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mardi 24 décembre 2013

Une vielle à roue dans "Le Pôle Express"

"Le Pôle express" est un film d'animation américain, réalisé par Robert Zemeckis ("Retour vers le futur", "Qui veut la peau de Roger Rabbit", "Forest Gump", etc.), il y a dix ans, et sorti en France en décembre 2004. Il s'agit d'une adaptation du roman "Boréal-express" de Chris Van Allsburg. Cet auteur n'est pas franchement connu du grand public, mais son œuvre se résume, aussi, à la publication de "Jumanji", en 1982, dont l'adaptation cinématographique, avec Robin Williams, fut un beau succès.

Aussi surprenant qu'un sautereau qui se retourne en plein jeu, une vielle à roue joue sous les dessins de cette talentueuse équipe de graphistes. Et si, dans le rôle principal, c'est Tom Hanks qui prête sa voix au personnage, la distribution ne nous renseigne pas, hélas, sur celui qui tourne la manivelle pour de vrai. N'en déplaise, gageons que c'est un peu le métrage auquel aurait rêvé de participer, pinceaux dans la pince et pommeau dans la paume, notre Pierre, doué pour les deux arts.

Dans cet extrait, la vielle apparaît par deux fois, jouée par une sorte de Woody Guthrie qui aurait accroché, sur son dos, non pas une machine à tuer les fascistes, mais un instrument à roue qui effraie les flocons de neige. Le musicien ne terrorise pas davantage, mais son arme (un beau calibre de Chougnard®) est bien plus redoutable que la Winchester du chasseur de "Jumanji" !




Si le petit garçon de l'histoire commence à douter de l'existence du Père Noël, qu'il monte dans ce train un peu mystérieux en direction du Pôle Nord, et qu'il rencontre cet instrument magique, il doit y avoir une raison qu'aucun psychanalyste ne saurait réfuter, non ?
Sans trop savoir que penser de cette métaphore, c'est un superbe dessin animé, unique en son genre, grâce à cette vielle à roue, dont on peut se demander, ou non, par quelle imagination elle se trouve et bourdonne là.


Pascal.

samedi 14 décembre 2013

L'Écho des Sirènes, novembre 2013

© Pierre Tissot
Et bien voilà, pour novembre, on va faire maigre.

Va falloir se dégourdir les nerfs auditifs, jouer des étriers pour percevoir L'Écho des Sirènes.

Et, au risque de passer par dessus le bastingage, Ulysse n'a plus qu'à tendre ses portugaises pour capter quelque chose.

Le bizutage de Thierry : Patrice pose son empreinte digitale sur la roue colophanée © Pascal

Pourtant, il y a eu foule, du Thierry de Tarascon, de la Marie biterroise, du Jibé, du Bruno, du Patrice en passant par Pascal, de l'indéboulonnable Sylvia, et j'en oublie sans doute. En bref, une belle brochette !

L'auberge espagnole fut, une fois de plus, un florilège d'échanges et de bons mots, de blagounettes, de blagounasses et autres délires. Et pourtant, tout est trop flou, à présent, pour que je puisse en faire une saine chronique.

Brochettes espagnoles et florilèges de blagounettes : l'art de la déconstruction © Pascal

Que dire…

Si, si bien sûr, nous eûmes trois ateliers forts bien fournis.
Un 16-18, avec exercices de chien, travail à jeun sur des bourrées et autres. Un 18-20, tout en déconstruction, avec du cinq temps en mission impossible. Un 20-22 et son 5/8 européen, et métronome pour caler tout ce beau monde.
Une sortie après repas, où on se sent lestés de travail fait et à faire.

20-22 sur 5/8 pour 6 : faîtes vos jeux ! © Pascal

Mais tous ces lâchages de têtes qui font la cerise sur vielle du Paratge, tout ça est enfoui et enfui. Une fois n'est pas coutume, je suis lapidaire.


Pierre



Pendant ce même mois de novembre, à Questembert, nos amis Denis Siorat et Marc Anthony, accompagnés par Gurvan Liard, créaient l'association Vielle à Roue en Bretagne, dont l'objet est de promouvoir et développer, par tous moyens et tout type d’évènement, la pratique de la vielle à roue (collecter la tradition et ouvrir sur l’innovation, favoriser l’apprentissage, soutenir la création, etc.).

