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mercredi 25 juillet 2018

L'Écho des Sirènes, juillet 2018

© Pierre Tissot
En ce premier mercredi 4 juillet, fête nationale des Ricains qui nous passèrent devant de 10 jours en ce qui concerne le feu d’artifice et le bal musette, je suivai un nouveau jeu de piste où le fléchage « spiruline » me mena aux jardins de M, la maudite vielleuse aux mille noms.

Sur les hauteurs de Tourbes, je pénétrai en un jardin pas plus anglais que français, orné d’arbres fruitiers, d’oliviers et autres plantes qui offraient un ombrage bienvenu. Un hameau de mobil homes, de serres et de tentes diverses, balayé par le ballet des courants d’air frais. Un havre.

Balayé par le ballet des courants d'air frais, un havre… © M., la maudite vielleuse aux mille noms

J’y trouvai, dans un premier temps, Thierry et Jibé, qui venait de tirer sa chemise à Magnum, Pascal et sa coiffure du célèbre Paul Hochon, Pat bien moins chevelu mais du coup plus brillant, puis, nous fûmes rejoints par notre hôtesse qui proposa des rafraichissements bienvenus

Tel un équipage faisant escale dans l’île d’Ayayé, l’ambiance était d’emblée à la détente et, comme le remarquaient Pascal et/ou Patrice, nos vielles semblaient plus un prétexte que le but de nos retrouvailles. Alors que nous nous demandions des nouvelles de probables absents, Camiiiiillle, anesthésiant, Ana, voyageant dans le bordelais, Zack, disparaissant comme colombe en bazooka, Flavia désistée pour raison de santé, Alain de pas si loin que ça, et Fabien « qu’est-il donc devenu » ; ce dernier et sa douce apparaissaient tout en pétillement et sourires. Les bonnes nouvelles n’arrivant, jamais seules, Pascal nous apprenait que Marc daignait sortir de sa Thébaïde, ce qui est toujours plus élégant que de dire qu’il sort de Clapiers, histoire d’y perdre son lapin. À peine Fabien et Neige accueillis, que se découpe dans l’arche des arbres la silhouette de Kakin suivie de Marc et son bagage à roue. Le temps de claquer quelques bises, comme dirait Éole qui savait d’une main ferme mener ses grands airs comme ses petits, et voilà qu’advient Alain, en proche voisin.

Fabien, moustaches et fières rayures © Jean-Brice

Fabien et Thierry, sobrement assis sur des chaises à rosé © Jean-Brice

Dire l’équipe au complet serait manquer de courtoisie envers Marie, qui nous offre souvent de belles traversées du dessert, et Max, vielleux chougnardophile bienveillant.

Entre deux charades, nous admirons la nouvelle Havond de Marc. De là, à prétendre que Marc a une allure de porte Havond, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas de peur de passer par-dessus le bastingage. Finalement, notre luthier des sirènes commence à multiplier les vielles comme d’autres les poissons. Entre la découverte des toilettes sèches et les ramures du figuier, nous devisons sur le futur évènement de 2019, à savoir l’Anniversaire des sirènes. Les vielles sortent enfin et nous enquillons quelques ritournelles de ci de là, histoire d’avoir la conscience tranquille, tant on sent l’appel (de brasseur) de la bière, de la cahouète et du rosé (version sirénesque du "Le loup, le renard et la belette") se faire pressants. Avant que Thierry n’ait pu commencer à râler « et l’apéro… », nous y sommes. Je profite de la détente pour croquer mes comparses en gribouilleur occasionnel, cependant qu’arrive un couple visiblement inconnu de la plupart, qui rappelle à certain la grande époque de la Perle Noire et de ses invités mystères. Il s’avéra, qu’il s’agissait du maire de Tourbes et de son épouse venus rendre visite aux hurluberlus à manivelle, qu’il accueille dans le foyer de sa commune. Après les charades nous contrepétons quelques peu avant que ne s’entame La discussion de circonstance : LE FOOT.

Le onze finaliste : la dream team du Paratge © Kakin

Une page de pub : Chougnard répar’, chougnard remplace.

