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mercredi 7 janvier 2015

L'Écho des Sirènes, décembre 2014

© Pierre Tissot
Pour ce premier mercredi du mois de décembre, nous nous retrouvions dans l'atelier du Pèr' Bruno qui, malgré la loi de séparation de l'Éclisse et de l'Étau, accepte que l'on vienne crécher chez lui.

Ainsi, nous, ravis de la croche, pouvions commencer le premier atelier. Au risque de se répéter, nous continuâmes sur ce qui fut entamé lors des Paratges précédents. Sans vouloir me livrer à un recensement, Ana, Alain, Thierry et compagnie, y allèrent d'une roue joueuse et volontaire.

On gare la voiture, et y'a pus qu'à ramer pour rejoindre l'Île d'Agde © Sylvia

Cependant que nous enchainons les exercices, sur un coin de table, Marie fait des devoirs ; de la voir si studieuse, on la devine enfant (sonnez hautbois, résonnez musettes).
Puis, l'ami Bruno nous invite à déconstruire et, en bon rémouleur, aiguise nos oreilles à ces rythmes de chiens peu communs. Rythmes qui, une fois maîtrisés, nous amèneront des îles aux airs des bohémiens.

Puis, c'est au tour de compère Pascal d'apparaitre, sans Patrice, qui nous joue l'Arlésienne.
On continue sur l'orchestration des scottisches. Une petite récréation, Sylvia ou Jibé lance le sujet des cinq ans du Paratge, c'est l'occasion de revenir sur les différentes personnes qui y sont passées, ainsi que des visites que nous reçûmes, telle celle de Daniel Frouvelle de l'albigeois, ou encore Juliette et Jean-Pierre, d'Outre-Rhône. Évoquant ces derniers, quoiqu'en Languedoc, nous nous sentons de Provence.

Dominique et Jean-Brice
dégustent amandes et olives © Sylvia
Bruno et Thierry,
un air de Frères Guillaumet © Sylvia
























On reprend encore une tournée avant l'heure de la bouffe, puis nous mettons les tables et, pour finir l'année, le bœuf réchauffe l'atmosphère : "The Almond And The Olive" s'improvise entre Pascal et moi et un morceau des Frères Guillaumet.

Nous avons des hôtes à table, ça mange et ça discute dans tous les coins de l'atelier, le tout ponctué d'un verre de vin, qui descend dans l'estomac comme un petit Jésus en culotte de velours.

À la nuit bien avancée, nous nous séparons et nous donnons rendez-vous l'année prochaine pour la venue des roues à mages.


Pierre

dimanche 28 décembre 2014

Ronde de ramoneurs

Selon l'adage, indubitable en cette fin d'année, « Sonnez hautbois, résonnez musette », c'est notre ami cornemuseux et iconographiste Jean-Luc Matte qui s'annonce au sortir de la cheminée. Sûr que la Noël est un moment de délices et de papillotes chez nous, Jean-Luc nous envoie un joli cadeau en corps de luth : un tableau du peintre Édouard Sain.

Né en 1830, à Cluny (zut, à quelques jours près, nous ramenions des Archives départementales de Saône-et-Loire quelques informations supplémentaires sur ce Bourguignon !), mort en 1910, à Paris, Édouard Sain était l'un de ces peintres à qui nous devons d'avoir immortalisé le quotidien du petit peuple français du XIXe siècle.
Sachant que Sain débuta au Salon de peinture de 1853, nous avons là l'une de ses premières réalisations, exposée lors du Salon de 1857, et commentée dans les pages du journal L'Illustration.


