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mardi 5 décembre 2017

L'Écho des Sirènes, novembre 2017

© Pierre Tissot
C’est ce 8 novembre, entre chien et roue, que j’avalais les kilomètres pour répondre à l’appel des sirènes dans les parages de Tourbes et me rendre au désormais célèbre Paratge des sirènes.
« Un 8 novembre, il s’agit d’un deuxième mercredi, me direz-vous. »
Il est vrai, mais le premier étant férié, il fallait décaler », vous répondrai-je

La nouveauté n’est pas ce hasard calendaire, mais bien le point de chute. Pour continuer notre transhumance amorcée à Agde (cf. les Échos précédents), nous passons de la calandreta piscénoise au foyer tourbeux, tourbois, tourbais… de Tourbes. C’est dans une nouvelle et grande bâtisse, que je retrouvais mes compères et commères (pour respecter la parité, quoique la féminin soit plus péjorativement connoté, allez savoir pourquoi). Outre les traditionnels Magalie, Thierry, Alain, Jibé… j’y rencontre Nathalie, toute nouvelle.


Nathalie, petite dernière ; 
et Thierry, qui vient de comprendre qu'il a une vielle sans roue, derrière lui © Jean-Brice

Cette saison riche en nouveaux primomanivellants — que les taliban(quette)s de l’orthographe inclusive m’excusent mais la féminine est incluse dans le terme —, nous sommes convenus avec Jibé de séparer le groupe du premier atelier en deux, d’autant que le vaste espace de notre nouveau foyer nous le permet ; inaugurant, par ce biais, l’atelier Premier heurt, pour les débutants, et pour ceux (je n’irai pas à la celles) qui pratiquent plus ou depuis plus longtemps, L’heure dégourdie (jeu de mot subtil qui parle aux outre-manchots de la vielle à roue). De coton en chanterelles, les ateliers se déroulent en parallèle. D’un côté, Nathalie, trouvant qu’il est charmant son guide (pour faire du Bécaut des sirènes), avec Jibé. Thierry pourvoyeur en vielle, reste à leur côté pour parfaire les réglages de sa vielle de location ; quant à Alain, préférant jouer la prudence, il les accompagne.
De l’autre côté du couloir, dans la bibliothèque, le colonel Moutarde — non je m’égare —, Magalie, Camiiiille, Fabien et sa douce, Neige, (que les amateurs de solfège ne comptent pas sur moi pour dire qu’une blanche vaut sept nains) venue voir dans quel antre de perdition se rendait mensuellement son copain. Sous l’œil bienveillant d’un saint Joseph de vitrail — la bibliothèque est une ancienne chapelle, nous apprend Magalie — nous enchainons les exercices et les morceaux.


Alain, Neige, et Pierre, 
impressionnés par le cri de la vielle que l'on accorde, imité par Magalie © Jean-Brice

Arrive Pascal, fringant, le sourire, l’œil qui frise. Pascal, non suivi de Pat, qui boude nos rencontres car privé de dessert depuis les désertions de Marie. On entoure le mestre, qui propose, en préambule, une sorte de débriefing du Paratge-hors-les-murs. Sa pensée pourrait se résumer ainsi : "sur un morceau complexe, trop de vielles tuent la vielle" ou encore "tant vont les vielles à roue, qu'à la fin elles s'enrouent" ; j'en resterai là des réflexion, pour ne pas prêter la caisse aux quolibets des autres cornemuseux ou violoneux de mauvais alois. Compte tenu de notre nombre, mieux vaut peu avec orchestration, que beaucoup de monde qui mouline la mélodie. Étant entendu qu'une bonne critique s'accompagne de propositions, nous entamons un travail sur la "Bourrée du hibou", variation éthylique sur un volatile nocturne pas trop chouette.