Revenons à la rencontre, en parfaits Baille cœur (elle est bonne ma prononciation, Magalie ?) nous posons devant nos instruments sur béquille. Puis, nous reprenons l’apéro ; ça bavarde dans tous les coins ; Pat aussi à l’aise dans les cantiques que dans le quantique, nous propose un problème de café à 10 € (tarif montpelliérain, au bar) tout le monde semble mystifié quand t’un hic, enfin décelé dans le postulat, met le problème à plat. S’ensuit une discussion sur le sexe des anges, comme quoi un « zeste de cantique quantique et on les tutoie » — Emmanuel Kant.

Pascal, Marie et Magalie travaillent sérieusement… © Jean-Brice

… pendant que Pierre, Thierry, Marc et Alain gèrent tranquillement © Jean-Brice

… et que Patrice trafique le turbo de sa vielle © Jean-Brice

Revenons à nos Kanterbrau, l’apéro se poursuit et l’odeur des sardines grillées vient titiller nos narines, nous avertissant que l’opération barbe Q (célèbre inventeur de gadget jamesbondien) vient de démarrer. La soirée s’étire. D’un côté on repart sur le foot, de l’autre on converse sur l’histoire des religions, près du feu ça vielle en devisant sur le trad et autres, les femmes de vielleux échangent sur leurs tympans qui saignent et le temps passe (je sais, elle est facile, mais je ne fais jamais dans la difficulté). Quelle belle famille, en somme ! Tiens à propos de somme, sentant l’alourdissement de mes paupières et profitant de l’aspiration créée par le départ de Marc et Kakin, je m’escamote dans les ténèbres et la verdure, suivie de Marie qui malgré ces deux derniers jours avant les vacances, tient à arriver à l’heure le lendemain. Qui a dit que les profs étaient des jean-foutre ?

Presque aussi beau que le Festival d'Ars ! © M., la maudite vielleuse aux mille noms

Rendez-vous est donné au premier Paratge 2018/19, dans le désormais célèbre jardin de Kakin et Marc. Et pas de lapin !!!

J’y viendrai. Cochon qui s’en dédit, comme le prétend Circé..


Pierre

mercredi 27 juin 2018

L'Écho des Sirènes, juin 2018

© Pierre Tissot
Mercredi 6 juin.

Point de pâté de chat ce soir, car point d’ami Pierre non plus. Inquiets, nous nous interrogeons : le Minoutore serait-il finalement sorti vainqueur de leur combat nocturne dans le labyrinthique oppidum lors du Paratge du mois dernier ? Sans l’aide d’Ariane, Pierre aurait-il filé à l’anglaise, ou pire, serait-il encore enserré dans ses ruines d’Ensérune ? Quoi qu’il en soit, appelons un chat un chat : pas de minet au menu ce soir.
D’ailleurs, pas de pâté du tout, car Thierry est retenu par une Italienne répondant au doux nom de Sciatique.

Ça ne se bouscule donc pas dans le premier atelier aux côtés de notre émérite maître de cérémonie, j’ai nommé Jean-Brice-Castanha, qui porte tout de même trois prénoms cela dit en passant. En indéfectible premier de la classe, Alain est là dès avant l’ouverture du foyer, et Ana est venue fort heureusement rattraper quelque peu l’effectif de l’après-midi. Le trio potasse une version très locale de "Derrière chez nous" quand arrive Donominalexandrinadjiunmiliagalie, qui s’installe brièvement.

Sur ses talons, Flavia fait son entrée, et calme bien vite l’enthousiasme ambiant que suscite son arrivée : notre dernière conquête nous annonce pleine de remords dans la voix qu’elle est venue rendre sa vielle. Malgré toute son envie d’en jouer, son poignet gauche cassé il y a un an l’en empêche, et transforme ses séances de vielle en scènes de torture. Elle court aussi le risque de ne plus pouvoir jouer de la guitare, qui est son gagne-pain. Piteux et dépités, nous encaissons la nouvelle avec désarroi, avec pour seule consolation l’assurance de n’avoir pas compté dans nos rangs une adepte forcenée du masochisme. Las, nous recevons le poutou et l’accolade finale de celle qui aurait dû vieillir avec nous et qui prend une autre route, semant dans son sillage le souvenir de sourires enfantins, de chiens de un, et de yeux émerveillés au son de la vielle.