Ronde de ramoneurs, Édouard Sain © L'Illustration

Un tableau qui nous rappelle que notre instrument eut grande renommée en pays de Savoie, grâce aux petits ramoneurs (chers à Jean-Michel Caradec). Lorsqu'ils ne préparaient pas le terrain au Père Noël, ces jeunes gens redescendaient de leurs échelles, se nichaient au coin d'une rue, et exhibaient leurs marmottes ou faisaient grincer la vielle, pour divertir les passants et gagner quelques liards.
Même Victor Hugo parle d'eux, dans "Les misérables" :

« Il tourna la tête, et vit venir par le sentier un petit savoyard d’une dizaine d’années qui chantait, sa vielle au flanc et sa boîte à marmotte sur le dos ; un de ces doux et gais enfants qui vont de pays en pays, laissant voir leurs genoux par les trous de leur pantalon. »


Pascal

mardi 9 décembre 2014

L'Écho des Sirènes, novembre 2014

© Pierre Tissot
Ce premier mercredi de novembre, c'est le nouveau déménagement : nous quittons la Rue de l'Amour pour nous retrouver Rue Chassefière, côté Place de la Marine, où Bruno nous accueille dans son atelier. C'est, désormais, notre nouveau point de chute.

Cela peut ressembler à une réduction de voilure, en terme d'implication municipale, sans doute, mais pas en terme d'implication musicale. D'ailleurs, en-dehors de Christiane, dont on constatait l'absence le mois dernier, et de Pascal, qui semble jouer à la chaise musicale avec Patrice, tout le monde était là.

Rue de l'Amour chassée, le Paratge arrive Rue Chassefière © Sylvia

Bruno profite du premier atelier, pour faire de la place dans son atelier. Nous attaquons sur des exercices de placement de coups de chien, puis nous embrayons sur un morceau, "Dempui Tiesac".
Ana est un peu sur des charbons, car elle attend Sylvia, sensée lui apporter la vielle de Jean-Paul (Dinota), en location. Quoiqu'on paraisse de marbre, nous sommes aussi intrigués, car c'est toujours une joie de recevoir une nouvelle vielle dans notre groupe. Alain pose des questions concernant le coup de chien. On discute le bout de gras avec Bruno et Thierry, puis on voit apparaitre Sylvia, suivie par Gilles, encombrés de deux vielles.
Nous découvrons la vielle en même temps qu'Ana — ce qui est un peu faux, concernant Jibé, Marie, Sylvia et moi, qui l'avions vue et entendue lors de notre périple à Anost.

Ana et sa nouvelle Dinota, entourées de Pierre et Alain © Sylvia

On attaque, alors, la déconstruction, suivant un planning déjà établi lors de Paratges précédents. On en ch…, encore et toujours, mais « c'est pour notre chien », dixit Bruno. Tout se déroule dans une bien bonne ambiance et on se dit que, finalement, ce refuge est un bien bon endroit. Patrice et Max arrivent, cependant qu'Ana et Alain, leurs cartables pleins de travaux, nous abandonnent jusqu'à la prochaine rencontre.

Chez les confirmés, Lefeuvre est à l'honneur ; on revoit les quatre scottisches et on avance. Puis, vient le repas, moment de convivialité et de rigolade, en vrac des bons mots, de bonnes blagues plus ou moins grivoises, le Vilhomet nous avoue sa passion immodérée pour l'astrophysique (il passe, avec brio, du cantique au quantique), Bruno nous parle de caisse de résonances en bidon, pas bidon, Marie et Jibé nous parlent d'un système vraiment taupe concernant le jeu de doigts sur la poignée, un truc qui les a scotchés, ça blagoune avec Thierry, discute morceaux médiévaux avec Max et Patrice…

Sylvia, enluminée et lumineuse © Jean-Brice

Mais le clou, car clou il y eut, c'était… c'était l'anniversaire de Sylvia ; on ne dira pas son âge, car ça ne se fait pas avec les damoiselles, mais elle a encore du souffle pour les bougies. Comme cadeau, elle a eu droit à des cours particuliers, quand elle veut, avec plusieurs membres du Paratge : elle qui court le stage de France et de Navarre, ça va alléger sa taxe carbone.

Une belle rencontre, une fois de plus, à mettre à l'actif de cette Sirène qui nous offre des échanges sans queue de poisson.