Paratge des Sirènes : "Bourrée du hibou" © Magalie


Enfin… la troisième mi-temps du Paratge, autour de bonnes bouteilles et d'un parterre de victuailles, nous distribuons assiettes et couverts que notre nouvelle, Nathalie, a apportés en plus d'une bonne salade (rappelant en cela, notre Sylvia-des-familles, qui fut longtemps la cantinière de ce beau monde). Une bonne salade aux choux, qui oblige Jibé à décliner la proposition, ce dernier se méfiant, pour cause de santé, de toute substance pétogène. Nous sachant à l'abri d'une conclusion façon "La grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf", nous tendons nos écuelles et accompagnons ce chou d'autres mets.
À la mastication se joint la discussion, Nathalie nous explique son goût pour les couverts en bois, Pascal nous fait un exposé clair et concis des générations de tradeux et de leurs caractéristiques, Magaline — ou plutôt, Alexandrie, à moins que ce ne soit Amélie, Félicie ou Antigone — nous réexplique son voyage atypique dans les prénoms, pour ceux, nombreux qui n'auraient pas suivi, disons qu'un espion n'a qu'a bien se tenir ; Thierry et son orchestre nous font la rentrée des biquettes au bercail pour rendre hommage à un chèvre de combat qui vous rétracte les gencives et vous décape l'émail des dents ; Fabien, grand amateur de bal, nous explique les dangers de certaines races félines parcourant les planchers qui ne font qu'une bouchée du jeune gandin tout à son pas de Chapeloise ou autre et qui en oublie son instinct de survie. Ce dernier sans le vouloir et le savoir non plus, déclenche un fou rire jibiesque, virus fortement communicatif puisque j'y succombe à tous les coups ; c'est donc avec des crampes abdominales et mal aux côtes que nous rangeons la table.
Nous nous séparons avec la ferme intention de nous retrouver le premier mercredi du mois suivant à la même adresse.


Pierre

mercredi 22 novembre 2017

À vendre : Pajot fils n°3, de 1900 !

C'est décidé : vous voulez acheter un bel instrument, et vous filez en quête du vide-grenier dominical, pour dénicher la vielle de vos rêves. Une Pajot, une Pimpart, une Nigout, une reluisante Chougnard® d'époque ?

Entre les services en fausse porcelaine, les almanachs, les pupitres d'écoliers  et les copies de violon Stradivarius, vous avez, enfin, repéré le stand où de jeunes gens qui ne savent rien à l'art et à la poésie sonore se débarrassent d'une machine infernale qui prenait poussière dans les combles de cette vieille maison de village achetée en viager il y a si longtemps.

Voici les détails d'un instrument nouvellement en vente, dont l'annonce vient d'arriver à la rédaction du Blog qui bourdonne.
Il serait dommage que cette vielle centenaire ne joue plus…


Vielle à roue Pajot fils de Jenzat, 1900
Fabriquée en 1900, la vielle est numérotée n°3.
Elle a subit les assauts du temps, mais, restaurée, elle fera le bonheur d'un musicien ou d'un collectionneur.
Vielle ronde.
Six cordes.
Tête sculptée.
Marqueterie et décors, sangle d'époque, pommeau blanc.
Instrument dans noter région : à voir, à Barjac (Lozère).





Prix : faire offre
Contact : leparatge [a] gmail.com

mercredi 8 novembre 2017

L'Écho des Sirènes, octobre 2017

© Pierre Tissot
Mercredi 4 octobre, grand jour à plusieurs égards : un mois après la rentrée des classes, le Paratge fait la sienne à l’école de la Calendreta dels Polinets de Pézenas, et il a profité de l’été exceptionnellement chaud pour faire des petits : Gilles, dit « l’abeille », et Angel, font leurs débuts giroviellistiques. Des retrouvailles, du sang neuf, et, pour couronner le tout, c’est l’anniversaire de Magalie, qui a prévu cinq gâteaux, une caisse à champagne, des guirlandes et des cotillons, pour célébrer dignement l’événement dans une fête à tout casser.

À 17h30, on est… sept (sans les bleus) : Jean-Brice, Pierre, Fabien, Thierry, Alain, Magalie, et Ana, que Pablo a bien voulu nous prêter pour la soirée. L’habituel ovale se reforme, et Angel et Gilles se retrouvent prestement flanqués d’une élégante Havond sur leurs genoux respectifs. Pour tout dire, quelques mauvais esprits avaient imaginé les affubler d’essoreuses à salade pour leurs premiers tours de manivelle, mais avaient reculé devant l’article 14 de la loi du 17 juin 1998. Fraîchement équipés de leur vielle grâce à notre prévoyant fournisseur Thierry, Gilles et Angel commencent à écouter avec componction DJ JB leur transmettre les premiers secrets des maîtres tourneurs de manivelle. Pendant ce temps, Fabien, dont la chaise était sans doute restée trop près du radiateur, se met à s’agiter sur son séant, ne sachant plus comment se retenir de s’élancer dans un solo endiablé. Il doit néanmoins y parvenir, la mise en route d’un girovielliste neuf nécessitant quelques minutes. Nous pouvons, à l’issue de celles-ci, jouer tous de concert "La bourrée des frères Guillemain", avec Angel et Gilles au chien de un. Quelque temps plus tard, notre meneur à casquette nous présente une bourrée à deux temps aux accents furieusement orientaux : "La bourrée du hibou". L’effet est immédiat : les portables jaillissent de toute part en s’allumant, et viennent se dresser tout autour de cette mélopée orientalisante. L’instrument du IXe siècle dans une main, le portable dans l’autre, quelques viellistes décidés immortalisent la mélopée. La bourrée du بومة sera donc le prochain morceau à travailler pour le premier atelier.