Flavia, sourire enfantin, et yeux émerveillés au son de la vielle d'Alain © D…e

Il nous faut manger ou boire quelque chose pour encaisser le coup. En l’absence de Thierry et de ses attributs œnoliques, et tel un bon homme nous offrant le consolament, Jean-Brice dégaine une fouace. Et là, un miracle s’opère : dans un élan de mimétisme créateur, soudain Ana produit exactement la même. C’est la multiplication des pains ! Un véritable mystère cathare vient de se produire aux pieds de l’église de Tourbes. Pour ne pas risquer d’attirer l’attention ni les soupçons de l’Inquisition quant à une possible hérésie au sein du Paratge*, je lève immédiatement le voile sur ces faits authentiques : le 4 octobre, Jean-Brice avait récupéré la fouace d’Ana, délaissée et intouchée, l’avait congelée chez lui, et devant l’insistance de son épouse, l’avait dégelée et rapportée au Paratge ce jour. Cette phrase constitue au demeurant un exemple éloquent du rôle de l’antécédent grammatical complet par opposition à celui de l’antécédent partiel dans la reprise d’un syntagme de possession par un pronom personnel complément. À vous de jouer !

Bonne femme et bon homme cathares multipliant les fouaces © D…e


À l’instar des fouaces, les paratgeaires commencent à se multiplier eux aussi avec l’heure qui tourne. Culminant du haut de son mètre 90 et de son prénom, Max nous revient ce mois-ci sans vielle. La sienne est en réparation chez Thierry, notre luthier-Père-Noël attitré. Mais calendrier de l’Havond oblige, Max ne la récupérera pas cette fois-ci. Sautant sur l’occasion, Jibé troque la fouace pour la farce, révélant ainsi son côté obscur en plein jour : avec le talent d’un Macron, Jean-Brice fait marcher Max en lui faisant croire que la vielle rapportée par Flavia est celle que Thierry lui rend. Et comme avec l’électorat français, ça marche ! Ça court, même ! L’air contrarié, Max se renfrogne, se met à bougonner, puis commence à râler. Juste avant que la vielle de Flavia ne passe par la fenêtre, Jibé met fin à la farce et à la fronde, et nous reprenons le cours de nos ronrons à la manivelle.

Ah, voilà d’ailleurs Marie, de son patronyme « Friedmann », ce que certains piètres linguistes traduisent à tort de l’alsacien par Marie « Et-le-dessert ». Nous reprenons l’air derrière chez nous et trouvons là un terrain d’entente pour combiner artistement les versions oïl et oc de cette bourrée à 2 temps. Sous le dressage de Marie, les vielles finissent par aboyer comme de mignons chiens croisés Berrichon Biterrois.

Il est 19 heures. The Papas arrivent sans the Mamas. Pas de "Monday, Monday" dans l’air, surtout qu’on est mercredi, ni de "California Dreaming", mais un Patrice et un Pascal qui font quand même rêver. Au moins jusqu’à ce que Patrice lance sa première remarque sur l’actualité du rugby, c’est-à-dire en moyenne 27 secondes. La première passe va toujours vers JB, qui tente l’essai ou fait une chandelle pendant que la plupart des autres paratgeaires bottent en touche. Heureusement, c’est bientôt la Coupe du Monde de Football, ce qui permet de changer de sujet.

La vielle à roue, un sport de haut niveau © D…e


Comme lors du décès de Johnny, S.A.M.M.A.N.D. est la seule à ne pas être au courant. Ne pas avoir la télé fait vraiment courir le risque de passer à côté des choses essentielles.

Or, donc, nous rassemblons nos esprits et nos talents harmonieusement complémentaires pour esquisser un "Derrière chez nous" de derrière les fagots. Marie prend les devants et des notes dans le calepin dédié au répertoire des 10 ans du Paratge.

Enfin, l’heure du pâté a sonné, mais c’est un glas. Ce soir, pas de charcutaille ni de trucs gras autour de la table. Les Gaulois se nourrissent désormais au sain et au bio. Même le dessert (de Marie est un pléonasme à proscrire ici) est dépourvu de gluten. Le comble pour des gloutons, qui se régalent à l’unanimité des petites madeleines à la farine de châtaigne, à la crème de noisette et au sésame.

Comme d’habitude, on échange longuement des nouvelles, des connaissances, des bons mots, des souvenirs et des spécialités. Comme d’habitude, on papote, on s’exclame, on rit fort et on fait tourner les plats. Comme d’habitude ça se termine par une scène de ménage soigné qui efface toute trace physique de ce qu’il s’est tramé en ces murs pendant quelques heures. Les esprits et les cœurs, eux, sont pleins. Comme d’habitude, quelques inséparables ont besoin d’un peu plus de temps pour se séparer. Comme d’habitude, on paratge.