Pierre

mercredi 19 novembre 2014

Rhââ lovely hurdy gurdy

En ce 19 novembre, Journée mondiale des toilettes publiques, fléchissons-nous un instant sur un moment de grâce de la carrière de l'un des auteurs du film "Les vécés étaient fermés de l'intérieur".
Si nous évoquons, à nouveau, ici, Gotlib, c'est parce que parmi les joueurs de vielle du Paratge des Sirènes, deux sont d'illustres athlètes gauchers, qui avouent avoir été grandement influencés, dans leur jeu inversé, par un dessin dudit auteur. C'est, probablement, vrai.

À moins, que cela ne soit le contraire.
Il est vrai, qu'après avoir reproduit, sur ses planches, The Beatles ou Frank Zappa, il manquait à Gotlib le dessin d'un autre musicien exceptionnel : le joueur de vielle. Tous les vielleux connus alors sont droitiers, comment le représenter la manivelle à gauche, si ce n'est en prenant modèle ?
Le voici, ce vielleux, fringant, vif et beau, comme un vrai, accompagné par deux autres musiciens traditionnels, un joueur de cornemuse (au profil ingrat, comme un vrai) et un percussionniste moyennement intéressé par le jeu du soliste (toutes les blagues sur les batteurs attestent cela), qui esquisse visiblement une polka piquée.


Le vielleur (gaucher) au chapeau,  © Gotlib

Même si, d'emblée, la filiation avec Le vielleur au chapeau de Georges de la Tour est frappante, il apparait que les traits au pinceau sont postérieurs à la période du peintre lorrain. Une analyse précise confirme que, comme nous l'annoncions plus haut, la toile doit bien être attribuée à l'humoriste d'origine hongroise, Gotlib.

Car il ne fait aucun doute que la scène ci-dessus est comparable à celles que nous avons l'habitude d'apprécier chez Gotlib.
Nous connaissons les personnages principaux de Gotlib : Gai-Luron, Superdupont, Pervers Pépère ; ses œuvres éternelles : Les Dingodossiers, La Rubrique-à-Brac ; ses publications, qui ont donné ses titres de noblesse és-bandes-dessinées à la France des années '70 : L'Écho des Savannes, Fluide Glacial ; et nous apprécions son humour noir, son art burlesque, son apologie de l'absurde.
Il est un maître dans ces exercices, à l'instar d'un Mandrika ou d'un Fred, mais qui n'ont, eux, parachevé leur œuvre en croquant notre chère boîte à bourdons.

N'empêche, ce menton et ce sourire à la Jim Carrey, difficile de ne pas croire que l'auteur n'a pas voulu caricaturer l'un de nos deux complices du mercredi…


Pascal

lundi 3 novembre 2014

L'Écho des Sirènes, octobre 2014

© Pierre Tissot
Le premier mercredi du mois, qui est le premier jour du mois : bonne conjonction calendaire, pour nous retrouver autour de notre instrument totem. Mais toute la tribu n’était pas au rendez-vous : l’insubmersible Sylvia n’a pu passer Montpellier, le gars Villômé était retenu au théâtre, Raphaëlle à Marseille, Christiane à la maison, quant au Sergio, nous l’espérâmes mais nous ne l’eûmes.

Pour le premier atelier, je m’occupe d’Ana, Alain et Thierry, pendant que Jibé et Marie planchent sur les prochains évènements du Paratge des Sirènes dans le cadre de L’Imagineïre.
Position de main sur la poignée, repérage du premier coup sur tour de roue, premiers exercices sur les deux premiers coups dans des formats de relâchés divers et variés. En dehors de Thierry, qui connait déjà la musique et en profite pour réviser, nos deux comparses s’escriment et voient le monde qui s’ouvre à eux, rien qu’avec cela. Puis, je passe la manivelle à Jibé et Marie, qui continuent le travail sur les mélodies, notamment un rigodon.

