« Le paratge, pour les troubadours, est la reconnaissance chez l’autre, d’un ensemble de valeurs artistiques et humaines déterminant la noblesse de cœur caractéristique du monde roman ou occitan médiéval.
À Tourbes, les rencontres de ces musiciens sont basées sur le partage de connaissances viellistiques, sans hiérarchie, considérant l’équivalence de chacun. »
C'est
décidé : vous voulez acheter un bel instrument, et vous filez en quête du vide-grenier dominical, pour
dénicher la vielle de vos rêves. Une Pajot, une Pimpart, une Nigout, une
reluisante Chougnard® d'époque ?
Entre les
services en fausse porcelaine, les almanachs, les pupitres d'écoliers
et les copies de violon Stradivarius, vous avez, enfin,
repéré le stand où de jeunes gens qui ne savent rien à l'art et à la
poésie sonore se débarrassent d'une machine infernale qui prenait
poussière dans les combles de cette vieille maison de village achetée en
viager il y a si longtemps.
Voici les détails d'un instrument
nouvellement en vente, dont l'annonce vient d'arriver à la rédaction du Blog qui bourdonne.
Il serait dommage que cette vielle centenaire ne joue plus…
Vielle à roue Pajot fils de Jenzat, 1900
Fabriquée en 1900, la vielle est numérotée n°3.
Elle a subit les assauts du temps, mais, restaurée, elle fera le bonheur d'un musicien ou d'un collectionneur.
Vielle ronde.
Six cordes.
Tête sculptée.
Marqueterie et décors, sangle d'époque, pommeau blanc.
Instrument dans noter région : à voir, à Barjac (Lozère).
Prix : faire offre
Contact : leparatge [a] gmail.com
Mercredi 4 octobre, grand jour à plusieurs égards : un mois après la rentrée des classes, le Paratge fait la sienne à l’école de la Calendreta dels Polinets de Pézenas, et il a profité de l’été exceptionnellement chaud pour faire des petits : Gilles, dit « l’abeille », et Angel, font leurs débuts giroviellistiques. Des retrouvailles, du sang neuf, et, pour couronner le tout, c’est l’anniversaire de Magalie, qui a prévu cinq gâteaux, une caisse à champagne, des guirlandes et des cotillons, pour célébrer dignement l’événement dans une fête à tout casser.
À 17h30, on est… sept (sans les bleus) : Jean-Brice, Pierre, Fabien, Thierry, Alain, Magalie, et Ana, que Pablo a bien voulu nous prêter pour la soirée. L’habituel ovale se reforme, et Angel et Gilles se retrouvent prestement flanqués d’une élégante Havond sur leurs genoux respectifs. Pour tout dire, quelques mauvais esprits avaient imaginé les affubler d’essoreuses à salade pour leurs premiers tours de manivelle, mais avaient reculé devant l’article 14 de la loi du 17 juin 1998. Fraîchement équipés de leur vielle grâce à notre prévoyant fournisseur Thierry, Gilles et Angel commencent à écouter avec componction DJ JB leur transmettre les premiers secrets des maîtres tourneurs de manivelle. Pendant ce temps, Fabien, dont la chaise était sans doute restée trop près du radiateur, se met à s’agiter sur son séant, ne sachant plus comment se retenir de s’élancer dans un solo endiablé. Il doit néanmoins y parvenir, la mise en route d’un girovielliste neuf nécessitant quelques minutes. Nous pouvons, à l’issue de celles-ci, jouer tous de concert "La bourrée des frères Guillemain", avec Angel et Gilles au chien de un. Quelque temps plus tard, notre meneur à casquette nous présente une bourrée à deux temps aux accents furieusement orientaux : "La bourrée du hibou". L’effet est immédiat : les portables jaillissent de toute part en s’allumant, et viennent se dresser tout autour de cette mélopée orientalisante. L’instrument du IXe siècle dans une main, le portable dans l’autre, quelques viellistes décidés immortalisent la mélopée. La bourrée du بومة sera donc le prochain morceau à travailler pour le premier atelier.
