui révélai qu’elle avait aquaponey, et qu’elle arriverait plus tard. Ce qui me valut un « Ha, bon ? », sur deux notes dont notre Pat a le secret.

La capitaine du BAL (Béziers Aquaponey League) © Jean-Brice

Nous partageâmes une seconde de silence, pour la disparition de France Gall, et décidâmes, pour la paix de son âme, d’interpréter — ou de massacrer, comme diraient les outrés de l’air — une petite mélodie de son répertoire.
Marie nous rejoint alors, pour le grand soulagement de tous ceux qui déploraient son absence sans oser dire, à la différence de Pat, que la punition de dessert commençait à être longue. Dès lors, nous découvrons que ce dernier croyait à l’histoire de l’aquaponey ; en découle une franche séance de rigolade, que la victime rehausse d’un bon mot pour lequel il est passé maître : « si jaune et déjà poney ». Pour sa défense, il nous explique qu’il connait une discipline créée par un violoniste, le rugby sky, alors, après tout, pourquoi pas aquaponey
Enfin, nous arrêtons notre choix sur un morceau pour France Gall, ce qui permet à nos deux compères de l’ovalie (Pat et Jibé) d’embrayer sur des discussions rugbystiques.
Nous avons toutes les peines du monde à les recadrer, sans débordement sur le morceau d’adieu.

Paratge des Sirènes — "Ah Que je t’aimeuh" © Magalie

À la suite de quoi, nous travaillons les voix et autres coups de chien du "Ballot frange aisée", un morceau pour gens de cour ; juste ce qu’il faut, pour excuser notre sortie subite de saucisson et autres amuse-gueules, suivis d’une cohorte de bouteilles.
Max en profite pour jouer les filles de l’air (cousines du rigodon bien connu), cependant, qu’une fois n’est pas coutume, Alain, qui crèche tout près, nous accompagne dans nos agapes (et Tiké, comme on dit à Agde). Pascal, tel un Iggins du Paratge, évoque les heures de gloire de notre tribu suite à une remarque d’Alalie concernant notre vitalité passée. On prend tous un coup de vieux. Occasion est donnée de comparer nos âges respectifs (on en profite le jeunot est aux champs), nos signes zodiacaux occidentaux, chinois, mayas et jedi.
Puis, comme de bon matin nous rencontrâmes le train de trois grands rois qui partaient en voyage, nous sacrifions à la galette et autre royaume, l’occasion de sacrer deux monarques d’exception que les futurs sujets acclamèrent de blagues et autres quolibets.

Les rois Tourbains © Jean-Brice

Une fois les deux sacres à malice terminés, le temps de ranger la salle, et nous voilà repartis dans la nuit. Un Paratge plus gastronomique que viellistique, mais qu’importe, on se rattrapera le mois prochain.


Pierre

jeudi 4 janvier 2018

L'Écho des Sirènes, décembre 2017

© Pierre Tissot
2017 se clôt, pour la deuxième fois
En ce nouvel ilot à l’ombre du lieu de foi
De notre beau village par nous tous adopté
Tourbains de tout jeune âge, prodiges rapatriés
Diaspora de la vielle, secte des fous d’amour
Et de la manivelle, réunis en ce jour,
Mercredi 6 décembre…

Le reste s’écrira en prose, par manque de temps de la scribe : nous nous retrouvons donc, à la nuit tombante ou déjà tombée, dans notre nouveau foyer.
Les premiers sont toujours les premiers (Alain, Jean-Brice, Thierry), et les derniers toujours les derniers (Pascal et Patrice), contredisant en cela les propos de Jésus (Mathieu 20 : 16-26), qui, ceci dit, ne comptait pas les paratgeaires parmi ses disciples directs. La Magdaléenne d’Alexandrie ne pointe que vers 17h. L’apôtre de la vielle Pierre est là, Fabien pas encore.
Puis, et c’est de circonstance pour un paratge de Noël, la dénommée Nathalie arrive. Aaaah ! Elle est revenue, notre nouvelle recrue ! Mais on déchante vite quand elle nous apprend qu’elle ne vient pas jouer de la vielle, mais simplement se rincer l’œil et les oreilles. En effet, elle a bien réfléchi ; elle a longuement hésité entre trois instruments, et le critère retenu pour l’objet étant de pouvoir se glisser sans peine sous le siège de sa voiture, la vielle à roue a été recalée d’office au profit de la flute traversière, qui comme son nom l’indique, loge parfaitement en travers d’une assise de véhicule. Dépité, Jean-Brice insiste néanmoins pour tenter d’infléchir sa décision et de garder parmi nous une des rares vénusiennes dans ce monde de martiens. Alors, Nathalie dégaine un lot de consolation pour tenter de compenser quelque peu son abandon : un kouign amann maison, qui fera notre régal au dessert quelques heures plus tard, nous fera chanter ses louanges et nous lamenter tout à la fois.