Jean-Brice rigodonne les mélodies © Pascal
Thierry, tout en longueur vibrante © Pascal












Les choses se font lentement, avec pédagogie d’un côté et entrain de l’autre. Ana nous apprend que sa Dinota ne devrait pas tarder à arriver sur ses genoux. Thierry, notre luthovielleux ou vielloluthier, me montre sa dernière modification sur sa vielle pour raccourcir la longueur vibrante de la corde, ingénieuse, efficace et esthétique. Jibé négocie une vente de vielle à Alain. Puis, c’est la Pause BN. Ana s’en va, la musette pleine de choses à faire avant le prochain Paratge.

Bruno ou l'art de déconstruire © Pascal
Pierre, coudes serrés dans la tourmente © Pascal












Vient le tour du Bruno, pour nous faire déconstruire. Pascal en profite pour nous rejoindre. Nous remettons en route son fameux système rythmique improbable, dont seul il a le secret, mais qu’il partage avec l’équipe. Thierry en a des battements dans les veines temporales, Jibé garde le tempo, râle, et se cramponne, Marie en a des crampes on ne peut plus crispantes, je me crampo-crispe en tirant la manivelle, seul Pascal manie vielle en douceur. Mais nous nous serrons tous les coudes dans la tourmente.

Pascal, le sépulcral © Pascal
Max, encodé au 33e degré © Pascal











Puis, Jibé suggère de passer à l’atelier confirmé, et là, choc. Il propose, en-effet, de retravailler le "Ridiculous Sisters", quand, tout à coup, Marie devient rouge comme Pépé dans "Astérix en Hispanie", et en prise à des ricanements nerveux. On découvre, alors, que le fameux morceau dont elle ne trouve pas le nom mais dont elle nous dit pis que pendre, depuis plusieurs répétitions, n’est autre que ces sœurs ridicules. Pour lui éviter une implosion, nous optons pour un autre morceau. 
Sur ce, nous arrive Max, qui entre dans l’atelier confirmé, atteignant de ce fait, le 33e de gré de l’initiation du Franc Manivellant — appelé, aussi, Ordre-du-chevalier-de-Septentrion-du-doigt-dans-la-roue-obsidienne-de-la-vielle-du-grand-Horloger. Don-Jibé, en tant que Grand Éveillé, lui donne son code Dropbox. Il nous accompagne, pour un travail sur la première des quatre scottisches de Lefeuvre.
On décompose, on apprend phrase à phrase, puis on parle orchestration. Pendant qu’on fait tourner le premier morceau, Pascal s’amuse à trouver des voix parallèles, suivi par Jibé. Ils donnent à la mélodie principale, un ton funèbre voire sépulcral.

Marie… un peu de douceur dans un monde de vielleurs © Pascal

Nous passons ensuite à table où, entre apéro, pizza Bricciotti, tielle de Sète, pâté sans pain et sucreries de Marie, nous devisons.
Bruno lance l’idée d’un travail sur une mélodie drolatique, on revient sur les voix funèbres du sombre Pascal qui nous évoquent la "Danse macabre" de Saint-Saëns, le pèr’Bruno propose que l’on joue pour des obsèques sous la pluie — ce qui sonne comme un oxymore —, puis nous dérivons sur ce que Marie appelle l’obsolescence programmée. Vient un sujet bouillant, la politique. Bruno nous entretient du système de mise en orbite sur Mars du satellite indien, que ne renierait pas Thierry-la-Fronde. Enfin, il nous dépeint, avec sa gouaille habituelle, les vies et fins de vies mouvementées du quartier, qui nous propulse dans une ambiance que ne renierait pas Villon.

Paratge septet : un dernier Hymne à la Rue de l'Amour © Pascal

Avant de nous séparer, nous disons adieu à notre bon vieux salon de coiffure, puisque nous décampons le mois prochain dans un autre atelier qui reçoit notre caravane viellistique.
Nous en aurons connu des points de chute, depuis les débuts du Paratge : Cœur de ville, Perle Noire, Pôle des Métiers d’Art, Rue de l’Amour.

Précisions seront faites pour donner le lieu de notre prochain Paratge.



Pierre