Angel et Patrice : célèbres personnages d'une bédé de Fernand Dineur © Jean-Brice

Mais, alors qu’il n’y a déjà pas grand monde dans le paratge, voilà qu’Alain prend la poudre d’escampette, bientôt suivi par Pierre, qui laisse sa chaise encore toute chaude à Patrice qui arrive pour le second atelier. Fabien, ne tenant plus sur la sienne, lâche tous les gaz et s’élance enfin dans un duo endiablé avec son nouveau voisin. Après avoir accompagné et contenu Fabien, Patrice propose à son tour un morceau pour le second atelier. Est-ce le chlouc qui souffle un peu fort depuis la Tunisie, ce soir, mais voilà que nous apprenons que nous allons jouer la "Touchia زيدان (Zidane)". Les esprits s’emballent, et s’interrogent suffisamment fort pour qu’on les entende : c’est un morceau de vielle à roue à la gloire d’une touche mémorable de Zizou pendant un match ? Zidane a composé des morceaux pour vielle à roue après les matchs ? Qui c’est qui a écrit un air de vielle à roue pour Zidane… ? Maître Patrice rassemble les esprits égarés de ses ouailles et nous indique qu’il s’agit d’un morceau traditionnel du répertoire arabo-andalou, et que Zidane est tout de même un nom très répandu en Afrique du Nord. Et en remet une couche par mail, trois jours après, pour rectifier "Touchia Zidane" au lieu de "Touche à Zidane" que JB n’a pas manqué d’écrire à tout le monde.

Et la touchia étant en Algérie un prélude à la nouba, voici venue l’heure de la fameuse auberge espagnole du Paratge, véritable banquet gaulois qui clôt chaque aventure paratgesque pour la suite du Partage ; cette fois-ci, des saucissons, charcutailles, bons petits rouges, et bonne humeur générale. Ah, la pizza de Jean-Brice… ! Ah, les gâteaux de Marie… ! On se mettrait à la vielle à roue rien que pour y goûter chaque mois ! Bon, mais cette fois-ci, l’heure est grave, car Marie n’est pas là et c’est l’anniversaire de Magalie. Sur quoi va-t-elle planter ses deux bougies ? En plus, son ami Gilles l’abeille est parti lui aussi, ainsi qu’Ana, et il n’y a plus que six personnes autour de la table en formica. On se régale des contributions de chacun, puis au moment du dessert, Magalie dégaine deux gâteaux. Mais, tant pis pour les flonflons, le champagne et la tournée des grands ducs. Elle remballe son truc en plumes et sa démonstration de cancan. D’ailleurs, voilà qu’en troubadours fabuleux, Jean-Brice et Thierry entament un « Joyeux Anniversaire » toulousain tonitruant sur un rythme de samba, et entonnent à tue-tête « un an de plus qu’elle avait l’année dernière, un an de moins qu’elle aura l’an prochain », tout en filmant un vidéo clip mémorable que pourront visionner les absents, dont Patrice et Angel, bien trop absorbés par leurs discussions, pour se rendre compte de la folie qui s’était emparée de l’autre côté de la table. Bref, la fête fut en partie sauvée par le génie improvisateur de Jean-Brice et Thierry, et Magalie put ne pas pleurer en fin de soirée.

Un an de plus, un an de moins ! © Jean-Brice

Le rituel balayage s’effectua autour de discussions sur la nécessité de commencer plus tôt le Paratge et de chercher de nouvelles pistes de lieux, mais s’acheva par l’oubli de la poubelle. Nous espérons que la Calendreta gardera un autre souvenir de nous…


Magalie

mardi 31 octobre 2017

L'Écho des Sirènes, septembre 2017

© Pierre Tissot
Ce 4 septembre 2017 (jour de l'anniversaire de Denise Fabre), la cinquième édition de la clandestine « Fête de la vielle à roue » s'amorce, avec grands fracas de bourdons.
Comme chaque année, cette rencontre underground hurdy gurdy engendre l'exode de la population clapiéroise vers les jardins de Marc et Kakin. Anost, St-Chartier, Ars, et même le festival creusois Vielles etc. à Saint-Georges-Nigremont et le happening canadien Chants de vielles à Saint-Antoine-sur-Richelieu, nous envient pareil succès — et pareils jardins et pareille programmation — consacré à cet instrument singulier !