Pieuse consolation pour Pierre © Jean-Brice

Retour au premier atelier, dont Fabien est toujours absent : nous devions potasser la "Bourrée du بومة", et Jean-Brice nous fait suer sang et eau sur le coup de chien que nous ne maîtrisons pas correctement. Il a d’ailleurs apporté un instrument de torture pour parvenir à ses fins : un métronome numérique dont les tics tacs équivalent dans nos oreilles aux gouttes d’eau sur le front du supplicié. Mais, en bourreau raffiné, JB n’accélère pas le rythme de l’engin, mais au contraire le cale sur le rythme cardiaque de la chauve-souris en hibernation. Thierry et Magalie peinent à suivre. S’il le ralentit encore, il leur faudra jouer genoux à terre. Mais la leçon atteint son objectif : à force de grimaces, le vrai et authentique chien de la bourrée à deux temps se met à aboyer avec l’accent bourbonnais sur toutes les vielles. Le rythme cardiaque reprend, c’est le printemps en décembre !
Et c’est à ce moment de grâce et de jubilation que là, en pleine nuit mais tel l’astre solaire, Fabien fait son entrée, tout de noir vêtu, et flanqué d’une paire de sneakers flambant neuves à faire pâlir d’envie Run-DMC et Jay Z. Des chausses noires pour la marche sur la lune en étant visible depuis la Terre grâce aux lacets roses recyclés d’un corset de La Pompadour. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est en retard ; en effet, Fabien a fait un aller Saint-André-de-Sangonis/Tourbes via Montpellier pour décrocher le sésame de la pompe. Plus de deux heures de bouchons, mais ça valait le détour, car il aura pour sûr les pieds bien au chaud lors de son long séjour atlantique qui va malheureusement nous priver de lui quelques mois.
À la demande du maître de cérémonie, Fabien attaque la "Bourrée du hibou" bille en tête, cadencée par un vrai lévrier bourbonnais aux abois. Lorsqu’on en a fini avec le hibou, Magalie demande le titre d’un morceau dont elle joue quelques notes sur sa vielle. Aussitôt, JB et Pierre s’enthousiasment : « Adèle Blanc-Sec ! » et s’élancent à deux roues et à deux voix dans une suite de scottishs éblouissantes.

Puis vient le temps des chaises musicales : Pierre doit aller chercher son fiston, Alain du pâté. Ils nous retrouveront plus tard.

Peu après, Maîtres Pascal et Patrice font leur entrée avec la majesté que confèrent la virtuosité et l’arrivée tardive. Ils rejoignent le cercle vertueux, qui séance tenante, entame l’intro de "Ah Que je t’aimeuh" à la vielle. Bien qu’il s’agisse bien entendu d’un hommage à notre Johnny national décédé la veille, Magalie s’illusionne quelques secondes durant lesquelles elle croit à une chaleureuse déclaration d’amour veillistique confraternelle. Ce soir-là, la seule personne de l’hexagone à ne pas savoir se trouvait au Paratge ! En plein Nadal, Johnny a ravi la vedette à l’enfant Jésus. D’ailleurs, tout le monde est tout de noir vêtu. Seules Magalie et les nouvelles baskets de Fabien arborent de joyeuses couleurs dans un court répit d’insouciance.


Paratge des Sirènes — "Ah Que je t’aimeuh" © Jean-Brice


Les paratgeaires s’essaient à plusieurs impros hallydaysiennes, puis, mettant fin aux commémorations, Patrice lance une invitation : le Paratge est convié à se produire pour un événement solidaire. On voit alors rapidement qui peut y participer, et on dresse prestement une liste des morceaux jouables, même par la catégorie « débutants ». On décide de faire entre autres le "Ballet francese" à deux voix. Le groupe se scinde, et les harmonistes migrent vers la bibliothèque. Au bout d’une trentaine de minutes, seul Thierry sort victorieux de l’entraînement des accompagnateurs, et presque tout le monde entame de concert le "Ballet francese".
Mais comme tourner une manivelle de 16 à 22h brûle des calories, nous finissons tous par aller former une longue tablée dans la chapelle du foyer, à partager le pain et les bons mots. Nous ne sommes pas douze, mais sont présents Jean (-Brice), Pierre, et la Magdaléenne, et d’autres aux prénoms moins circonstanciés : Alain, Fabien, Pascal, Patrice, et Thierry. Jamais de Judas à cette table, mais comme chaque nuit de Paratge, une belle tablée de Gaulois tonitruants davantage inspirés de Goscinny que des saintes écritures.

Bien avant l’aube, nous repassons le balai francese et laissons la chapelle à son état immaculé original, voire originel. Vient l’heure des dernières embrassades et, tels des voyageurs au long cours, nous nous promettons fiévreusement de nous retrouver l’an prochain.


La Magdaléenne d'Alexandrie