Extra Paratge bonus hors-les-murs, en les jardins de Clapiers du sieur Marc et de sa dame, Kakin, qui nous accueillaient pour une session estivale avec paella maison au dessert.
Arrivés les premiers au contre-la-montre du jour, Sylvia et Jérôme, effectuant pourtant un détour pour ramasser l'équivalent de deux camions d'abricots qu'ils distribuèrent plus tard, dans la soirée, comme s'ils multipliaient des pains — pour des joueurs de vielle, ce n'est pas une gageure ! À quelques secondes près, en régional de l'étape, notre propre dossard passait la ligne. Malchanceuse, Marie fut retardée par un coup de fringale dans les derniers hectomètres ralliant le final par des chemins bis qu'aucun gps ne saurait imaginer. Ce n'est qu'à la tombée du jour, que Pierre nous rejoint, avec la voiture balais, peut-être, mais au courage et avec une magnifique tunique aux couleurs du Paratge — que ne renierait pas Federico Bahamontes, qui fête ses quatre-vingt-quatre balais ce jour d'hui —, arborant une sirène qui, si elle ne fut ni blonde, ni fausse blonde, s'avérait une bien réelle brune à reflets roux, ce qui le fait grave sur le poitrail de notre dessinateur.
Adonc, chaleureusement reçus par Marc et Kakin, qui nous invitaient en leurs magnifiques lieux, nous commençâmes, Sylvia, Marie et moi, par quelques échanges d'instruments : surtout Marie, qui testa sa dextérité sur la brillante Kerbœuf de Marc, puis sur Son Altesse Sérénissime, notre "Tati" Grandchamp.
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Marie et Son Altesse Sérénissime © Pascal |
Puis, c'est avec Marc, vêtu d'un tablier de cuisinier en chef pour faire croire que c'était lui le
leader de l'équipe du jour, que nous eûmes le plaisir d'entamer un atelier très technique et ambitieux : désapprendre à Marie et Sylvia la position de la main droite sur la manivelle et la vision du coup-de-trois en rapport avec le nombre Pi et ses variantes. Pour ce faire, nous nous appliquâmes à marteler du coup-de-deux, sans déroger, faisant de l'art du marcher au pas et du tic-tac du métronome deux repères universels élevés à titre d'exemples. Notre petit côté antimilitariste et l'envie de lancer contre un mur tout métronome qui traîne dans une salle de conservatoire revenant au galop (d’hippocampe), il fut, néanmoins, encouragé à gonfler ces coups-de-deux par des triolets ou quatriolets appuyés, voire revendicatifs. À cet exercice, Marc, par expérience, nous voyant venir de loin, fit quelques tours avec zèle sur son instrument, avant de retourner à son combo cuisant ; initiative que nous louâmes, au moment de piocher dans nos assiettes (cf. le compte-rendu de Pierre, qui suit). Durant une paire d'heures, Sylvia retrouvait de vieux souvenirs enfouis du temps où elle faisait ses classes au cœur de l'Auvergne folklorique. Sous notre insistance, elle lâchait même la main droite, pour de virulents mitraillages. Pendant que Marie se disait, secrètement, et malgré que nous célébrions la Journée internationale de la destruction des armes légères, que si elle avait un instrument digne d'une vielle à roue, ça mitraillerait dans tous les sens, du trois, comme du quatre ou du six !
Entre coups-de-trois et timides coups-de-quatre, on se la raconte : on évoque St-Chartier-sur-Ars qui arrive, Anost qui tarde, on dit un peu de mal (et beaucoup de bien) sur nos luthiers, on se refile le tuyau sur la colonie de vacances spéciale fabrication de vielles qui s'organise dans le Centre France, on se suggère un stage avec un grand pédagogue ès-vielle au mois d'août à Rodez : l'idée du jour étant d'inscrire le jeune Kevin Bouffard, pour ce stage mené par Jean-Brice ! C'est alors, à l'heure où, habituellement, chaque premier mercredi du mois, Pierre se félicite de surveiller un Patrice qui ne saurait tarder vu que les plats du jour fleurent, que ledit Pierre se pointe, à son tour, babines pourléchées avec la même faim que son illustre maître ténor.
Pascal.
Assurer l'intérim pour Patrice a plutôt du bon. On sue, on en chie pour trouver le lieu de la répèt (ce qui fut son cas, lorsque nous changeâmes de lieu à Agde pour passer de la Perle Noire au Pôle des métiers d'art), mais après c'est la joie.
J'ai bien tourné dans Clapiers mais, à l'arrivée, une charmante gentilhommière avec des hôtes tout aussi charmants. Je retrouve le pack Paratge, déjà attablé, et les ami(e)s de Marc venus prendre un bon repas et une relaxation des nerfs auditifs (je ne sais si écouter des exercices de vielle a quelque chose de relaxant). Nous papotons (voir plus haut, pour les sujets). Je m'attarderai plutôt sur les nourritures terrestres, et en cela je rejoins mon Patrice, maître es-papilles et rétro-olfaction ; une succulente paella qui nous arrache des ho et des ha, je n'ose un comparatif de peur de paraître manquer de tact, heureusement Jérome, notre amphitryon du Paratge d'octobre 2011, loue les saveurs du plat (en-effet, la paella marcienne vaut la paella de Gallargues, c'est dire en terme de qualité). Le tout accompagné de vins dont j'ai oublié le nom, mais pas le goût. Pour que celles du fond baignent jusqu'aux gencives, un petit assortiment de gâteaux de la mèr' Sylvia.
Je m'attendais à entamer une bonne digestion, que nenni, nous voilà propulsés sur le perron de la maison, en pleine lumière, pour quelques morceaux qui ressemblent à un rite initiatique paratgeaire de Marc (et les voisins de se demander quelle est cette étrange secte de gastronomes tourneurs). Ça couine, ça grince, ça monte et ça descend, tout ça pour le plaisir de nos auditeurs, dans l'ombre, dont nous entendons les applaudissements à défaut de les voir. Marc nous présente sa
Kerbœuf (un luthier pour le moment absent de nos rencontres), ou plutôt Pascal nous présente la
Kerbœuf de Marc. D'ailleurs, Pascal est en verve et en forme, et cette bonne humeur de farfadet semble s'être transmise à la paratgie vespérale. Les Marie, Sylvia et Marc semblent prêts à bouffer du lion pour la session 2012/13 de nos rencontres.
Tant mieux, espérons que cette cession permettra à Marc de nous rejoindre, d'autant qu'à parler des arrivées probables, il faut, pour clore cet Écho, parler d'un autre départ ; celui de Sophie qui, ne pouvant assurer un double travail (vielle-diato) sous peine de schizophrénie musicale et pour d'autres raisons, préfère lâcher la manivelle pour le doux contact de la nacre. La mort dans l'âme, pour elle et pour nous, puisque comme elle l'a si joliment dit «
le Paratge, c'est un peu une famille ». Cela dit, même quand on s'en éloigne ça fait toujours plaisir à son ancienne parentèle à roue de recevoir des nouvelles de ceux ou celles qui sont partis vers d'autres horizons et/ou d'autres occupations.
Pierre