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jeudi 5 février 2026

L'Écho des Sirènes, février 2026

© Pierre Tissot
« Tu vois, moussaillon, du temps de la grande aliénation, où même les trop fiers frères de la côte restèrent à l’amarre et, en dehors de quelques-uns pour qui seule valait la liberté, tout le monde était à fond de cale, on crût les sirènes disparues. De l’écume des sept mers aux tréfonds des abysses aveugles, on ne vît plus ces femmes poissons.

Passant de Charybde à Scylla, interrogeant Ann Bonny ou Jack Rackham, d’Ulysse à Némo, de Robinson à Mercredi, d’Haddock à Bob l’Éponge, pas un seul écumeur des flots n’était foutu de préciser quand il avait vu, pour la dernière fois, une queue de ces morues marines. »

Ainsi parlait Pedro, vieux loup de mer au poil rêche et constellé de fleur de sel, faisant passer sa bobine pour celle du Père Noël. Il s’adressait à un jeune rouet tout en oreilles, à qui l’on avait vanté ces rencontres de galériens de la manivelle : Le Paratge des Sirènes.

Et le vieux loup de conclure, entre deux toussotements : « Foin de Paratge dans les parages ! »
Puis, après un long silence, durant lequel ses narines en profitèrent pour laper l’air iodé, l’œil du géronte s’alluma et, le sourire en coin, il reprit : « Maaaaiiis, ne t’a-t’on pas appris que les légendes jamais ne meurent ? Il se dit, dans moults gargottes et autres estaminets des docks, que les sirènes seraient de retour. On prétend qu’elles auraient délaissé le jour de Mercure pour celui de Mars… or, comme dirait Ovide bourré* : Mars, et ça repart ! »



 Le Paratge des Sirènes : Chypre © Jean-Brice

Ainsi, c’est à quelques kilomètres du rivage, à défauts d’encablures, en la bonne terre de Tourbes, que revinrent les sirènes en ce premier mardi de février et… de même pour ceux à venir.

La roue tourne !


En voix orff on entend :

O Fortuna
Velut luna
Statu variabilis,
Semper crescis
Aut decrescis ;
Vita detestabilis
Nunc obdurat
Et tunc curat
Ludo mentis aciem,
Egestatem,
Potestatem
Pissolvit ut glaciem.
(Celle-là, elle est pour Patrice).


Pierre
 
 
*Ovide plein, ça c’est pour la blague France Culture.