À l'instar d'un Paratge des Sirènes en Languedoc, cette asso va organiser des journées de découverte et de pratique, ambitionne également de participer à des fêtes et rassemblements, et s'autorise l'idée de se déplacer pour des festivals tels que les Rencontres d'Ars, la Fête de la Vielle à Anost, le Festival de Combrailles, etc.

Vielle à Roue en Bretagne © Anonyme

Si, comme notre ancien paratgiste David, vous êtes dans ce coin de la France de l'Ouest, n'hésitez pas à contacter Michel Lemeu ou Marc Anthony, pour vous annoncer.

jeudi 5 décembre 2013

À vendre : des vielles Pimpard et Pajot

Vous recherchez la vielle de vos rêves secrets ? Une Pajot, une Pimpard, une Nigout, une reluisante Chougnard® d'époque ?
Cette page est pour vous. Ici, vous trouverez l'instrument désiré. La vielle à roue tant attendue. N'hésitez pas !
Mais attention, un seul conseil délivré par le Paratge des Sirènes avant le grand saut : une vielle, c'est comme un aquarium d'eau douce ; son entretien est un engagement impitoyable, la moindre erreur est fatale au biotope de l'instrument. Lors, vielleuse, vielleur, qui allez acquérir votre première boîte à roue, ne négligez pas les soins et les sentiments donnés à l'animale. Coton, colophane, changement de cordes le dimanche, huile d'olive bio pour la manivelle, bicarbonate de soude pour le clavier, redoublez d'attention envers votre nouvelle protégée. Ou alors, jouez de la cornemuse !
Testés au banc des vielleuses et vielleux du Paratge, voici les détails des instruments nouvellement en vente.

Et, ce mois, juste avant les fêtes de la Noël, deux instruments d'autrefois, cédés par des amis à notre chère Mère-Noël, la bien-nommée Sylvia.


Vielle à roue Pimpard
Année 1931.
Excellent état.
Richement décorée, marquée Jenzat.
Pommeau blanc, tête sculptée, marqueterie traditionnelle.
Avec son étui feutré de bleu nuit.



Prix : 4000 euros.
Contact : leparatge [a] gmail.com
Cathy — tél 06 89 39 74 91



Vielle à roue Pajot
Année 1874.
Totalement restaurée.
Très belle sonorité.
Mécaniques de banjo, cordes sympathiques, sobriété.
Accordée en Sol/Do (possible de la "basculer" en Ré).
Avec housse neuve et accessoires.


Prix : 2700 euros.
Contact : leparatge [a] gmail.com
Alain — tél 03 86 37 89 32 / 04 66 07 03 33
> Vendue !


Pascal.

mardi 12 novembre 2013

La vielle qui fait tilt

Vous aviez remarqué, dans L'Écho des Sirènes d'octobre, qu'un trio de vielleux semblaient buller pendant que les autres partochaient. Les trois cancres profitaient de l'inattention du groupe, pour lire quelque livre léger, pensiez-vous ?

Oui, mais non.
Bruno et Jean-Brice — on a les noms, de ceux qui… — découvraient un album, intitulé "Bonjour Bizu", où sont rassemblées trois histoires, les premières publiées par Fournier dans Spirou : "Pourquoi pas ?", "La vielle qui fait tilt", "La nuit du pou". Trois titres originaux, dans l'univers de la bande-dessinée des années pré-soixante-huitardes. La compilation est ensuite parue en 1982, dans la série Pêchés de jeunesse, chez Dupuis.
Bien évidemment, c'est la deuxième histoire que présentait Patrice, fouineur et cherche-vielle reconnu par ses pairs : des pages inédites dans l'iconographie viellistique, un scénario de vingt-six pages, au sein duquel notre instrument préféré tient le premier rôle !
Cette bédé, publiée en 1967, dans les numéros 1519 à 1531 du journal Spirou, est l'œuvre d'un jeune artiste de vingt-trois ans, Jean-Claude Fournier, admirateur de Franquin, avant de devenir son disciple.