Les premières vielles arrivent…
ainsi qu'un oud malade © Pascal











Côté cour, plusieurs surprises. Alain nous revient d'un été où la vielle est restée sagement dans l'étui ; il nous fait l'immense joie de nous rejoindre en pleine forme, rajeunit, derrière ses lunettes de songeur. Pierre serait venu à Clapiers, assurément, mais pas forcément le bon jour : « Allo, c'est bien demain mercredi, le Paratge hors-les-murs ? » Ah, ces artistes...
Entre rage de dents, maux de ventre, cœur fragile, l'on s'échange Efferalgants et autre potinga de mamée, mais tout le monde va bien. Nos vielles, à l'instar du vélo de Chris Froome, sont chargées comme une cobla de mules. Même un oud malade, pétassé de sparadrap, se pointe. Petit diagnostic rapide du Docteur Havond, rendez-vous est pris pour un check up complet à la clinique tarasconnaise. Le véritable remède, pour toutes et tous, est cette petite bombe anti-moustique, plus efficace qu'un concert de palmas à l'heure du loup qui pique. Avec ce service d'ordre réactif, les organisateurs soulignent combien la manifestation est considérée comme à risques.



Le Paratge des Sirènes — "Chypre" © Alain

Autre exercice dangereux : les vielles s'accordent. Ce n'est pas le meilleur moment de la soirée (de l'avis du public), mais il est nécessaire. Dix vielles, multipliées par une dizaine de cordes en moyenne par instrument, le challenge est ambitieux. L'on s'y applique. C'est un peu comme préparer l'apéro, avant un bon repas : indispensable, vital, collégial, mais il ne faut pas se manquer !
D'ailleurs, si les viellent commencent à briller, les verres tintent. Et, sur les tables, le banquet est au répertoire. Crevettes, moules, tiellettes, pain suédois, salades, douceurs ; du salé, du sucré, de l'aigre-doux, du léger, du costaud, tout est étudié pour éviter les carences. Avec Marie et Magalie, nous cherchons à deviner quels sont les parfums qui se sont mélangés, dans l'après-midi, dans les grandes cuisines alentours. De son côté, Pierre échange ses connaissances sur les cailloux historiques avec un spécialiste (et cornemuseux), déjà rencontré ici l'an passé. Dans le même temps, Jean-Brice fait dans le footage people : casquette vissée sur le chef, il s'inquiète de savoir si des paparazzi l'ont bien repéré.



Le Paratge des Sirènes — "Scottische des frères Guillemain" © Alain


En duo avec Marc, nous entamons la partie concert. Un "Bacchu ber" et une "Bourrée de Vouvray", donnent le ton. Magalie — recrutée au mercato précédent — lance la formule en grand ensemble, avec un morceau qu'elle démarre à 200 km/h. Puis, introduits par quelques incursions en solo, les dix vielles (sopranos, altos, ténor) du Paratge des Sirènes sonnent d'un même élan : c'est un véritable décathlon viellistique.
On exhibe la jeunesse, Fabien montre qu'il est un vielleux bien fait de sa personne ; on est fier de notre sage Patrice-quarante-ans-de-vielle-vous-contemplent, lorsque ce dernier prouve qu'il a du thème jazz à revendre ; Marie, Jean-Brice et Pierre taquinent la "Bourrée à Aurore Sand", Thierry démontre qu'il est le b-boy du groupe, Alain fait péter la Chougnard® dès que le reste du groupe se traîne. Chacun lance un morceau, les tourneries rivalisent. Pour se distraire, nous brouillons les pupitres avec un "Ballo francese" bien coloré, puis avec une pièce empruntée à Емир Кустурица*, "Underground".




Le Paratge des Sirènes — "Bourrée" © Alain



Rentrée des classes oblige, le public est dissipé : ça papote, ça vanne, ça pouffe ; pas de doute, il y a bien un lot d'instits (récemment à la retraite, pour la plupart) dans le public !

Le répertoire se poursuit jusqu'à ce que les étoiles s'emparent de la voûte. Avant la minuit, les chanterelles reviennent se caler dans le bois, les ceintures se détachent en silence. Les dix vielles ne résonnent plus que par sympathie, il est grand temps de se donner rendez-vous pour l'année prochaine.

Une fois, encore, les jardins de Marc et Kakin ont tenu leur engagement : faire de cette soirée septembrional, un partage de bel enchantement…


Pascal


* Pour les quelques-uns qui n'ont pas opté pour le serbe en première langue : Emir Kusturica

jeudi 7 septembre 2017

L'Écho des Sirènes, juin 2017

© Pierre Tissot
Pierre, disparu de la salle de rédaction depuis le printemps, n'est toujours pas revenu avec le pévé de la réunion viellistique du mois de juin.

Ne désespérons pas, son papier nous arrivera un jour…