D…e


* En français du XXIe siècle, on ne parle plus de soupçons d’hérésie par l’Inquisition mais de soupçons de « dérive sectaire » par la Miviludes.

mercredi 20 juin 2018

L'Écho des Sirènes, mai 2018

© Pierre Tissot
Mai 2018 : « sous l’épave est le Paratge », proverbe des sirènes, c’est donc avec joie que je cinglai toutes voiles dehors vers ce galion à la recherche de trésors viellistiques. Ma foi, je partai seul et ils étaient dix, selon les manivellants, ½ selon la police maritime.
Alain, Marie, Thierry, Jibé, une nouvelle de la dernière fois dont pour ne pas changer des habitudes j’ai oublié le prénom (un toc, chez moi), les pépés : Pascal & Patrice, celle qui se nomme de mille noms, Marie la reine du dessert, Max, et si ça se trouve, j’en oublie, tellement cet Écho revient de loin et a failli ne jamais revenir !

Que dire ? si ce n’est qu’une fois de plus l’ambiance était au rendez-vous, avec, en plus, l’objectif de préparer l’an prochain.
Du coup, après un travail de chien pour éviter la chienlit (autrement appelée la niche), nous travaillâmes l’organisation des morceaux, l’orchestration et autres joyeusetés ; alors, que j’étais de plain-pied dans cette atmosphère, un coup de téléphone me happait vers des obligations professionnelles dont je me serais bien passé.

Du coup, les studios, on embraie sur la chroniqueuse aux mille noms.

Pierre


Max et Alain : le Clan des Chougnards © Jean-Brice


   Pendant ce temps, côté chapelle, Thierry formait Flavia sur le maniement de sa vielle Havond, tandis que Pascal et Magalie devisaient sur la vie et la mort. Puis, par un jeu de chaises musicales, Magalie mania l’Havond avec Thierry, et Pascal accompagna Flavia dans la prise en main de l’instrument.

Enfin, comme chaque fois, arriva l’heure du banquet :

Nous sommes en 2018 après Jésus-Christ. Tous les membres du Paratge sont occupés à fêter le retour mensuel des héros languedociens de la vielle à roue autour de quelques pâtés de sanglier.
Tous ? Non ! Seul un irréductible viellix résiste à l’appel irrésistible de la cervoise et de la convivéncia. Car la vie n’est pas facile pour un Granbonomme de faction dans l’oppidum d’Ensérune à notre époque. Tiré de sa mensuelle séance de giroflexions par son telephonum gestabile, notre légionnaire des temps modernes dut voler en toute hâte à la rescousse de son museum apparemment sous le feu d’assauts ennemis. Et, une heure plus tard, tandis que ses coreligionnaires ripaillaient gaillardement sous les étoiles de leur chapelle, ils apprirent dans un grand éclat de rire que l’assaillant était un chat. Preuve que les Barbares étaient doués du sentiment d’empathie, ils ne purent s’empêcher d’imaginer l’ami Pierre passant sa soirée désespérément seul dans un dédale d’antiques couloirs obscurs.

Pas sûr que les pâtés du prochain Paratge seront au sanglier…


Domina Nomina Milia



Course à la chouquette : stratégie © Jean-Brice

mercredi 2 mai 2018

L'Écho des Sirènes, avril 2018

© Pierre Tissot
Mercredi 4 avril 2018.
La vielle est studieuse en ce premier atelier du premier mercredi du mois. Jean-Brice, Magalie, Thierry, Ana, et Alain actionnent doctement la manivelle pour faire tourner l’"Adèle", qui commence à tourpiner et tourniquer avec grâce. D’ailleurs, l’hygrométrie est retombée en cet après-midi ensoleillé, et c’est dans une atmosphère exempte de toute moisissure, effluve ou microbiote humecté, qu’une nouvelle présence vient fort à propos se glisser dans le cercle des gyrovielleux. Une présence féminine, toute neuve et toute fraîche, avec un sourire et un nom qui illuminent ce jour : Flavia !