Dans cette aventure, "La vielle qui fait tilt", le personnage principal, Bizu, accompagné par Mukès, un champignon facétieux, et par le facteur du canton, un homme rationaliste et terriblement urbain, se trouve en plein cœur du pays de Frotéliande (plus tard, en 1975, le cadre des histoires de Bizu prendra le nom de Brocéliande). La vielle à roue, amenée dans un colis par ledit facteur, est la source des convoitises de Schnockbul, un monstre poilu, qui fait pousser du flower power sur son passage, et qui collectionne les instruments de musique…

La vielle qui fait tilt — Fournier © Dupuis

Pourquoi une vielle à roue, et non un autre instrument de musique ? Fournier est Breton, il aurait pu dessiner une bombarde, une harpe celtique, un biniou kozh ! Mais non, c'est la vielle.
Une vielle qui finira avec un pavillon comme résonateur, ce qui nous oblige à nous demander si l'un de nos facteurs d'instruments préférés, Joël Traunecker, n'aurait pas été inspiré par les planches du dessinateur…

Avant ces premières publications, il faut savoir que Jean-Claude Fournier avait fait quelques tentatives pour être publié dans Spirou. En vain. Jusqu'à ce que Franquin le repère, puis lui fasse confiance. L'auteur vient alors de créer Bizu (l'étymologie vient du mot breton bizuth, "nouveau"), un garçon sans âge, poète, ermite et écolo (avant que ce mot n'existe), sonneur de biniou comme le montreront les histoires qui suivront les sus-citées. Plus tard, Franquin lui offrira la belle opportunité de lui succéder, en lui confiant la reprise des dessins de Spirou et Fantasio. 
Après les albums de Spirou et Fantasio (de 1970 à 1980), il créera la série "Les Crannibales" (de 1988 à 2003) — prix 2003 du scénario le plus prometteur, au Festival de la bande dessinée d’Angoulême —, puis, plus récemment, "Les chevaux du vent" (2008 et 2012). Toutes ces œuvres étant toujours publiées chez Dupuis.

Nous ne saurons peut-être jamais dans quelles circonstances Fournier rencontra la vielle — à moins que l'auteur ne vienne témoigner, ici-même… —, mais nous ne doutons pas un instant qu'il la connaissait bien, tant le dessin de l'instrument est réaliste. Nous sommes même en droit de nous demander (de fabuler) si ce curieux tilt !, que marque sa vielle, ne serait pas le craquement de la corde trompette ordonné par le coup-de-poignet…


Pascal

mardi 5 novembre 2013

L'Écho des Sirènes, octobre 2013

© Pierre Tissot
Je prie la petite poignée d'échosirènophiles, qui se sont tués les mirettes à trouver L'Écho de septembre 2013, sans résultat… nous avons décidé, pour ne pas faire une rentrée comme les autres, de sacrifier à la Rentrée, de proposer nos aménagements des rythmes circulaires : octobre serait le mois de la rentrée des Sirènes.

Dès 16h, l'ancien salon de coiffure résonnait à nouveau des conversations des "vacanciers", heureux de retrouver les bacs à shampooings, nos désormais bancs de nage du Paratge. En bon retardataire, j'y arrivai vers 17h, et fus surpris, dès les abords, par le timbre puissant d'un aérophone, sorte d'intrus dans le cercle des cordophones à roue résineuse. J'eus peine à entrer dans ce salon bourré comme une veille de fête, aux Sylvia, Marie, Jibé et Bruno, accompagnés du Sergio et sa schtroumpf à roue, s'ajoutaient deux nouvelles têtes : Thierry et Goody. Ce dernier, cabrette sous les aisselles, était le facteur de ce changement de timbre sur l'enveloppe sonore. Quant à Thierry, venu à Agde gde, de la lointaine Tarascon, non pour chasser le lion mais pour dompter le fauve à roue, il nous surprit d'avoir entrepris un si long périple pour rejoindre le Paratge des Sirènes. Nous n'étions, d'ailleurs, qu'au début, puisqu'il nous en réservait d'autres.