Mais, alors qu’il n’y a déjà pas grand monde dans le paratge, voilà qu’Alain prend la poudre d’escampette, bientôt suivi par Pierre, qui laisse sa chaise encore toute chaude à Patrice qui arrive pour le second atelier. Fabien, ne tenant plus sur la sienne, lâche tous les gaz et s’élance enfin dans un duo endiablé avec son nouveau voisin. Après avoir accompagné et contenu Fabien, Patrice propose à son tour un morceau pour le second atelier. Est-ce le chlouc qui souffle un peu fort depuis la Tunisie, ce soir, mais voilà que nous apprenons que nous allons jouer la "Touchia زيدان (Zidane)". Les esprits s’emballent, et s’interrogent suffisamment fort pour qu’on les entende : c’est un morceau de vielle à roue à la gloire d’une touche mémorable de Zizou pendant un match ? Zidane a composé des morceaux pour vielle à roue après les matchs ? Qui c’est qui a écrit un air de vielle à roue pour Zidane… ? Maître Patrice rassemble les esprits égarés de ses ouailles et nous indique qu’il s’agit d’un morceau traditionnel du répertoire arabo-andalou, et que Zidane est tout de même un nom très répandu en Afrique du Nord. Et en remet une couche par mail, trois jours après, pour rectifier "Touchia Zidane" au lieu de "Touche à Zidane" que JB n’a pas manqué d’écrire à tout le monde.
Et la touchia étant en Algérie un prélude à la nouba, voici venue l’heure de la fameuse auberge espagnole du Paratge, véritable banquet gaulois qui clôt chaque aventure paratgesque pour la suite du Partage ; cette fois-ci, des saucissons, charcutailles, bons petits rouges, et bonne humeur générale. Ah, la pizza de Jean-Brice… ! Ah, les gâteaux de Marie… ! On se mettrait à la vielle à roue rien que pour y goûter chaque mois ! Bon, mais cette fois-ci, l’heure est grave, car Marie n’est pas là et c’est l’anniversaire de Magalie. Sur quoi va-t-elle planter ses deux bougies ? En plus, son ami Gilles l’abeille est parti lui aussi, ainsi qu’Ana, et il n’y a plus que six personnes autour de la table en formica. On se régale des contributions de chacun, puis au moment du dessert, Magalie dégaine deux gâteaux. Mais, tant pis pour les flonflons, le champagne et la tournée des grands ducs. Elle remballe son truc en plumes et sa démonstration de cancan. D’ailleurs, voilà qu’en troubadours fabuleux, Jean-Brice et Thierry entament un « Joyeux Anniversaire » toulousain tonitruant sur un rythme de samba, et entonnent à tue-tête « un an de plus qu’elle avait l’année dernière, un an de moins qu’elle aura l’an prochain », tout en filmant un vidéo clip mémorable que pourront visionner les absents, dont Patrice et Angel, bien trop absorbés par leurs discussions, pour se rendre compte de la folie qui s’était emparée de l’autre côté de la table. Bref, la fête fut en partie sauvée par le génie improvisateur de Jean-Brice et Thierry, et Magalie put ne pas pleurer en fin de soirée.
Le rituel balayage s’effectua autour de discussions sur la nécessité de commencer plus tôt le Paratge et de chercher de nouvelles pistes de lieux, mais s’acheva par l’oubli de la poubelle. Nous espérons que la Calendreta gardera un autre souvenir de nous…
Ce 4 septembre 2017 (jour de l'anniversaire de Denise Fabre), la cinquième édition de la clandestine « Fête de la vielle à roue » s'amorce, avec grands fracas de bourdons.
Comme chaque année, cette rencontre underground hurdy gurdy engendre l'exode de la population clapiéroise vers les jardins de Marc et Kakin. Anost, St-Chartier, Ars, et même le festival creusois Vielles etc. à Saint-Georges-Nigremont et le happening canadien Chants de vielles à Saint-Antoine-sur-Richelieu, nous envient pareil succès — et pareils jardins et pareille programmation — consacré à cet instrument singulier !
Côté cour, plusieurs surprises. Alain nous revient d'un été où la vielle est restée sagement dans l'étui ; il nous fait l'immense joie de nous rejoindre en pleine forme, rajeunit, derrière ses lunettes de songeur. Pierre serait venu à Clapiers, assurément, mais pas forcément le bon jour : « Allo, c'est bien demain mercredi, le Paratge hors-les-murs ? » Ah, ces artistes...