L'harmonie d'un Paratge où règne la parité © Ana

La fée se glisse (non, Pierre, pas la « fée Romone ») discrètement entre Magalie et Thierry, qui la flanque en vingt secondes chrono d’une superbe vielle Havond® sur les genoux. Fin prête à entamer cette nouvelle partition de sa vie, Flavia reçoit comme il se doit les rudiments de l’art des sonneurs à roue en quelques minutes bien ficelées. Et c’est la révélation. Dès les premiers tours de manivelle, son visage s’illumine. C’est sûr, elle sait entendre le son sublime inscrit dans le tréfonds de notre mémoire cellulaire, celui de la vielle à roue et d’autres, perdu dans le vacarme des canons des musiques qui nous conditionnent. Elle est conquise, et produit fièrement ses premiers coups de trompette avec la régularité d’une horloge suisse.
Alors, avec JB aux platines et Flavia au chien de un, le wagon des vielles s’ébranle et reprend sa ronde mue par le blanc-sec. Tout s’équilibre et atteint l’harmonie d’un Paratge où règne enfin la parité.


Le Paratge : un panorama de caractère(s) © Ana


Le Paratge : triptyque 1 © Ana
Et là, le miracle se produit : Marie fait son entrée, faisant par là-même basculer le groupe dans une configuration inédite : la majorité du Paratge est en cet instant constituée de femmes ! Marie, Ana, Magalie et Flavia surpassent numériquement Alain, JB et Thierry. Ce n’est pas encore le Paratge des six reines, mais on s’en approche. Il règne à cet instant une douceur et une harmonie qui transfigurent la salle de musique et font sonner les vielles comme les trompettes de Jéricho. Les esprits de Christine de Pizan, d’Olympe de Gouges, Angela Davis et de toutes les suffragettes viennent envelopper de leur bienveillance le Paratge, qui vit à ce moment un instant d’éternité. Les quatre sirènes convoquent dans leur cœur le souvenir de George Sand, qui leur octroie le titre de maîtresses sonneuses.
Puis Pascal arrive. Mais Alain s’en va. Ana part retrouver Pablo. Flavia promet de revenir la prochaine fois

Les cartes rebattues, nous sommes cinq en lice pour attaquer la dernière ligne droite du Paratge.*
Le Paratge : triptyque 2 © Ana
L’heure est grave : la gente masculine ayant naturellement remis de l’ordre numéraire, Marie et Magalie risquent d’essuyer le sempiternel débat sur les derniers résultats du rugby. Nous ne craignons rien de Pascal : dénichant la vielle de Magalie sous la poussière, notre gentleman viellistique la pomponne à grand renfort de coton (la vielle, pas Magalie). Le danger arrive par Thierry, qui dégaine la première bouteille de vin et les gobelets. Alors Marie prend rapidement les choses en main : « Et si on faisait une liste de tous les morceaux que le Paratge peut jouer quand il se produit ? » Joignant le geste à la parole, elle sort un carnet et un stylo, et hop ! Les trois mâles se trouvent à plancher fiévreusement sur le sujet. Ils ont quinze minutes, au terme desquelles tout le monde se retrouve vielle en main à retravailler des morceaux joués depuis bientôt dix ans lors des joyeuses retrouvailles mensuelles du mercredi. Eh oui, en 2019, ça fera dix ans ! À l’évocation de cet âge respectable, la question de sa célébration s’impose de nouveau à nous.

Le Paratge : triptyque 3 © Ana
Comme l’esprit est à la production et la dynamique au travail, après avoir couché sur le papier la suite des morceaux choisis, nous accouchons sans douleur d’un calendrier festif pour la fin de cette année et pour les célébrations à venir : un ultime Paratge sous les étoiles de chez Magalie le 4 juillet pour fêter autre chose que l’indépendance du pays de Donald et Picsou, et l’Anniversaire du premier mercredi de mai 2019 pour les 10 ans du Paratge, patrie des parties de rigolades, confrérie de tourneurs de la dive bouteille et de la manivielle, territoire de gyrovielleustes bien embouchés et de médecins des bourdons adeptes d’Épicure et pas des piqûres.
Comme de coutume, ce Paratge a son épilogue sur le parking, où les ultimes forcenés ont pris l’habitude de deviser encore un peu à la belle étoile avant le baisser de rideau et le baiser de fin.


Alec-Sandrine


* « La dernière ligne droite du Paratge » ne peut en aucun cas s’appliquer à l’auberge espagnole, qui doit être qualifiée plus justement de dernière ligne tordue.