Au Paratge, il y a ceux (Marie et Serge) qui partochent… © Pascal

La còla était attelée à une série de bransles languedociens, souvenirs du passage de certains d'entre-nous à Cap' Découverte, dans le Tarn. J'en profite, d'ailleurs, pour remercier Danièl pour cette invitation et son accueil. Ce fut l'occasion, pour nous, outre d'enrichir le répertoire de nouveaux morceaux, de faire la connaissance de fort sympathiques vielleux de l'Albigeois. Espérons que nous pourrons mettre en place un échange, comme il en fut question, mais ceci est une autre histoire, revenons à nos cotons. Ce premier atelier était surtout l'occasion de se retrouver et d'accueillir les nouveaux venus.

Vers les 18h, Compèr' Bruno nous propose l'atelier déconstruction, que nous n'appellerons pas atelier détricottage, le mot étant usé jusqu'à la trame par le vocable journalisto-politique. Du cinq temps à la manivelle, et ça netour ! Pendant qu'on mouline, Bruno propose quelques notes qui finissent par se transformer en B.O. de "Mission Impossible".

Et il y a les ceuss (Patrice, Jean-Brice et Bruno)… qui bullent © Pascal

Pour faire mentir la tradition, notre estomac ténor, mestre Patrice, arrive bien avant la cloche du repas. Accompagné de son comparse, Pascal, les Starsky et Hutch du Paratge nous rejoignent. Désormais, nous sommes au complet, à la grande joie de Jean-François, dit Môsieur le président, qui regarde tout ça d'un œil riant. Dès lors, s'ouvre le troisième et dernier atelier de la session. Patrice propose un morceau, ça galèje à droite, ça déconne à gauche, ça discute et nous voilà enfin avec le dernier ingrédient qui manquait pour réussir notre bouillabaisse viellistique (n'en déplaise à Aymé, qui est le maître incontesté de celle aux poissons). Nous travaillons les premières phrases d'un des morceaux fil rouge de cette saison 2013/14. Avant de clore cet Écho, je voudrais revenir sur nos nouveaux.

Banc de nage, sous les bacs à shampooing : le vielleux est grégaire © Jean-Brice

Goody, tout d'abord, qui, non content de nous régaler de cabrette, nous a montré une petite vidéo où il joue du uillean pipes, et là, je dois dire, que malgré toutes les blagounettes que le vielleux fielleux balance sur le cornemuseux musant, qui le lui rend bien, quand on cause uilllean, il y a trêve : à moins que Pascal nous en polisse une…

Scalp, bouée, lorgnons : session « orange blossom », pour Goddy et Bruno © Jean-Brice

Enfin, Thierry, qui nous a baladé de surprise en surprise, d'abord provenant d'Outre-Rhône, le périple mérite le respect, mais c'est bien peu lorsqu'on se rendit compte que sa vielle n'entrait dans aucune forme, aucun CX connus, et pour cause, l'homme est son propre luthier. Le bougre a lui-même fabriqué l'instrument…
L'adage dit qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Quand il s'agit de se construire une vielle, il faut de la patience et de l'habileté dans le service. Nous aurions pu en rester baba, si, en plus, Thierry n'avait pas présenté une trouvaille qui mérite un brevet.

Thierry d'Outre-Rhône et sa vielle métronomique © Jean-Brice

Après, le variateur du Pèr' Bruno, les divers systèmes de tapping mis en place par plusieurs grand noms de la lutherie en vielle, et j'en passe, voici le piercing sur roue, qui permet à notre luthier autodidacte de remplacer les bons coups de sabot sur scène par un coup de languette sur table d'harmonie. Par les temps qui courent et la raréfaction du sabot ou de la galoche — sauf pour ceux qui les roulent —, voilà une idée bienvenue, qui mériterait un article spécial sur le Blog des Sirènes. Mais ceci est une autre histoire, et il semblerait que cette session va en être féconde.

Une vielle avec des piercings… © Pascal
… ça mérite un brevet ! © Pascal












N.B. Je réalise que je n'ai pas parlé de l'escapade dans l'Orléanais, tenté par quelques courageux paratgistes. Fête des canaux à eau et parfois urinaire, comme on dit dans le pays niçois, je laisse la chronique à d'autres paragistes à la plume bien pendue (je sais qu'on en regorge).


Pierre