Entre rage de dents, maux de ventre, cœur fragile, l'on s'échange Efferalgants et autre potinga de mamée, mais tout le monde va bien. Nos vielles, à l'instar du vélo de Chris Froome, sont chargées comme une cobla de mules.
Même un oud malade, pétassé de sparadrap, se pointe. Petit diagnostic rapide du Docteur Havond, rendez-vous est pris pour un check up complet à la clinique tarasconnaise.
Le véritable remède, pour toutes et tous, est cette petite bombe anti-moustique, plus efficace qu'un concert de palmas à l'heure du loup qui pique. Avec ce service d'ordre réactif, les organisateurs soulignent combien la manifestation est considérée comme à risques.
Autre exercice dangereux : les vielles s'accordent. Ce n'est pas le meilleur moment de la soirée (de l'avis du public), mais il est nécessaire. Dix vielles, multipliées par une dizaine de cordes en moyenne par instrument, le challenge est ambitieux. L'on s'y applique. C'est un peu comme préparer l'apéro, avant un bon repas : indispensable, vital, collégial, mais il ne faut pas se manquer !
D'ailleurs, si les viellent commencent à briller, les verres tintent. Et, sur les tables, le banquet est au répertoire. Crevettes, moules, tiellettes, pain suédois, salades, douceurs ; du salé, du sucré, de l'aigre-doux, du léger, du costaud, tout est étudié pour éviter les carences.
Avec Marie et Magalie, nous cherchons à deviner quels sont les parfums qui se sont mélangés, dans l'après-midi, dans les grandes cuisines alentours. De son côté, Pierre échange ses connaissances sur les cailloux historiques avec un spécialiste (et cornemuseux), déjà rencontré ici l'an passé. Dans le même temps, Jean-Brice fait dans le footage people : casquette vissée sur le chef, il s'inquiète de savoir si des paparazzi l'ont bien repéré.
En duo avec Marc, nous entamons la partie concert. Un "Bacchu ber" et une "Bourrée de Vouvray", donnent le ton. Magalie — recrutée au mercato précédent — lance la formule en grand ensemble, avec un morceau qu'elle démarre à 200 km/h. Puis, introduits par quelques incursions en solo, les dix vielles (sopranos, altos, ténor) du Paratge des Sirènes sonnent d'un même élan : c'est un véritable décathlon viellistique.
On exhibe la jeunesse, Fabien montre qu'il est un vielleux bien fait de sa personne ; on est fier de notre sage Patrice-quarante-ans-de-vielle-vous-contemplent, lorsque ce dernier prouve qu'il a du thème jazz à revendre ; Marie, Jean-Brice et Pierre taquinent la "Bourrée à Aurore Sand", Thierry démontre qu'il est le b-boy du groupe, Alain fait péter la Chougnard® dès que le reste du groupe se traîne. Chacun lance un morceau, les tourneries rivalisent. Pour se distraire, nous brouillons les pupitres avec un "Ballo francese" bien coloré, puis avec une pièce empruntée à Емир Кустурица*, "Underground".
Rentrée des classes oblige, le public est dissipé : ça
papote, ça vanne, ça pouffe ; pas de doute, il y a bien un lot d'instits
(récemment à la retraite, pour la plupart) dans le public !
Le répertoire se poursuit jusqu'à ce que les étoiles s'emparent de la voûte. Avant la minuit, les chanterelles reviennent se caler dans le bois, les ceintures se détachent en silence. Les dix vielles ne résonnent plus que par sympathie, il est grand temps de se donner rendez-vous pour l'année prochaine.
Une fois, encore, les jardins de Marc et Kakin ont tenu leur engagement : faire de cette soirée septembrional, un partage de bel enchantement…
Pascal
* Pour les quelques-uns qui n'ont pas opté pour le serbe en première langue : Emir Kusturica
Il semblerait, que lors du dernier Paratge, le cahier dans lequel avait été brouillonné l'article résumant la soirée ait été dérobé par un fin connaisseur de littérature et de chose viellante.
Zut, nous ne saurons rien de cette soirée…
Pierre, dès que le document est retrouvé, fais-nous signe !