Mais il y eut un après Paratge du 4 avril. 
Le surlendemain, nous apprîmes tous que le grand Jacques venait de tirer sa révérence. Dans nos foyers, nous avons repris nos airs préférés à sa mémoire. Certains les ont-ils joués à la vielle, d’autres fredonnés, d’autres chantés à tue-tête, voyant sans doute ses souvenirs resurgir au-travers des notes ? 
Mais la poésie grandissant la fatalité, notre artiste Jacques ne voulut pas partir seul. Il voulut quitter ce monde avec générosité et panache, avec une jolie fille à son bras, et dit qu’ils feraient ainsi la route ensemble. Il ne voulait pas d’une petite jeune, non, mais une copine de son âge, avec qui il pourrait rigoler de cette même partie du monde et du temps qu’ils avaient traversée ensemble, chacun avec son existence. 
Et c’est ainsi que Suzy prit la route avec lui. Suzy !
Il l’avait chantée il y a bien longtemps, au faîte de sa gloire, Suzy qui rentrait du Minnesota et qui avait une « plombe de retard ». Cette fois-ci, elle fut à l’heure. Et comme il avait chanté qu’il était mort qui, qui dit mieux, et qu’il voulait cette fille, Suzy sut quoi faire. Elle prit son bras, et c’est ainsi qu’ils firent la route ensemble. 
Pour sûr, lorsque ces deux-là sont arrivés bras-dessus, bras-dessous devant saint Pierre, celui-ci a ouvert tout grand les portes du Ciel en criant « Champagne ! ».

mardi 3 avril 2018

L'Écho des Sirènes, mars 2018

© Pierre Tissot
Je dois reconnaitre qu’en raison d’obligations professionnelles, je ne suis plus dans les premiers à débarquer au Paratge, depuis quelques temps. Cependant, ce mercredi premier du mois, j’eus la bonne surprise, lors de mon arrivée au foyer rural, de voir notre Fabien et Neige sur le perron. Le vielleux ne réalise souvent pas la dose d’abnégation de sa moitié ; de là à dire que Fabien fait fondre Neige, il n’y a qu’un pas que je me refuse de franchir.

J’entre dans la salle d’étude, où la teneur en hygrométrie de la pièce en dit long sur l’intensité des exercices. J’y retrouve Alain, Magaline, Thierry et don Jibé en maître de cérémonie. Pour éviter de divertir la foule, je me sangle, je m’accorde et j’entre dans les exercices.
Les scottishes sont au programme ; les danses, pas le peuple qui inventa la journée de la jupe avant tout le monde. Fabien nous rejoint avec une auditrice de qualité, puis Marie, descendue de son poney, le talonne.

Je me sangle, je m'accorde, et j'entre dans un monde nouveau © Magandrie

Alors que nous suons sang et eau, nos duettistes montpelliérains apparaissent. C’est le moment stratégique où Alain a un lièvre sur le feu et Thierry propose un apéro.
On discute, ça piaille, on sent un certain relâchement, d’autant plus compréhensible que certains ont déjà quelques tours de roue dans le poignet. Du coup, la reprise est laborieuse, et lorsqu’il est question de savoir ce qu’on travaille, on a droit à un bouquet final sonore.
Au programme, du Eaton, du Stappleton, une "Touchia Zidane" sur ma gauche… qui dit mieux ? une fois, deux fois, ah ! je vois une "Almond and the Olive", dépassée par un "Spaghetti Panic", cependant qu’un "Francese" délaissé pointe le bout de son nez ; c’est ballot. Un "Kicksy Whisky", égrené sur tempos différents fait le tour de quelques vielles, avant que Patrice reprenne la main et fixe le curseur chronologique sur le Moyen Âge.
 Outre que ça ne me rajeunit pas (et que dire pour Pascal, qui est canonique), je découvre que Alexanlie fond pour le répertoire machiste du Guillaume (petite blague France Cul pour notre Bruno). Voyant cet engouement émouvant de la douce Magandrie, me reviennent en mémoire les paroles du "Moyenâgeux" de Brassens.

Après cet atelier en forme de tumultus gallicus, qui ferait ressembler une sortie d’armoricains gavés de potion magique à un défilé prussien, nous décidons de migrer vers notre réfectoire pour nous y sustenter. Je vous passe le florilège de blagues et autres conversations, car le programme musical précédent fut copieux et que ma mémoire flanche gravement après ces évènements.

Au prochain premier mercredi du mois…


Pierre